Nico Rosberg a dû puiser dans ses réserves pour venir à bout de Lewis Hamilton en 2016. Ayant atteint son objectif, il a préféré se retirer en sachant qu'il ne pouvait plus avoir la même motivation. Ceci l'empêchera ainsi de faire la saison de trop comme d'autres champions du Monde... et un autre fils de champion du Monde.

Damon Hill est le premier fils de Champion du Monde devenu champion à son tour. Et comme son père, il n'a jamais été le plus doué de sa génération. Davantage à son aise contre le chrono qu'au coude à coude en piste, cédant souvent à la pression, l'Anglais mérite cependant le respect. Souvent sous-estimé selon ses pairs, Damon a su marquer les esprits. A son crédit, il a qualifié deux fois une Brabham agonisante, n'a pas été ridicule pour sa première saison complète face à Alain Prost et a signé plus de poles et victoires que d'autres noms prestigieux. Certaines courses font aujourd'hui partie de l'histoire grâce à Damon. Les uns citeront Suzuka 1994 sous la pluie face à son vieux rival Michael Schumacher. Les autres regretteront Budapest 1997 où il frôla la victoire avec son improbable Arrows-Yamaha.

Certes, il profita de la meilleure monoplace et de l'inexpérience de Jacques Villeneuve pour l'emporter en 1996. Il n'empêche que son titre semblait mérité au vu de son abnégation, son parcours atypique (débutant à 32 ans) et sa droiture exemplaire, qui, déjà à cette époque, semblait d'un autre temps. Même Schumacher, son meilleur ennemi depuis Adélaïde 1994, sera le premier à le féliciter pour son titre, selon quoi "on ne remporte pas huit courses uniquement par chance". Hélas pour Hill, jamais plus il ne monta aussi haut.

Rire jaune

Après une année 1997 globalement à oublier si on excepte l'exploit hongrois, il signa pour Jordan qu'il connaissait déjà pour avoir collaboré avec l'Irlandais en F3000 en 1991. La première moitié de saison fut catastrophique, Jordan s'étant contenté de convertir son modèle 1997 aux normes du règlement 1998. Ainsi, ni lui ni Ralf Schumacher ne marquèrent le moindre point jusqu'à Magny-Cours. Heureusement, l'arrivée de Mike Gascoyne arrangea la situation et Damon reprit du poil de la bête, jusqu'à s'imposer sous une pluie démentielle à Spa-Francorchamps. Il semblait alors que l'Anglais avait encore du mordant et beaucoup attendaient sa confrontation avec Heinz-Harald Frentzen, celui qui l'avait remplacé chez Williams en 1997.

Sauf que le résultat fut une domination sans partage de l'Allemand, en état de grâce en cette saison 1999, si bien qu'il devint un sérieux prétendant au titre ! A côté, Damon ne monta pas sur le moindre podium et ne marqua que sept points contre cinquante-quatre pour Frentzen. S'il a été victime de certains soucis mécaniques (France, Europe) ou de rivaux un poil trop optimistes (Australie, Brésil, Malaisie), son rythme était clairement déficient. Il commit aussi quelques erreurs en sortant tout seul à Monaco et au Canada sur le fameux Mur des Champions.

"Ça s'en va et ça revient..."

Image : F1-history.deviantart

Il semblait évident que Damon était en panne de motivation. Il le confirma en amont du Grand Prix de France en annonçant sa retraite à la fin de la saison. Ayant hérité des talents oratoires de son père, il se décrivit comme "un tube de dentifrice presque terminé où il faut presser comme un fou pour en extraire les dernières gouttes de motivation". A ce moment, il assurait cependant qu'il terminerait la saison afin de sécuriser un maximum de points pour Jordan. Mais en avait-il vraiment envie ? En effet, lorsque le Grand Prix de Grande-Bretagne s'approcha, on envisagea même une retraite anticipée du champion du Monde 1996. Lui-même laissa entendre qu'il pourrait s'arrêter devant son public, au soir de la course.

Sauf qu'une fois arrivé sur le circuit, Damon refusa tout commentaire sur le sujet. Jackie Stewart ironisa en déclarant que personne ne savait si Damon allait se retirer, pas même Hill lui-même ! Tout le week-end, les journalistes se perdirent en conjecture et en hypothèses. En fait, cette indécision témoignait aussi de l'influence de son équipe car Jordan tenait absolument à voir son pilote honorer son contrat jusqu'au bout. Eddie Jordan reconnut deux ans plus tard que la signature de Hill se déroula dans les bureaux du sponsor principal Benson & Hedges. En effet, Hill était un élément majeur dans le plan marketing du cigarettier. S'en séparer avant l'heure n'aurait ainsi pas rendu service à Jordan...

Momentanément revigoré, Hill brilla devant les siens en finissant cinquième tout en faisant jeu égal avec son équipier. Il mena même un dernier tour à la faveur des ravitaillements. Tout cela pour qu'au final, Silverstone ne soit pas sa dernière course !

Le calice jusqu'à la lie

Néanmoins, le doute subsista tout le long de la saison tant Damon ne faisait rien pour arrondir les angles. Il renonça de son propre chef à Hockenheim en prétextant des soucis de freins. Problèmes que Jordan s'empressa de nier. S'il marqua ses derniers points sur ses deux circuits fétiches, le Hungaroring et Spa-Francorchamps (où il se qualifia troisième), il lâcha totalement prise après coup. Comme Jordan fut assuré de sa troisième place au championnat constructeur quelques courses avant la fin, on supposa alors que Jarno Trulli, son remplaçant pour 2000, allait remplacer Hill pour les dernières épreuves. Là encore, rien de tout cela ne se matérialisa.

Le comble fut atteint à Suzuka. Sa course se déroula dans l'anonymat, non sans une sortie de piste et un changement d'aileron. Quelques tours après, il rentra au garage sans même prévenir son équipe et quitta son baquet. Sa Jordan était pourtant en état de continuer mais Damon n'en pouvait plus. Il prit la peine de saluer des journalistes présents pour écrire sur sa dernière course mais pas ses mécaniciens. Le dialogue était rompu. Lui et Eddie Jordan auraient même attendu deux ans avant de s'adresser à nouveau la parole. Triste fin. Cela dit, il ne se retira pas "trop tard" en comparaison de son père qui insista jusqu'en 1975, quitte à manquer la qualification à Monaco où il s'était imposé cinq fois...

"Trop vieux pour ces conneries" ?

Image : F1-history.deviantart

Un autre facteur explique la chute de Damon Hill. S'il limita la casse en 1998, il ne s'était jamais réellement habitué aux pneus rainurés imposés à ce moment. Schumacher émit l'hypothèse qu'il "arrivait à un âge [39 ans] où il devenait plus difficile de s'adapter aux nouveautés". En comparaison, les jeunes pilotes faisaient avec ce qu'ils avaient, n'ayant pas les mêmes points de comparaison. Enfin, Hill était suffisamment âgé pour se souvenir de la mort de son père et de bon nombre de ses pairs en course. Père de quatre enfants, il voulait par dessus tout revenir en un seul morceau et profiter de sa vie de famille.

Cela sonne familier ?