300e Grand Prix, Afrique du Sud 1978 : jusqu'au bout du suspens

Par |2019-04-06T02:26:32+02:00samedi 6 avril 2019|Formule 1|

Le Grand Prix de France 1953 fut baptisé « la course du siècle » en son temps. Le Japon 2005 a tenu en éveil des millions de fans là où le Nürburgring 1999 les a rendu fous. Monaco 1984 fait partie de la légende comme Donington 1993. Et on parle encore des finales dantesques d'Adélaïde 1986 ou Interlagos 2008. Entre autres courses qui ont fait honneur à la Formule 1. Cependant, à force de célébrer les mêmes classiques, on peut oublier d'autres pépites. Et le Grand Prix d'Afrique du Sud 1978, avec ses cinq leaders différents et une victoire décidée au tout dernier tour après qu'elle ait échappé à une équipe ne couvrant que sa deuxième course, mérite clairement le détour.

1978, comme nous l'avons abordé par le passé, était une saison plus mémorable pour certains événements précis que pour son suspens. Lotus avait fait des émules dès 1977 avec son effet de sol et une fois que Colin Chapman présenta le modèle 79 qui corrigeait les défauts du précédent, tout espoir était perdu. Mario Andretti et Ronnie Peterson étaient intouchables, surtout le premier cité en tant que premier pilote. Le titre fut accordé deux courses avant la fin à l'italo-américain mais ne faisait aucun doute depuis des mois. L'accident hélas fatal de Peterson à Monza acheva de ternir cette saison. Mais comme pour Stewart et Tyrrell en 1971, nul ne pouvait s'en douter après seulement deux Grands Prix.

A ce moment, Lotus comptait encore sur son ancienne monoplace et n'était donc pas le favori attitré. Ferrari avait imposé Michelin et sa technologie de pneu radial pour la première fois à Rio, annonçant des lendemains favorables. Aussi, Brabham semblait avoir enfin essuyé les plâtres de son V12 Alfa Romeo aussi puissant que fragile jusqu'alors.
Ajoutez à cela les outsiders tels que les McLaren, la Tyrrell de Patrick Depailler, la Ligier de Jacques Laffite ou la Wolf de Jody Scheckter – vice champion en titre – et Kyalami promettait beaucoup. D'autant que certaines équipes y présentèrent leur monoplace version 1978, dont Brabham et Ferrari, prenant donc de l'avance sur Lotus.

Nouvelles recrues

@ Deviantart.com/f1-history

Les qualifications apportèrent du grain à moudre aux optimistes avec la pole position de Niki Lauda sur sa Brabham. L'Autrichien n'était pourtant plus un maître du tour rapide depuis son accident du Nürburgring 1976. Non seulement il ne signa que trois meilleurs chronos après cet événement mais plus étonnant encore, cette vingt-quatrième pole allait être sa dernière. Autrement dit, l'Ordinateur ne parvint jamais à remonter sur la plus haute position de la grille lors de son retour !
Andretti sécurisa la première ligne mais Peterson ne put faire mieux qu'onzième. Derrière eux se plaçaient les McLaren de James Hunt et Patrick Tambay, la Wolf de Scheckter et la Renault de Jean-Pierre Jabouille. Kyalami étant situé à 1500 mètres d'altitude, le turbo français s'en trouvait favorisé et offrait un premier aperçu de son potentiel.

Les Ferrari se contentèrent des huitième et neuvième place, constatant que le pneu radial n'était pas encore prêt pour toutes les surfaces. Au point de se faire devancer par une nouvelle équipe, à savoir Arrows. Crée par des dissidents du team Shadow, elle se distingua par sa robe dorée imposée par la brasserie Warsteiner, en lieu de place de la peinture blanche immaculée de Rio... faute de sponsor. Si on excepte une obscure compagnie brésilienne qui amena l'équipe à bon port ! Cette performance de choix en appelait une autre et allait attirer la suspicion.

Enfin on pouvait noter en fond de grille les débuts d'un Finlandais anonyme nommé Keijo Rosberg, sur Theodore. Son vrai potentiel n'allait surgir que bien plus tard. Sa qualification se fit au dépend d'un autre futur animateur des 80's, René Arnoux.
Lui pilotait pour l'éphémère Martini, constructeur reconnu en formules de promotion mais qui constata, bien avant les fusillés des pré-qualifications, que le ticket d'entrée en Formule 1 s'adressait plus aux fortunés qu'aux artisans. Autres temps...

Du froid au chaud

@ Deviantart.com/f1-history

Le départ refroidit les ardeurs d'un public subissant la chaleur sud-africaine avec Andretti reprenant son bien dès le premier virage. Scheckter perdit même la deuxième place au profit de Lauda. Devait-on attendre à une procession avec un cavalier seul de l'immigré italien ?
C'était sans compter sur un circuit favorisant les dépassements avec sa longue pleine charge et un climat tout sauf amical envers les mécaniques chancelantes des seventies. Ainsi, on s'échangea très régulièrement les places d'honneur dans le peloton, dans lequel on retrouvait Ronnie Peterson et Patrick Depailler. Ils n'étaient appelés qu'à assurer les places d'honneur à cet instant.

Les premières victimes de leur mécanique se manifestèrent assez vite. James Hunt finit par couler une bielle après seulement cinq tours, laissant sa quatrième place à Patrese et son Arrows toujours aussi fringante, au point de suivre le duo Scheckter-Lauda pour le podium et d'en faire le principal enjeu de ce début de course. Podium sur lequel on ne retrouverait pas Emerson Fittipaldi, surprenant deuxième lors de la course précédente au Brésil mais revenant précipitamment à la triste réalité à Kyalami, après la casse d'un arbre de roue sur sa Copersucar maison.
Le rookie Keke Rosberg renonça peu de temps après pour les mêmes raisons que Hunt, non sans quelques brûlures au derrière suite à une fuite d'essence dans son cockpit ! Permettant ainsi aux caméras de voir le Finlandais saisir un seau d'eau et le déverser à l'endroit voulu. Drôle de façon d'inaugurer sa carrière, quand bien même un autre futur champion du Monde moustachu téméraire connut la même mésaventure pour ses débuts...

Comme une flèche...

@ Deviantart.com/f1-history

En parlant de futur champion du Monde, Scheckter continua de bouchonner le champion en titre Lauda et l'inexpérimenté Patrese, au point que Patrick Depailler ait rejoint le trio. Mieux encore, Riccardo s'empara de la dernière marche provisoire du podium en débordant Lauda. C'est alors qu'Andretti perdit tout son avantage après avoir fusillé ses pneus et commencé à connaître des soucis techniques, déjà trop nombreux en 1977.
Il perdit la tête au profit de Scheckter après vingt tours, relançant la course une première fois. Sauf que l'Ourson n'était toujours pas le plus rapide du lot : Patrese le suivait toujours, accompagnés de Lauda, Depailler et Andretti malgré tout. Le français prit d'ailleurs l'avantage sur l'autrichien. Et puis vint l'improbable au vingt-septième passage de la ligne : Patrese finit par dépasser Scheckter en bout de ligne droite. Deuxième course d'Arrows et voici l'équipe fugitive en tête du Grand Prix d'Afrique du Sud !

La course semblait se destiner quoiqu'il arrive à un vainqueur inédit puisque Depailler prit possession de la deuxième place au tour suivant. Scheckter perdit même le podium au profit de Lauda. Et tout ceci se produisit en trente tours sur soixante dix-huit au total !

Le calme revint petit à petit après cette montée d'adrénaline. Le Top 6 se stabilisa davantage autour de la mi-course, les abandons étant plus espacés. Sans surprise, Jean-Pierre Jabouille s'ajouta à la liste. Au moins, pas de fumée blanche pour alimenter la légende de la théière jaune. Après plusieurs tentatives, Andretti finit par déborder Scheckter à son tour tandis que le dernier point était disputé par John Watson et Ronnie Peterson, à priori pas plus à l'aise que son équipier. Au moins les Lotus luttaient pour les points, à l'inverse des Ferrari, totalement invisibles depuis le départ malgré les efforts généreux de Carlos Reutemann et Gilles Villeneuve.

Plaqué or ?

@ Philinflash

Le Grand Prix prit une toute autre tournure à partir du cinquante-troisième tour. Alors que Scheckter continuait de dégringoler au classement, Lauda stoppa pour de bon. Décidément, le moteur Alfa Romeo n'était toujours pas assez fiable. Comme si cela ne suffisait pas, Villeneuve fit de même, suivi peu après par son équipier Reutemann, histoire de parachever l’œuvre de Ferrari. Sauf que dans le cas de l'argentin, la mécanique n'y était pour rien.
Carlos lui rectifia sa 312T3 contre les grillages après avoir glissé sur l'huile du retardataire Rupert Keegan, lequel avait cru bon de parcourir l'essentiel du circuit en dépit de sa fuite. Enfin Patrick Tambay qui était bien remonté depuis le fond de grille avec sa McLaren perdit tout le bénéfice de ses efforts après avoir cassé son aileron arrière dans une glissade contre un rail. En deux-trois tours seulement s'il vous plaît.

Pas rassasiés ? Tant mieux : Jody Scheckter n'allait plus bouchonner qui que ce soit puisqu'il finit en tête-à-queue quand son accélérateur fit des siennes. Mais le plus gros drame survint au soixante-quatrième tour lorsqu'une autre voiture acheva son après-midi accolé à un rail, en bord de piste, laissant échapper un filet de fumée. C'était l'Arrows de Riccardo Patrese, qui comme Charles Leclerc à Bahreïn, fut privé d'une première victoire entièrement méritée... en théorie.
Sa monoplace, bien que légale sur le papier, était en fait une copie conforme de la dernière Shadow. Pas un hasard : Arrows a été fondé par des anciens membres de l'équipe anglo-américaine, y compris de l'équipe technique et avaient pris soin de faire quelques copies de plans. Un procès perdu les poussa à rendre le véhicule incriminé et à engager un modèle bien moins performant.

Cet abandon devint une belle illustration de l'histoire d'Arrows. En dépit de l'une ou l'autre performance de choix – Budapest 1997 reste dans toutes les mémoires – jamais l'équipe au nom de flèche ne remporta la moindre course. Et si Patrese connut aussi son lot de victoires manquées (sans parler de l'injustice suivant Monza 1978), il eut l'occasion de monter sur la plus haute marche du podium à six reprises. La première occurrence intervint au Grand Prix de Monaco 1982 avec son final rocambolesque légendaire.

Coup(s) de pompe...

@ Deviantart.com/f1-history

Et quand bien même Kyalami 1978 n'a pas atteint un tel statut, il connut un climax presque aussi délirant. Après l'abandon de Patrese, Patrick Depailler récupéra la tête. Une première victoire tendait les bras au français si méritant mais si malchanceux ces dernières années. Sauf que la Formule 1 n'avait pas fini de jouer avec les nerfs de ses pilotes et ses fans. Un souci d'injection touchait sa Tyrrell, faisant de lui une proie facile pour les Lotus d'Andretti et Peterson... ou plutôt uniquement Peterson : Andretti était en panne d'essence !
A noter que ce mal toucha aussi l'autre Arrows de Rolf Stommelen, qui aurait pu consoler son équipe avec son premier point. Les deux parvinrent à rejoindre les stands pour se ravitailler – non sans manquer l'accrochage de peu tant qu'à faire ! – et finir l'épreuve malgré tout.

Restaient donc Depailler et Peterson pour la victoire. Pour rappel, ces deux-là partaient de la sixième ligne ! Patrick donna tout ce qu'il a pour résister à son ancien équipier, qu'il avait devancé l'année précédente par ailleurs. Hélas, ses ratés moteurs finirent par avoir raison de sa Tyrrell. Le suédois prit la tête au tout dernier tour et remporta sa première victoire depuis Monza 1976 sur March.
John Watson compléta le podium devant Alan Jones, qui marquait les premiers points de Williams en tant que constructeur pur et dur, Jacques Laffite et Didier Pironi, l'équipier de Depailler. « Ben voilà, ça doit être la dixième fois que je finis deuxième » lâcha t-il, dépité. La huitième fois en vérité, pour quatorze podiums en tout à ce moment. C'est au seizième que Patrick finit par corriger cette injustice, deux courses plus tard à Monaco. Il s'agit encore aujourd'hui du plus grand nombre de podiums acquis avant une première victoire, à égalité avec Eddie Irvine, Mika Hakkinen et... Jean Alesi.

Est-ce trop demander de retrouver un tel enchaînement pour Shanghai ?

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