100e Grand Prix, Allemagne 1961 : le dernier exploit de Stirling Moss

Par |2019-04-04T02:28:42+02:00jeudi 4 avril 2019|Formule 1|

La génération actuelle déplore souvent la prépondérance de la machine sur le pilote et la présente comme une situation contemporaine. Cette réalité s'appliquait cependant dès les premières années de la discipline. En 1961, celui que l'on considérait comme le meilleur pilote du plateau devait extraire chaque parcelle de son talent pour s'imposer face à l'équipe dominante. Un pilote qui, en dépit de cette réputation, n'est jamais devenu Champion du Monde...

Après deux saisons à subir la loi de Cooper, Ferrari a pris les devants grâce à la nouvelle réglementation moteur, réduisant les blocs à une cylindrée de 1500 cc. Fin stratège, Enzo Ferrari avait fait mine de prendre le parti des autres équipes, farouchement opposées à ce changement mais sans jamais les soutenir officiellement.
En vérité, la Scuderia testait déjà son nouveau moteur de 1.5 litre et quand les "garagistes" comprirent le double jeu de leur aîné, il était trop tard pour rattraper leur retard. La majorité des teams britanniques se sont rabattus sur un Climax inférieur en puissance au bloc italien et Jack Brabham, champion en titre, fit de la figuration tout au long de l'année.

Game over, try again...

@ Deviantart.com/f1-history/

L'année 1961 se résuma donc en un duel interne entre l'Américain Phil Hill, fiable et prudent, et l'Allemand Wolfgang Von Trips, téméraire et impulsif. Nulle consigne ici, le Commandatore se délectait de ce genre d'opposition. Et personne ne pouvait s'opposer aux Ferrari 156 et leur nez de requin des plus séduisants. A moins de s'appeler Stirling Moss.

Celui que l'on connaît aujourd'hui comme le Champion sans Couronne avait à ce moment échoué six fois de suite dans sa quête du titre mondial, de 1955 à 1960. Parfois son vieux rival Juan-Manuel Fangio était trop fort. Parfois il avait rejoint la mauvaise équipe au mauvais moment. Parfois son esprit chevaleresque avait pris les devants sur son ambition.
Et en 1960, un gros crash aux essais du Grand Prix de Belgique l'éloigna des circuits quelques mois. 1961 aurait pu être l'année de la rédemption grâce au savoir-faire de Rob Walker qui tirait un meilleur parti des Lotus à titre privé que l'équipe officielle ! Or faute de Ferrari, nul espoir de titre. Moss devait échouer sur le podium du championnat pour la septième fois d'affilée.

Mais pour le centième Grand Prix de l'Histoire, Stirling Moss allait raviver cet espoir et rappeler pourquoi il était – et reste pour beaucoup à ce jour – le meilleur pilote sans couronne mondiale. Et nul autre terrain de jeu que le Nürburgring était plus approprié pour cette démonstration.

Mettre la (bonne) gomme...

@ Deviantart.com/f1-history/

Pourtant, les qualifications avaient une nouvelle fois donné l'avantage aux Ferrari et de quelle manière. Alors que les machines des années 50 s'épuisaient à se rapprocher de la barre des neuf minutes, Phil Hill fixa le meilleur chrono en 8 minutes et 55 secondes ! La performance de l'Américain était d'autant plus impressionnante qu'il relégua son plus proche poursuivant, Jack Brabham, à six secondes.
A machine égale, son rival Wolfgang Von Trips n'avait lui bouclé son meilleur tour qu'en 9 minutes et 5 secondes ! Moss était troisième, proche du chrono de Brabham. Lequel disposait d'un nouveau moteur Climax, plus proche en termes de puissance des Ferrari que celui de Stirling. Pour rappel, Moss concourait pour une équipe privée, donc non prioritaire au moment de présenter des évolutions.

Un handicap qui se retrouva en partie effacé quand le meilleur ami des pilotes au matériel inférieur s'invita : la pluie. Ou plutôt, elle prit part à la fête avant même qu'elle soit lancée puisque l'averse débuta et s'acheva avant le départ de la course. D'où un casse-tête stratégique quant aux pneus à chausser.
En 1961, le plateau entier devait compter sur Dunlop et le manufacturier proposait justement une nouvelle gamme conçue spécifiquement pour les pistes humides. Mais la piste allait sécher et ces gommes s'user prématurément. Sauf qu'au Nurburging, la météo pouvait changer du tout au tout, surtout avec une piste s'étendant sur près de 23 kilomètres. D'où le pari de Moss de chausser ces pneus, à l'inverse des Ferrari.

De la pluie aux larmes...

@ Deviantart.com/f1-history/

Les premiers tours se déroulèrent comme prévu, avec Moss tirant le meilleur parti de cette gamme là où Von Trips et Hill devaient prendre leur mal en patience. A côté, Brabham était déjà sorti de la piste et pour cause : Black Jack avait opté pour un panachage de pneus secs à l'arrière et pluie à l'avant ! Puis la piste sécha suffisamment pour que la Scuderia rattrape son retard, jusqu'à se retrouver à sept secondes de la Lotus 18/21. Aussi talentueux soit-il, Moss n'allait clairement pas tenir jusqu'au terme dans ces conditions. Et encore moins ses pneus.

Que nenni : son calcul météorologique s'avéra juste puisque l'averse revint saluer la Nordschleife à quelques tours du but. Les nouveaux Dunlop reprirent du poil de la bête et les Ferrari ne purent qu'assurer le podium. Stirling Moss remporta le Grand Prix d'Allemagne après l'avoir mené de bout en bout. Il devança Von Trips et Hill – qui s'échangèrent brièvement les positions, ce dernier s'appropriant le meilleur tour. A noter aussi la quatrième place probante d'un jeune talent écossais encore méconnu nommé Jim Clark...

Si Moss se relança dans la course au titre avec 12 points de retard sur Von Trips sur 18 à prendre, ce fut hélas le champ du signe. Il n'eut jamais voix au chapitre lors du tragique Grand Prix d'Italie qui vit la mort de Von Trips et de 14 spectateurs après un accrochage avec Clark. Cette perte et son abandon offrirent le titre à Phil Hill.
Autant en signe de deuil que de protestation contre une presse italienne particulièrement virulente envers la Scuderia, Ferrari boycotta la dernière course aux Etats-Unis. Aboutissant à la première victoire officielle de Lotus grâce à Innes Ireland après l'abandon de... Moss.

La mariée était en... bleu ?

@ Deviantart.com/f1-history/

Non seulement Moss manqua encore le titre mondial mais son exploit du Nürburgring coïncida avec sa dernière victoire (comme Fangio) et même son ultime podium. Un grave accident à Goodwood début 1962 mit tout simplement un terme à sa carrière. Ceci alors qu'il aurait dû prendre part au championnat avec une... Ferrari.
Le Commandatore était tellement convaincu des qualités du pilote qu'il accepta une collaboration technique avec Rob Walker, quitte à voir la 156 « red shark » repeinte en bleu foncé (la livrée de l'équipe) ! Pas sûr que cette concession, que beaucoup de tifosi auraient pris pour un sacrilège, eut été accordée pour un autre pilote que Stirling Moss. Pour preuve, son remplaçant Maurice Trintignant reprit une Lotus pour 1962.

Encore aujourd'hui, Moss reste le pilote non titré avec le plus de victoires, en l'occurrence seize. Une statistique qui le place devant pas moins de dix-sept Champions du Monde...

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