500e Grand Prix, Australie 1990 : au nez et à la moustache...

Par |2019-04-09T00:44:41+02:00mardi 9 avril 2019|Formule 1|

Difficile de passer derrière le monstre médiatique que fut Suzuka 1990, aussi bien pour l'enjeu que pour son dénouement des plus controversés, pour ne pas dire scandaleux. Pourtant, comme souvent, même sans titre mondial à accorder, Adélaïde proposa une excellente alternative. Non sans relancer le temps d'un dimanche une vieille rivalité...

Si Adélaïde fut pendant onze saisons consécutives la manche finale du championnat du Monde, la lutte pour le titre mondiale n'y connut son apogée qu'à deux reprises. Et quand bien même 1986 et 1994 sont des finales rentrées dans la légende, c'est Suzuka qui se fit davantage connaître comme l'étape décisive. Cela se vérifia de 1987 à 1991, puis en 1996, de 1998 à 2000, en 2003 et enfin en 2011.

Adélaïde eut donc d'autant plus de mérite à conserver une place de choix dans le cœur de nombreux passionnés en dépit de son absence d'enjeux la majorité du temps. Son ambiance chaleureuse et son circuit exemplaire pour un tracé urbain n'y sont pas étrangers. Certaines éditions ont contribué à cette renommée, via les pluies torrentielles de 1989 et 1991 ou le happy ending de la rivalité Prost-Senna en 1993. Une réconciliation si attendue mais qui n'était clairement pas à l'ordre du jour en 1990 !

Senna et ses contradictions

@ Youtube

En effet, si le Grand Prix d'Australie célébra comme il se doit la 500e course de l'histoire de la Formule 1 en invitant bon nombre d'anciens champions pour l'occasion, l'ambiance restait bien lourde et la marque de Suzuka bien présente. Comment apprécier une course en tant que telle après une issue aussi dramatique, au caractère anti-sportif des plus évidents ?
Une chose est certaine : Alain Prost n'avait pas le cœur à fêter quoique ce soit. Il bouda aussi bien la traditionnelle photo de fin de saison que le portrait groupé de champions du Monde. Il est vrai que l'acte revanchard d'Ayrton Senna le dégoûta au point d'envisager une retraite anticipée, et sa présence à Adélaïde relevait principalement de la conscience professionnelle.

@ Deviantart.com/f1-history

Le brésilien, lui, fit comme si de rien était dans le paddock... à condition de ne pas toucher la corde sensible. Jackie Stewart, l'antithèse de Senna en tous points, choisit de l'amener sur ce terrain miné durant une interview restée célèbre, reprise dans le documentaire consacré au brésilien. Non seulement il insinua l'aspect délibéré de l'accrochage mais il estima le nombre de contacts impliquant Ayrton durant ces dernières années supérieur à celui de tous les autres champions du Monde au cumul !
Piqué au vif, il s'emporta contre l'écossais et justifia sa manœuvre de Suzuka avec sa fameuse tirade « If you no longer go for a gap that exists, you're no longer a racing driver » ("Si vous ne saisissez plus l'opportunité d'une ouverture, vous n'êtes plus un pilote de course"). Ceci contre toute logique et surtout contre sa propre vérité, puisqu'il admit sa responsabilité un an après.

Un Berger sans les moutons

© Scuderia Ferrari - Alain Prost

© Scuderia Ferrari - Alain Prost

Cette incartade ne l'empêcha pas de signer une nouvelle pole position, sa cinquante-deuxième. Son équipier Gerhard Berger l'accompagna en première ligne, lui aussi sous le feu des critiques. L'autrichien avait terni sa réputation cette année-là, au choix pour ses manœuvres de défense peu correctes ou sa tendance à « s'endormir » durant les courses, donnant naissance au running-gag de l'oreiller cher au dessinateur Jean-Louis Fiszman d'Auto Hebdo.
Que ce soit justifié ou non, il était difficile de voir en Berger un futur Champion du Monde désormais. Nigel Mansell, qui fit volte-face sur sa propre retraite en cours de saison, devança son propre équipier Prost.

Juste derrière, Jean Alesi signa une dernière performance de choix sur Tyrrell avec le cinquième temps, devant des Benetton et Williams en théorie plus performantes. A noter que l'année débuta avec 35 participants et se finit avec 30 engagés : Onyx, Life et Eurobrun avaient mis fin à leurs activités en cours de saison.

Senna conserva l'avantage tandis que Berger loupa son départ et tint de justesse les Ferrari dans son dos. Pour très peu de temps puisque Mansell le déborda dès le second tour après que l'autrichien ait appuyé sur le mauvais bouton. Prost, clairement pas dans son élément ce jour-là, ne l'imita pas tout de suite : il allait attendre pas moins de cinquante tours pour se débarrasser de la McLaren !
Nelson Piquet fut bien moins patient sur sa Benetton, puisqu'il passa Prost lui aussi au deuxième passage de la ligne, puis Berger quelques instants plus tard. La troupe de tête se stabilisa un temps selon l'ordre Senna-Mansell-Piquet-Berger-Prost.

Oh la belle bleue !

@ Pinterest

Les Williams de leur côté achevèrent leur saison dans l'anonymat avec une FW13B aux antipodes de l'adhérence, si bien que même marquer un point semblait réclamer un certain effort. Riccardo Patrese manqua d'ailleurs de percuter une Minardi au premier virage, fusillant ses pneus dans un drift et l'obligeant à changer ces derniers. D'autres pilotes se retrouvèrent également dans le mauvais sens de la marche durant l'épreuve, incluant les deux Brabham de Stefano Modena et David Brabham (fils de Jack) et la Tyrrell de Jean Alesi, bien avant que les Guignols de l'Info ne prennent ce genre de travers pour acquis du côté français.

Néanmoins, la plus belle figure de la course fut incontestablement l’œuvre de Nicola Larini. Honorable onzième sur une Ligier loin des heures de gloire des 80's, l'Italien fit traîner ses roues sur un vibreur juste avant le rapide virage à droite précédant la longue ligne droite.Une très mauvaise idée : le travers qui en suivit le fit décoller sur la bordure à l'extérieur du dit virage avant de retomber sur ses roues, à priori sans dommages. Larini repartit mais avec beaucoup de temps et de places perdues.

Pris de vitesse(s)

© McLaren - Ayrton Senna

La lutte pour le podium prit une autre tournure quand au bout d'une quarantaine de tours, Mansell s'ajouta à la liste des adeptes de la pirouette improvisée. Il devint une proie évidente pour son vieil ami Piquet et perdit sa deuxième place. C'était le signe évident d'une dégradation prématurée de pneumatiques et Mansell s'arrêta pour en changer. Prost déborda enfin Berger, après une erreur analogue à celle de Larini mais avec un résultat bien moins spectaculaire pour la McLaren.
En vérité, Gerhard souffrait d'une crampe à la jambe, d'où cette méforme. Au moins il continua sa route, à l'inverse de Satoru Nakajima, habitué des figures libres, qui tira tout droit dans une échappatoire pour le compte.

Motivé par son nouveau train de pneus, Mansell entama une belle remontée qui, bien entendu, se fit au détriment de Berger. Il allait d'autant plus retrouver de l'appétit que la victoire devint une franche possibilité : Senna renonça !
Rencontrant des soucis de sélection de vitesses, il arriva trop vite dans l'un des derniers virages du circuit et rectifia l'avant-droit de sa MP4/5B dans le mur de pneus. Le Grand Prix d'Australie lui échappait encore une fois mais il eut sa revanche l'année suivante. Enfin à moitié, après que l'interruption anticipée de l'épreuve ait donné lieu à une demie attribution des points.

Verte et bien mûre

@ Pinterest

Nelson Piquet hérita donc de la tête de course, comme à Suzuka. Sauf que derrière lui, l'horizon était bien moins dégagé qu'au Japon. Mansell avait dépassé son équipier et regagnait des poignées de secondes sur la Benetton. Le Brésilien n'évita pas sa propre visite d'un dégagement, lui aussi dans le droite rapide au vibreur traître.
Ce qui rendit les derniers tours particulièrement tendus, Piquet devait garder en respect Mansell, un pilote au timing surprenant quand venait le moment de dépasser. Il tenta sa manœuvre au dernier tour, dans le virage le plus approprié - l'épingle en bout de ligne droite - après qu'une Brabham ait gêné les deux duellistes. Mais trop court, il dut bloquer les roues et s'avouer vaincu, manquant de très peu un accrochage.

Piquet remporta donc le Grand Prix d'Australie devant Mansell, Prost (lui aussi parti au large sur la fin !), Berger et les deux Williams. Une victoire assez inattendue au vu de ses qualifications et bien aidée par l'abandon de Senna. Mais avec son équipier Roberto Moreno à un tour et un Mansell des plus acharnés, les mérites du triple champion du Monde étaient évidents. Cela lui permit de finir troisième du championnat, à égalité de points avec Berger et devant Mansell. Nul doute que Nelson savoura cette victoire plus que d'autres puisqu'aux dépends de son meilleur ennemi... qu'il arrosa d'eau en conférence de presse tant qu'à faire. L'ironie voulut que Suzuka 1990 et Montréal 1991, ses autres victoires en Benetton furent toutes deux acquises après une gaffe de ce cher Mansell.

Au moins cette victoire évita de nouvelles polémiques dont la Formule 1 pouvait se passer.

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