Le 18 juillet 1981, soit il y a 35 ans, John Watson remportait le Grand Prix de Grande-Bretagne au volant de la McLaren MP4/1. Ce succès acquit par la suite une forte valeur symbolique car il s'agissait de la première victoire d'une monoplace construite en fibre de carbone, technologie encore novatrice à l'époque et incontournable aujourd'hui, mais aussi du premier trophée majeur acquis sous la direction de Ron Dennis. L'équipe basée à Woking allait prendre une nouvelle dimension et connaître d'autres moments forts, chacun dans leur genre.

- Etats-Unis Ouest 1982. Pour maximiser ses chances de réussite, Ron Dennis choisit de sortir Niki Lauda de sa retraite. L'Autrichien osa demander un salaire de 3 millions de dollars, argumentant que son image valait bien cette somme à elle-seule et qu'il n'était payé qu'un dollar pour ses talents de pilote ! Il est vrai que l'on ignorait si après deux ans d'absence, l'Ordinateur allait retrouver toutes ses facultés. Après s'être débarrassé de la surprenante Alfa Romeo d'Andréa De Cesaris, Lauda finit par remporter la course pour ce qui n'était que sa troisième participation depuis son retour. Pas de doute, pari concluant.

– Etats-Unis Ouest 1983. Si le moteur turbo devenait petit à petit l'arme absolue au vu des performances de Renault, Ferrari et Brabham (avec BMW), les atmosphériques avaient encore leur chance sur les circuits urbains, ce que prouva superbement McLaren. Alors que John Watson et Niki Lauda partaient des vingt-deuxième et vingt-troisième places, les deux pilotes remontèrent un à un tous les concurrents, profitèrent des quelques faits de course chers à Long Beach (aidés par un Keke Rosberg particulièrement allumé ce jour-là) et finirent par s'arroger un doublé ! Le record de Watson tient toujours aujourd'hui en dépit d'autres remontées triomphales comme celle de Kimi Räikkönen, parti dix-septième à Suzuka en 2005.

- Portugal 1984. L'obtention d'un turbo était la deuxième étape pour reconquérir le titre mondial. Afin de convaincre le constructeur Porsche, moyennement tenté, Dennis parvient à trouver un bailleur de fonds en la personne de TAG, anciennement sponsor de Williams. Le moteur fut même badgé de la sorte afin que la firme de Stuttgart ne soit pas déshonoré en cas d'échec. Calcul prudent mais finalement inutile puisque Lauda et Alain Prost remportèrent 12 des 16 courses de la saison 1984 et finirent séparés d'un demi-point au championnat, l'Ordinateur devançant le Professeur, lequel allait prendre sa revanche l'année suivante.

- Australie 1986. Deux ans après, Porsche était désormais dépassé par Honda qui se donnait les moyens de ses ambitions. Conserver le titre constructeur devint une gageure mais pour le trophée pilote, on pouvait compter sur toute la science du pilotage d'Alain Prost, ainsi que sur la brouille impliquant Nelson Piquet et Nigel Mansell chez Williams pour rester en lice jusqu'à la dernière course. Ce qui suivit reste encore aujourd'hui un des plus beaux climax de l'histoire de la Formule 1, dont l'image la plus célèbre reste l'explosion du pneu de Mansell, qui fit l'impossible pour garder sa monoplace en un seul morceau. En attendant, ayant parfaitement joué sa carte, Prost remporta la course et son plus beau titre mondial, le dernier de l'association McLaren-TAG.

- Japon 1988. Ron Dennis savait qu'il lui fallait le moteur Honda et il l'obtint non sans engager Ayrton Senna aux côtés d'Alain Prost. Partant de là, que McLaren reprenne sa domination n'était que logique en dépit d'une présentation très tardive. De là à remporter 15 courses sur 16, il y avait de la marge, ce même si Dennis envisageait réellement de gagner toutes les Grands Prix ! L'équipe manqua le sans-faute à deux tours près à Monza mais cette seule défaite de l'année reste marginale au vu de la suprématie du plus emblématique des duos connus en F1. Prost avait pourtant marqué plus de points mais par la grâce de la règle des onze meilleurs résultats, Senna fut titré au Japon, sur le terrain de jeu de Honda. A ce moment, l'entente était parfaitement cordiale...

Image : F1-history.deviantart

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- Japon 1989. Tout et son contraire un an après. Avec deux fortes personnalités d'un niveau global plus ou moins égal, il ne fallait pas grand chose pour que la collaboration devienne cohabitation. Le pacte de non-agression brisé par Senna à Imola, l'ingérence de Honda préférant ouvertement le Brésilien et un Ron Dennis qui démontra une première fois (et pas la dernière) son incapacité à éteindre l'incendie en cas de bisbille interne ne pouvaient que déboucher sur l'accrochage légendaire de Suzuka. Certes, les deux titres mondiaux furent acquis mais avec un Senna rentrant en guerre contre les instances dirigeantes après sa disqualification et un Prost partant pour Ferrari qui n'a pas manqué d'offrir un trophée aux tifosi à Monza, ce triomphe aura toujours un goût fort amer...

- Japon 1991. La fin d'une époque puisque McLaren et Honda remportaient là leurs derniers titres ensemble. Ferrari ne fut qu'une menace passagère, au grand dam d'Alain Prost mais Williams reprit le collier avec le nouveau moulin à battre, le V10 Renault. Le passage au V12 de Honda ne se fit pas sans heurts avec quelques pannes d'essence mais heureusement, Williams pêcha par manque de fiabilité et Nigel Mansell était roi pour passer de l'adresse à la maladresse d'une course à l'autre. Troisième titre assuré, Senna laissa son équipier et ami Gerhard Berger remporter sa première victoire pour l'équipe depuis son engagement... en début d'année dernière. Cela étant, c'est bien l'Autrichien qui offrit à Honda sa dernière victoire en Australie 1992 pour sa dernière course en tant que motoriste officiel, le constructeur sous-traitant par la suite ses blocs via Mugen avant de revenir en 2000 et retrouver la plus haute marche en 2006 en tant que constructeur.

- Australie 1993. Si cette course conclut le chapitre de la plus belle lutte du sport automobile avec la dernière victoire d'Ayrton Senna et la dernière course d'Alain Prost, elle vit aussi McLaren devenir brièvement l'équipe la plus victorieuse en Formule 1. En effet, la quarante-et-unième victoire de Senna coïncidait avec la cent-quatrième de McLaren, qui battait ainsi les 103 succès de Ferrari, recordman de victoires depuis 1978. Le team manager Jo Ramirez était d'ailleurs conscient de cette performance puisqu'il en informa son pilote avant le départ, si jamais celui-ci parvenait en tête à la fin de la course. Il manqua presque de déconcentrer Senna qui lâcha quelques larmes, ému de finir son épopée avec l'équipe de ses trois titres mondiaux. Heureusement, en robot pensant qu'il était, tout était oublié une fois la visière baissée.

- Australie 1997. McLaren connut un passage à vide une fois le prodige brésilien parti (littéralement) vers d'autres cieux mais le problème venait aussi du moteur. Le Ford n'était qu'une solution de transition et le Peugeot déçut tellement Ron Dennis qu'il préféra s'en séparer et l'offrir à Eddie Jordan tout en réglant la facture pour les trois années qui allaient suivre ! Mercedes, sur le retour, mit du temps à se rôder mais une fois près, McLaren savait que le bloc allemand allait le ramener sur la route du succès. Les Williams restaient les machines à battre mais l'accrochage du départ élimina Jacques Villeneuve et Heinz-Harald Frentzen explosa un disque de frein en vue de l'arrivée. Tout bénéfice pour David Coulthard, lequel doubla la mise à Monza avant Mika Hakkinen ne tordit enfin le cou à la malchance lors de la finale de Jerez. Les titres mondiaux suivirent un an après.

- Japon 1999. Aussi étrange que cela puisse paraître, cela fait bien 17 ans qu'une McLaren n'a plus été titrée, que ce soit en tant que constructeur ou grâce à l'un de ses pilotes. Si l'équipe minimisa les erreurs en 1998, elle gaspilla énormément de points en 1999, surtout si on souligne l'absence de Michael Schumacher, blessé à Silverstone. Ainsi, c'est bien Ferrari qui remporta le titre constructeur mais Hakkinen offrit une de ses plus belles performances à Suzuka en dominant la course pour s'adjuger son deuxième et dernier sacre. Nul ne pouvait deviner que Ferrari allait enchaîner cinq trophées de suite tandis que McLaren allait constamment buter sur la dernière marche...

Image : F1-history.deviantart

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