200e Grand Prix, Monaco 1971 : Weekend of a Champion

Par |2019-04-05T01:30:05+01:00vendredi 5 avril 2019|Formule 1|

Après le Nürburgring dix ans plus tôt, la Formule 1 fêta un nouvel anniversaire dans un lieu iconique. Et si la course en elle-même n'arrive pas à la cheville des classiques de la Principauté, elle consacra un des plus grands dans des circonstances difficiles. En plus d'illustrer indirectement l'ascension de son sport vers les plus hautes sphères médiatiques que l'on sait grâce à un excellent documentaire.

En 1961, une équipe dominait avec le meilleur pilote du moment réduit à quelques exploits. En 1971, la référence du plateau était parfaitement à sa place. Déjà titré en 1969 sur Matra mais n'ayant pas pu défendre sa couronne à cause d'une March conçue à la va-vite, Jackie Stewart confirma être le digne successeur de Jim Clark en 1971. Pas seulement en tant que compatriote écossais mais surtout vis-à-vis de sa maîtrise totale de son élément, certes pas la plus spectaculaire mais sans conteste la plus efficace.
De plus, à l'inverse de Clark, il pouvait compter sur un matériel solide et une organisation sans faille. Ken Tyrrell étant l'antithèse de Colin Chapman et il allait le prouver en faisant triompher son équipe dès la seconde course en Espagne. Pour rappel, Tyrrell n'existait que depuis la fin de l'année écoulée !

L'homogénéité de cet ensemble ne fait aucun doute aujourd'hui. Sauf qu'à ce moment de la saison, avec une structure aussi neuve, il était hasardeux de tirer de telles conclusions. D'autant qu'en dépit de la pole de Stewart, Tyrrell n'eut jamais son mot à dire pour la victoire lors de l'ouverture à Kyalami, qui consacra Mario Andretti sur Ferrari pour la première fois de sa carrière.
Avec cinq victoires en six épreuves depuis le dernier tiers de 1970, c'était la Scuderia et sa splendide 312 qui était favorite, avec Jacky Ickx - qui avait mené la vie dure à Stewart à Montjuich - et Clay Regazzoni. Pour ne rien arranger, Stewart se crasha durant l'International Trophy à Silverstone, une épreuve hors-championnat suivant le Grand Prix d'Espagne.

Mainmise sur la principauté

@ Deviantart.com/f1-history

Stewart n'était donc pas l'incontestable favori pour la troisième manche à Monaco, quand bien même il y avait déjà gagné en 1966 sur une BRM bien moyenne. Aussi, si la retraite de Jack Brabham et le décès du champion (posthume) en titre Jochen Rindt privèrent la F1 de deux grands talents, elle pouvait compter sur de jeunes pousses décidées de prouver leur valeur tels que Emerson Fittipaldi (Lotus), Ronnie Peterson (March) et François Cevert (Tyrrell), en plus des pilotes Ferrari déjà nommés. Et Monaco était tout indiqué pour se faire remarquer.

C'est oublier qu'à Monaco, ce n'est pas nécessairement le plus rapide ou casse-cou qui s'impose mais principalement le plus régulier. En vérité, la meilleure façon de l'emporter en Principauté serait de conduire le plus lentement possible d'après Stewart ! Et si Ayrton Senna connut un grand succès en allant à l'encontre de cette stratégie par la suite, le recordman de victoires avant lui et à l'aube de ce 200e Grand Prix restait Graham Hill et ses cinq trophées, grâce à un pilotage économe en efforts.
Quand bien même il ne reçut jamais le titre honorifique de "meilleur pilote du plateau" comme les Fangio, Moss, Clark... et bientôt Stewart. Cela tombe bien, Monaco 1971 fut l'une des courses qui permit à l'écossais d'acquérir un tel statut.

Dès les qualifications, le ton était donné. Stewart avait fixé la pole à 1'24"6 en 1969 pour mieux descendre à 1'24"0 en 1970. Cette fois, le record tomba à 1'23"2, soit une seconde et deux deuxièmes de mieux que tous ses rivaux ! Certes, la pluie avait perturbé la journée du jeudi et du samedi - les qualifications se déroulaient sur plusieurs jours - au point que Mario Andretti ne put se qualifier parmi les dix-huit autorisés, ayant cassé son moteur durant la seule séance sèche... Aussi, si Ickx accompagnait son rival en première ligne, son équipier Cevert n'était que quinzième et Fittipaldi dix-septième. La tâche devint plus simple avant même que la course ne commence.

Où sont les freins ?

@ Deviantart.com/f1-history

Et une fois celle-ci achevée, on crut au premier abord que Stewart eut effectivement la partie facile puisqu'il se permit de mener l'épreuve de bout en bout, finissant avec vingt-cinq secondes d'avance. Avec le meilleur tour en course en prime, c'était le Grand Chelem. Sauf que Jackie ne pouvait rouler avec le coude à la portière puisqu'il ne disposait de freins qu'à l'avant, là aussi de bout en bout !
La barre de répartition de freinage avait cassé au warm-up le matin et il était trop tard pour la changer à temps. Qu'il parvienne à maintenir un tel rythme en dépit de ce sérieux handicap en disait long sur ses capacités et ses efforts. Pas étonnant que Stewart considère aujourd'hui ce Grand Prix comme sa meilleure course en carrière.

L'autre star de la Principauté ce jour-là fut Ronnie Peterson. Ayant débuté ici même un an plus tôt, il parvint à déborder Jo Siffert et Jacky Ickx pour se classer deuxième et monter sur son premier podium. On comprit que le suédois avait un certain potentiel mais pas au point de finir vice-champion derrière Stewart. C'est pourtant ce qu'il fit, sans la moindre victoire qui plus est !
Il faut dire que Ferrari souffrit toute l'année d'une incompatibilité entre ses pneus Firestone et ses suspensions (en plus d'un manque de fiabilité) tandis que Lotus s'égara avec la 56B à turbine. Laissant la voie libre à des outsiders inattendus comme Peterson qui disposait pourtant d'une March aussi inélégante que basique.

Mais si Monaco 1971 ne fut pas un tournant sportif, il posa indirectement quelques briques qui participèrent à la construction du monstre médiatique qu'est la Formule 1 aujourd'hui. Et Jackie Stewart n'y était pas étranger.

Moteur, action !

@ Wikipedia

Le futur triple champion du Monde et recordman de victoires durant quatorze ans s'est non seulement imposé comme le pilote à battre, mais également comme un modèle. L’écossais s'est distingué pour son combat en faveur de la sécurité, ses contrats de sponsoring et sa volonté d'aborder chaque épreuve le plus préparé possible, à tout point de vue, jusqu'à avoir son médecin personnel sur place.
S'il n'était pas le premier à autant prendre son métier au sérieux (Stirling Moss et John Surtees entre autres ont posé quelques bases), l'investissement de Jackie Stewart le hissa à un niveau supérieur, devenant le premier vrai pilote de course moderne de sa discipline. Le tout à une époque où la Formule 1 pouvait encore être vu comme un hobby et non comme le sport à portée médiatique planétaire qu'il est aujourd'hui.

C'est pourquoi il était d'autant plus surprenant de croiser un cinéaste renommé tel que Roman Polanski dans le paddock de la Principauté. Le réalisateur de Rosemary's Baby et plus tard de Chinatown et du Pianiste – entre autres – a suivi Stewart durant tout son week-end, du jeudi au dimanche, afin d'en tirer un documentaire, « Weekend of a Champion ».
Sa diffusion en 1972 resta confidentielle mais son accueil favorable – prix du meilleur documentaire au festival du film de Berlin – attira suffisamment la curiosité pour qu'après sa redécouverte dans les archives, il fasse l'objet d'une projection au Festival de Cannes 2013, ni plus ni moins, avant d'être commercialisé en DVD. Le film fut complété par un dialogue entre les deux protagonistes 40 ans après les faits, offrant ainsi un témoignage édifiant d'une époque révolue doublé d'un recul des plus pertinents.

Stewart avoua d'ailleurs dans ce documentaire qu'il n'était pas dans ses meilleures dispositions ce jour-là. Lui d'habitude si concentré et imperméabilisé contre toute influence extérieure était assez tendu, ayant soudainement pris conscience de tous les enjeux humains gravitant autour de sa profession. Lui qui évitait toute discussion superflue avec qui que ce soit sur la grille taillait le bout de gras avec Juan-Manuel Fangio à propos de la météo et signait quelques autographes avant de monter dans sa voiture.
Il oublia même d'enfiler une seconde couche de vêtements ignifugés qu'il avait retirée pour justement marcher sur la grille ! "C'est comme oublier son fusil avant de tirer" clamait-il en voix off. Ceci l'agaça au point de passer ses nerfs sur un photographe insistant quant à la visibilité d'un sponsor sur la combinaison, ce qui ne lui était pas commun.

Ce qui rend sa performance qui suivit que plus belle encore. Aussi, l'absence de freins à l'arrière ajouta de l'eau à son moulin, selon quoi le meilleur pilote à Monaco était celui qui conduisait le plus lentement !

De "Weekend of a Champion" à "Drive to Survive"

@ Pathé / Netflix

Certes, le documentaire n'eut pas de réel impact proprement dit à l'époque, étant vite tombé dans l'oubli. Polanski se désintéressa d'ailleurs de la Formule 1 assez vite, ébranlé par la mort de François Cevert deux ans plus tard comme il le confia dans son échange final avec Stewart. Cela étant, il témoignait de cet intérêt grandissant, quelques années après que John Frankenheimer ait proposé son long-métrage culte « Grand Prix ».

Cela se passait à Monaco, le lieu idéal pour y croiser certaines célébrités autres que la Princesse Grace, elles aussi fascinées par ce cirque automobile comme Georges Harrison. Les curieux de tous bords n'étaient pas en reste : le documentaire évoque un concours permettant à six personnes de passer le weekend de course avec Jackie Stewart, assailli par des demandes d'autographes et de photos avant et après les séances d'essais.
On y voit les premières caméras embarquées, signe de l'implication télévisuelle qui allait devenir un réel enjeu au cours de la décennie. Même l'International Trophy mentionné plus tôt fut capté par les caméras en dépit de son caractère non-officiel, nous permettant de constater la sortie de piste du champion écossais. Ceci et d'autres prémices annonçant le sport-spectacle que l'on connaît. Et les yachts plus grands dans le port de Monaco aussi !

Le hasard faisant bien les choses, la restauration et commercialisation du documentaire en 2013 coïncida avec la sortie mondiale de Rush, autre film ayant pour toile de fond la Formule 1 des seventies. Bien qu'il sortait du carcan hollywoodien avec un scénariste et réalisateur étrangers au monde de la Formule 1, Rush s'attira de très bonnes critiques, non seulement de la part des puristes mais aussi des cinéphiles.
Et nous voici en 2019 avec Netflix incluant les documentaires Senna et Williams dans son catalogue et proposant une série originale consacrée à la saison écoulée. Une série qui connaît un grand succès et qui aurait participé à renouveler l'intérêt pour la Formule 1, en dépit des reproches récurrents adressés à la discipline.

En quelque sorte, « Drive to Survive » est un héritier de « Weekend of a Champion ».

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