2008 reste l'une des saisons les plus animées de la Formule 1 contemporaine, sur la piste comme en coulisses. Elle est donc encore dans beaucoup de mémoires mais que peut-on retenir de particulier dix ans après ?

Trois pour le prix d'un !

Si sept vainqueurs différents est un bon score – mieux que ces cinq dernières années – il est inférieur aux huit de 2003 et 2012. Reste que 2008 est la dernière année où trois pilotes ont inauguré leur compteur de victoires. Pour deux d'entre eux, il est hélas resté bloqué à une unité. Le premier étant bien entendu Robert Kubica, triomphant au Canada un an après son spectaculaire crash au même endroit. Ce fut aussi la première et unique victoire de BMW, qui réalisa le doublé avec Nick Heidfeld. L'autre vainqueur unique est Heikki Kovalainen, qui devint le 100ème vainqueur de l'Histoire en Hongrie suite à la casse moteur de Felipe Massa en vue de l'arrivée.

Le dernier est un certain Sébastian Vettel, qui offrit la seule victoire de Toro Rosso à ce jour. Drôle d'ascension pour ce qui était encore Minardi trois ans plus tôt. Qui plus est, cela se produisit en Italie, donc à domicile, et sous la pluie pour couronner le tout. Quelques autres trophées ont suivi après coup pour celui qu'on surnommait alors « Baby Schumi » ! Vettel devint ici le plus jeune vainqueur de l'Histoire après avoir chipé le même record à Fernando Alonso pour la pole position. Enfin à ce jour, le Grand Prix d'Italie reste le plus jeune podium quant à la moyenne d'âge : 23 ans, 11 mois et 16 jours. Un podium composé... des trois nouveaux vainqueurs de l'année !


© Toro Rosso - Monza 2008 - Sébastian Vettel

La chance des débutants ?

2008 connut un casting assez intéressant au niveau des débutants. On comptait notamment Sébastien Bourdais, enfin recruté par Toro Rosso après avoir dominé un championnat ChampCar en fin de vie. Le français ne tint son rang qu'une saison et demi, pas aidé par un coéquipier surpuissant et une équipe dont la patience n'est pas le point fort. Il parvint cela dit à se faire remarquer dès sa première course en Australie en figurant en quatrième place avant une casse moteur à quelques tours du but. Le grand nombre d'abandons l'autorisa à être classé septième, marquant donc des points d'entrée de jeu, tel Alain Prost et... Sébastian Vettel.

Kazuki Nakajima avait lui débuté lors de la clôture au Brésil quelques mois plus tôt mais marqua aussi des points (sixième) à l'entame de sa première saison complète. Le fils de Satoru surprit par une certaine constance assez rare pour un nippon, même si Nico Rosberg conserva bien entendu le leadership. Cinq arrivées dans les points aboutirent à une saison convaincante. La seconde fut blanche d'unités, d'où un renvoi logique, d'autant que son soutien Toyota quittait la F1...

Les deux autres rookies se firent remarquer autrement. L'un étant Timo Glock, champion GP2 en 2007 mais ayant déjà couvert quatre Grands Prix en 2004 pour Jordan. Le pilote Toyota finit après un temps d'adaption par faire jeu égal avec Jarno Trulli, finissant deuxième en Hongrie avant de coûter bien malgré lui le titre à Felipe Massa. L'Allemand avait conservé les pneus secs sur une piste humide et ce pari se retourna contre lui au pire moment pour les Brésiliens...

Quant à Nelson Piquet Junior...

Heikki Kovalainen Victoire Hongrie 2008 F1
© McLaren - Hungary 2008 - Heikki Kovalainen

Piquet fait le mur

Le calendrier des Grands Prix continuait lui sa mutation, après s'être ouvert au Moyen-Orient et à la Chine en 2004. Sauf que cette fois-ci, on eut droit à une nouveauté supplémentaire. Le Grand Prix de Singapour – le 800ème de l'Histoire – eut en effet le privilège d'être la première course nocturne de la discipline. Un Grand Prix exigeant physiquement, qui atteignit souvent la limite des deux heures durant son existence. 2008 y échappa en dépit des apparitions du Safety Car.

L'une d'entre elles n'était pas innocente : Nelson Piquet Jr s'était volontairement accidenté afin que son équipier Fernando Alonso remonte le peloton. En effet, la réglementation 2007-2008 imposait une pitlane fermée sans possibilité de ravitaillement, condamnant de fait ceux au bord de la panne sèche à un abandon ou une pénalité ! Ce qui se produisit pour Nico Rosberg et Robert Kubica d'ailleurs. Or avec un crash survenant juste avant la fenêtre de ravitaillement, tout le monde ou presque se rua aux puits, aboutissant à la sortie gag de Felipe Massa, arrachant le tuyau d'essence. Alonso lui s'était arrêté quelques tours avant et avait de fait annulé son retard. Le rythme de sa Renault et sa vista habituelle firent le reste.

La suspicion – le plus souvent adressée au second degré sur le moment – se confirma un an plus tard...

© Reddit - Nelson Piquet Jr.
© Reddit - Nelson Piquet Jr.

Pluies de pénalités

La tendance des autorités à sanctionner le moindre écart était déjà en vigueur en 2008. Surtout pour les favoris ! S'il n'était pas encore tant questions des limites de la piste, c'est cette année-là que l'on clarifia la règle pour une chicane coupée : le pilote coupable devait laisser la position et retenter sa chance seulement une fois le virage suivant franchi.

Une règle clarifiée après le Grand Prix de Belgique... mais appliquée avant. En effet, Lewis Hamilton perdit sa victoire, quand bien même il avait respecté le règlement initial à la lettre en laissant passer Kimi Raikkonen ! Mieux encore, Hamilton perdit plus tard la tête sur un travers provoqué par une nouvelle averse. Sans oublier le crash final de son rival finlandais qui rendait le tout inutile. Mais en prenant l'aspiration tout de suite après son ralentissement, Lewis s'est attiré la foudre des commissaires... et de ses pairs qui ont tous approuvé la sanction !

Hamilton s'exposa à d'autres sanctions comme après le Canada où il percuta ce même Räikkönen en sortie des stands, ignorant le feu rouge. La pénalité de 10 places qui suivit en France était là difficilement contestable. Grand Prix où il fut aussi pénalisé pour un dépassement sur Sébastian Vettel... après avoir coupé une chicane ! Enfin au Japon, son freinage manqué au premier virage provoqua une certaine confusion... d'où une nouvelle pénalité ! D'aucuns estimaient qu'une sévérité particulière était exercée contre McLaren, l'inimité entre Ron Dennis et Max Mosley étant de notoriété publique depuis l'affaire d'espionnage de 2007...

Son rival Felipe Massa fut il est vrai un peu plus épargné, encore qu'il paya les pots cassés de son impatience – et celle de son équipe – aux stands à Singapour, non sans avoir écopé d'un drive through au Japon une fois avoir percuté... Hamilton ! Comme quoi, 2017 n'était pas aussi polémique...


© Ferrari / Ercole Colombo - Japan Grand Prix

Statistiques diverses

- Dernière victoire de Felipe Massa (Brésil), dernière victoire à ce jour de Renault (Japon)

- Dernier podium (Canada) et Grand Prix de David Coulthard

- Unique podium de Nelson Piquet Jr (Allemagne)

- Débuts de Force India, dernier Grand Prix de Super Aguri (Espagne) et de Honda.

- Premier Grand Prix d'Europe à Valence, dernier Grand Prix du Japon à Fuji, dernier Grand Prix de France à Magny-Cours