400e Grand Prix, Autriche 1984 : la leçon de l'Ordinateur au Professeur

Par |2019-04-07T01:43:36+02:00dimanche 7 avril 2019|Formule 1|

La veille de la 300e course de l'histoire, Niki Lauda signait sa dernière pole position. Pour la 400e épreuve, il décrocha une victoire qui servit de tournant dans sa lutte pour un troisième titre mondial, non sans davantage inspirer son équipier et rival pour la suite de sa carrière.

Après deux anniversaires tombant en début de saison, la célébration suivante eut une saveur estivale et montagnarde. Le 400e Grand Prix fut en effet celui d'Autriche, sur le très apprécié et très rapide tracé de l'Osterreichring, le tout en plein mois d'août. Six ans s'étaient écoulés depuis le ballet infernal de Kyalami et bien entendu, la hiérarchie n'était plus du tout la même. Néanmoins, le hasard voulut que 1961, 1971, 1978 et 1984 soient tous des millésimes marqués par la prédominance d'une équipe. Après respectivement Ferrari, Tyrrell et Lotus, c'était au tour de McLaren.

Alors que 1983 essaya d'équilibrer les échanges entre Brabham, Renault et Ferrari, 1984 proposa son exact opposé, avec McLaren remportant 12 des 16 courses de la saison. L'équipe de Ron Dennis instaura une ère de domination qui s'étala jusqu'en 1991 – exception faite de l'épisode Williams en 1986-1987.
Mais point de hiérarchie définie susceptible de casser le suspens, comme pour Stewart-Cevert et Andretti-Peterson. Ici, il était bien question de laisser les deux pilotes en blanc et rouge se tirer la bourre, tant qu'ils ne se neutralisaient pas eux-mêmes. Et heureusement, le tandem McLaren était un modèle d'intelligence et d'intégrité qui participa grandement à la réussite de l'entreprise.

Le maître et l'élève

@ Deviantart.com/f1-history

D'un côté, Niki Lauda, déjà connu sous le sobriquet de l'Ordinateur. Revenu à la compétition en 1982, il remporta très vite deux courses, démontrant qu'il n'avait rien perdu de ses qualités. Son côté calculateur et stratégique semblait s'être davantage renforcé, se concentrant tellement sur la course qu'il ne partit plus jamais de la pole position.
Aussi, le solide mais peu flamboyant John Watson sut le concurrencer durant leurs deux années de collaboration. Niki était-il suffisamment remis physiquement et psychologiquement de son accident de 1976 pour retrouver sa couronne mondiale ?

De l'autre, Alain Prost, celui qu'on commençait à appeler le Professeur chez Michelin après que les hommes forts du Bibendum furent tous retournés par un nouvel éclair de lucidité stratégique du petit français. Précis jusqu'à la maniaquerie, mémorisant jusqu'à l'infime détail susceptible d'être réutilisé pour la même course l'année suivante, le pilote partageait avec Lauda son côté analytique et un pilotage des plus économes en efforts.
Rien d'étonnant à cela, Prost n'ayant jamais caché que Niki était son héros au moment de découvrir la Formule 1 via les revues et premières diffusions télé. Et en s'associant avec lui après que l'épisode Renault se soit achevé en queue de poisson, c'était la meilleure façon d'apprendre de lui.

C'est là que McLaren tira le gros lot. Certes, la MP4/2 conçue par John Barnard était un exemple d'homogénéité, aussi rapide qu'agréable à conduire, économe envers la mécanique et avec la consommation d'essence, élément essentiel de l'époque après que la première vague de ravitaillements ait été interdite. Mais avec deux pilotes aussi carrés et méticuleux, elle ne pouvait qu'être parfaitement réglée et exploitée.
Aussi, en observant Lauda de si près, Prost devint, pour reprendre les termes de l'intéressé, un «vrai emmerdeur ». Rien n'échappait au français et l'autrichien savait qu'avec un tel énergumène, il lui fallait puiser dans ses réserves pour lui donner la réplique. Ce qu'il fit.

Rien ne sert de courir... (refrain connu)

@ Deviantart.com/f1-history

Et ainsi, en arrivant en Autriche, pour la douzième manche de la saison, McLaren comptait bien plus du double des points de ses poursuivants directs ! Les chances mathématiques existaient encore mais Niki Lauda et Alain Prost étaient bien les seuls prétendants au titre mondial. Lauda était mené oui, mais de 4.5 points seulement. Il l'avait devancé à l'occasion comme à Kyalami pour la gagne et à Montréal pour la deuxième place.
Aussi, il avait connu un peu plus de faiblesses mécaniques que son voisin de garage, faussant un peu le calcul. Reste que beaucoup s'accordaient à dire que des deux belligérants, Prost était le plus rapide et qu'il méritait bien un titre mondial bêtement perdu par son équipe les deux années précédentes. A Niki de faire valoir ses propres armes.

Comme souvent cette année-là, McLaren laissa le bénéfice de la pole position à Nelson Piquet. Sa Brabham avait clairement le rythme en qualifications puisque le champion en titre aligna neuf meilleurs chronos en tout en 1984. Sauf qu'il dut patienter jusqu'au septième Grand Prix pour marquer des points, tant le BMW ne pouvait supporter une telle cavalerie de bout en bout.
Les Ferrari et Lotus jouaient elles davantage les gros points, guettant une éventualité défaillance commune des McLaren comme à Zolder, profitant à Michele Alboreto. En attendant, Prost se plaça à côté de Piquet sur la première ligne, avec Lauda un rang derrière.

Il n'était d'ailleurs pas le seul autrichien, puisque la modeste entité ATS engagea le jeune Gerhard Berger pour sa course nationale. Au grand dam du pilote officiel Manfred Winkelhock qui devait déjà compter les pièces de rechange seul et qui ne put même pas prendre le départ par le fait même suite à une casse d'embrayage  !

Rapports conflictuels

@ Deviantart.com/f1-history

Après un premier faux départ suite à un dysfonctionnement des feux, Piquet conserva son bien, là où Lauda perdit des places et boucla le premier tour sixième. Pas d'inquiétude : il déborda très vite la Lotus d'Elio De Angelis puis la Renault de Derek Warwick.
Celle de Patrick Tambay grignota si vite ses pneumatiques qu'elle dut changer de gommes après seulement dix tours. Et voici Lauda déjà troisième. La routine ou presque pour celui qui prit l'habitude de remonter petit à petit selon les éventuels ennuis de ses adversaires, qu'il s'agisse de pneus, d'essence, de pression de suralimentation du turbo... ou de vitesse manquante.

Car c'est sur ce point que se joua le Grand Prix chez McLaren. La quatrième vitesse de Prost chercha à quitter sa boîte maternelle pour s'offrir quelques vacances. Histoire de ne pas dérégler toute la machinerie et continuer sa route, le français devait tenir le levier de vitesses avec sa main droite et adopter un rythme tout sauf abrupt. Venant du Professeur, inutile d'attendre un souci pour rouler à l'économie, si bien qu'on ne pouvait se douter de son problème vu de l'extérieur.

Prost parvint ainsi à rester au contact de Piquet et à garder Lauda à distance respectable, alors que la course avait commencé sa collection d'abandons. Le premier notable fut Rosberg, considérant sa monoplace tout simplement impossible à piloter. Ce qui en dit long sur le côté sauvage de la Williams quand on connaît le caractère du finlandais, jusqu'alors disposé à maintenir n'importe quel engin sur la piste. Warwick le suivit juste après, moteur cassé.
Pas plus de réussite en 1984 qu'en 1978 ou 2019 donc pour le Losange. De Angelis, lui aussi propulsé par un bloc français, connut la même mésaventure dix tours plus tard mais préféra rentrer aux stands plutôt que de s'immobiliser dans une échappatoire. Ce faisant, il sema de l'huile sur la trajectoire, notamment au dernier virage, une longue courbe à droite où une seule ligne était possible.

Piquet arriva sur les lieux dépourvus de drapeaux signalant la présence du fluide. Il contrôla un début d'embardée et surprit Prost, calqué sur son rythme. Handicapé par son levier, il ne put rattraper sa propre glissade et tapa le rail. Voici six à neuf points perdus pour lui, et une place de gagnée pour son rival.

Victoire au bluff

@ Flickr

Lauda en prit bonne note et évita tout travers superflu. Mieux encore, aidé par un Michele Alboreto peu coopératif au moment de se faire prendre un tour, il finit par dépasser son ancien équipier pour prendre la tête de l'épreuve. Le public apprécia la manœuvre à sa juste valeur.
Entre temps, Nigel Mansell (Lotus) et Ayrton Senna (Toleman) avaient à leur tour rejoint la liste des retirés. Patrick Tambay suivit plus tard, enfonçant encore un peu plus Renault qui avait perdu ses quatre meilleurs représentants. Piquet lui, tenait toujours la deuxième place en dépit de pneus détruits.

C'est alors que Lauda connut à son tour des soucis de boîte. Il leva même son bras, signalant un abandon imminent ! Mais aucun retour aux puits ici, la McLaren finit par reprendre ses vitesses et un rythme à peu près convenable. Comme Prost, c'était la quatrième qui avait sauté et pour de bon ici. Alerté, il baissa considérablement son rythme, au point qu'une désœuvrée RAM parvint à suivre son rythme !
Piquet le rattrapa t-il ? Même pas : le Brésilien cherchait aussi à économiser sa mécanique, lui qui vit que trop peu souvent l'arrivée. De plus, rouler à un rythme de sénateur en fin de course était commun cette année-là pour économiser la moindre goutte d'essence. Sans liaison radio avec son équipe – ceci vint plus tard – il ne pouvait donc comprendre que Lauda était autrement vulnérable. Et le classement se figea sur un podium Lauda-Piquet-Alboreto.

Lauda remporta pour la première fois son Grand Prix national et prit la tête du championnat avec cinq points et demi d'avance sur Prost. Le championnat 1984 étant célèbre pour son écart record d'un demi-point, il est évident que cette course joua un rôle clé dans le dénouement final.

Leçon apprise

@ Wikipedia

Cette fois-ci, Prost prit sa défaite avec plus de recul. Parfaitement à l'aise chez McLaren et ayant tissé des liens d'amitié avec Lauda, les regrets laissèrent place à la satisfaction d'avoir vécu une belle année. Aussi, il savait quoi faire pour vaincre face à un Ordinateur : assurer encore plus !
Cela peut sonner absurde de la part d'un pilote déjà boudé par son propre public pour son style anti-spectaculaire mais avec sept victoires contre cinq pour Lauda en 1984, on peut en effet estimer que Prost n'a pas tant « assuré » que ça et éventuellement gâché l'une ou l'autre course à vouloir gagner à tout prix. C'est en tout cas ce qu'affirma le Professeur dans le podcast officiel « Beyond the Grid », évoquant un changement d'approche entre 1984 et 1985, soit bien avant l'arrivée d'Ayrton Senna chez McLaren.

On peut dire que cela lui réussit plutôt bien.

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