600e Grand Prix, Argentine 1997 : De toutes les couleurs

Par |2019-04-10T02:39:13+02:00mercredi 10 avril 2019|Formule 1|

En ce début de saison 1997, on prédisait une continuité de l'année précédente, à savoir Williams dominant son monde sans trop forcer. Or à Buenos Aires, non seulement l'équipe championne du Monde dut se battre pour vaincre, mais elle fit face à quelques opposants plus ou moins surprenants.

Beaucoup de fans ressentent un gros pincement au cœur en voyant Williams se débattre dans le fond de classement tout en économisant ses pièces de rechange. Il est vrai qu'il est difficile d'imaginer qu'une vingtaine d'années plus tôt, cette même équipe était un top team. Mieux encore, la décennie 90 est presque indissociable de la structure fondée par Frank Williams.
Son association avec Renault a marqué la mémoire collective et abouti à une sacrée série de titres mondiaux. Entre le 500e Grand Prix à Adélaïde en 1990 et le 600e à Buenos Aires en 1997, Williams s'est approprié quatre couronnes du côté pilotes et cinq d'affilée chez les constructeurs.

Le Grand Prix d'Argentine devait donc confirmer cet élan. Son premier pilote Jacques Villeneuve, vice-champion pour son année d'introduction, partait en pole position pour la troisième fois en trois courses, offrant la 100e meilleure position sur la grille d'une Williams. Heinz-Harald Frentzen, son nouvel équipier que Michael Schumacher craignait plus que Damon Hill, l'accompagnait sur la première ligne.
Pour couronner le tout, Villeneuve infligea une seconde d'avance à toutes les autres monoplaces. De toute évidence la FW19 était la digne descendante de ses prédécesseurs et ni Ferrari, ni McLaren, ni Benetton étaient revenus au même niveau. Mais si le vainqueur s'avéra prévisible, la course ne se passa pas exactement comme prévu.

Rolling Bridgestone

@ Deviantart.com/f1-history

Quelques indices s'étaient glissés dès les qualifications. En troisième place se trouvait la Prost d'Olivier Panis, la même position obtenue par le binôme franco-français deux semaines plus tôt au Brésil. Cinquième se glissait la Stewart de Rubens Barrichello. Ces deux teams disputaient leur troisième Grand Prix et la structure de Jackie Stewart partait de zéro. Ils avaient aussi en commun les pneus Bridgestone, très efficaces sur les pistes les plus glissantes.
La différence venait de la récompense : la performance du brésilien lui valut une Rolex de la part de son patron. A côté, les Benetton partaient en dehors du Top 10, en sixième ligne. Pire encore, les McLaren étaient réparties en dixième et dix-septième places. Autrement dit, en dehors de Williams, la hiérarchie n'avait clairement pas l'allure envisagée. La saison 1997 regorgea de changements impromptus de ce genre qui remit en cause bon nombre de pronostics.

Le départ se chargea d'ailleurs de relancer les dés. Après que Schumacher ait brutalement tassé Panis sur l'extérieur de la ligne droite, l'allemand s'emmêla les roues avec Barrichello, provoquant une certaine confusion derrière lui. David Coulthard y laissa une roue sur sa McLaren et quelques pilotes durent virer large dans le gravier pour éviter un sort analogue.
Si la Stewart put repartir et réparer le museau blessé, la Ferrari resta bloquée au premier virage, éliminant Schumacher de l'équation. Une position dangereuse accompagnée de débris qui nécessita l'intervention du Safety Car. On crut l'espace d'un instant à une interruption de course après qu'un commissaire mal avisé ait brandit un drapeau rouge mais ce ne fut qu'une fausse alerte.

Les Williams et Panis avaient conservé leurs positions mais devançaient désormais Eddie Irvine (Ferrari), Giancarlo Fisichella (Jordan) et Damon Hill (Arrows). Cela étant, le champion en titre céda assez vite à Ralf Schumacher (Jordan) et Johnny Herbert (Sauber).

Prise de température

@ Deviantart.com/f1-history

Peu après le redémarrage, nouvel incident que peu d'observateurs escomptaient : l'abandon d'une Williams. Frentzen n'aura bouclé que cinq tours avant que son embrayage ne prenne un coup de chaud. De quoi davantage refroidir l'allemand. Au sens figuré oui car n'ayant toujours pas marqué le moindre point en trois courses, mais aussi littéralement car bien enrhumé ce week-end en dépit de la haute température sud-américaine !
Un passage dans la froide Angleterre où était basée l'usine Williams entre deux Grands Prix au climat totalement opposé y contribua. Villeneuve devait donc faire face à la Prost de Panis car celle-ci, étonnamment, tenait le rythme de l'autre monoplace bleue ! Une performance aussi bien due à un pilote totalement en phase avec lui-même qu'à une monoplace exploitant parfaitement les Bridgestone. Panis avait déjà surpris son monde en ne changeant qu'une fois de gommes à Interlagos, ce qui l'avait amené sur le podium. La France recommençait à rêver.

A l'inverse, Jean Alesi donna du grain à moudre à certaines marionnettes de Canal + (sponsor de Prost par ailleurs) en improvisant un pas de danse avec Damon Hill au premier virage. Leur figure commune alors qu'ils bataillaient pour la septième place les replacèrent derrière d'autres surprenants outsiders comme l'autre Arrows de Pedro Diniz, la Tyrrell de Jos Verstappen ou la... Stewart de Barrichello, déjà revenue dans le Top 10 !.
Hélas pour les équipes concernées, aucun de leurs représentants ne remonta dans les points. D'ailleurs, outre Alesi, les quatre autres pilotes cités ici abandonnèrent les uns après les autres. Tristes anniversaires pour Arrows et Tyrrell, ayant atteint la barre des 200 et 400 courses respectivement.

Rire jaune

@ Deviantart.com/f1-history

A propos d'abandons, le rêve bleu s'acheva après le dix-huitième tour. Alors que Villeneuve s'arrêta déjà pour changer de pneus, trahissant une stratégie à trois ravitaillements, Panis stoppa aussi mais dans l'herbe et pour de bon, moteur hors d'usage. Au moins avait-il démontré qu'il fallait définitivement compter sur lui pour la suite de la saison. C'était donc Eddie Irvine qui devint le principal adversaire de Villeneuve, se plaçant candidat à la victoire pour la première fois depuis son arrivée chez Ferrari l'année passée.

Suivaient les Jordan qui, deux décennies avant Sergio Perez et Esteban Ocon sous une autre identité, abandonnèrent tout sens commun et s'accrochèrent à une épingle à cheveux. La responsabilité incombait davantage au petit frère Schumacher qui força le passage sur Fisichella, lequel ne cacha pas sa désapprobation après coup. Là encore, pas la meilleure façon de fêter un anniversaire (encore un !), en l'occurrence le 100e Grand Prix de l'équipe jaune.

La fièvre du dimanche après-midi

@ Deviantart.com/f1-history | Sergio Goldvarg

La physionomie de la course prit alors une intéressante tournure avec les trois premiers pilotes sur trois stratégies différentes : Villeneuve tablant sur trois arrêts, Irvine comptant sur deux stops et Ralf Schumacher tentant le pari d'un seul ravitaillement. Mais trop éloignée en terme de rythme, la Jordan chercha surtout à sécuriser le podium. Cela se jouait donc entre le canadien et l'irlandais, deux amis en dehors des paddocks.
Une légère alerte intervint lorsque Villeneuve perdit la première place lors de son second stop alors qu'il l'avait conservée suite au premier arrêt. Cela permit à Irvine de mener un Grand Prix pour la première fois de sa carrière avant son propre ravitaillement. C'est dire que l'Irlandais n'était pas à son aise avec la Ferrari de 1996, quelque soit la comparaison avec son leader désigné.

Villeneuve inversa la tendance pour son dernier arrêt et conserva son bien. Mais ses gommes plus fraîches que celles d'Irvine n'empêchèrent pas la F310B de recoller à la FW19. Au contraire, elles se dégradèrent bien trop rapidement en raison de la chaleur plus importante que prévue, sans compter un revêtement déjà peu coopératif en soi. Pire encore, Jacques était plus diminué que son équipier, subissant la tourista, la « diarrhée du voyageur » qui avait fait beaucoup de dégâts chez les pilotes à l'époque du Grand Prix du Mexique.
N'ayant rien pu avaler depuis le samedi soir et placé sous perfusion par Sid Watkins, il lui fallait donc puiser dans ses réserves pour contenir un Irvine motivé par la perspective d'une première victoire en Grand Prix... et de ses premiers points au championnat. Eddie avait en effet accroché Villeneuve dès le premier virage à Melbourne avant de vivre l'enfer sur une voiture de réserve réglée pour Schumacher à Interlagos.

Record pour un Schumacher

@ Deviantart.com/f1-history | Sergio Goldvarg

Hélas pour les nombreux tifosi présents en terre argentine la pression d'Irvine ne vint pas à bout de Villeneuve. Il remporta le Grand Prix, sa sixième victoire en carrière, et infligea un 10-0 à Michael Schumacher. Irvine se consola avec son meilleur résultat – il n'avait fini que deux fois troisième jusque là – tandis que Ralf Schumacher signait son premier podium au bout de trois courses seulement. A 21 ans et 9 mois, il devenait le plus jeune pilote à savourer la douche au champagne, précédant Elio De Angelis (Interlagos 1980) d'une quinzaine de jours seulement. Le record tint en place six ans avant d'être attribué à un certain pilote espagnol au Grand Prix de Malaisie 2003...

Neuf pilotes seulement franchirent la ligne d'arrivée, Johnny Herbert sauvant de justesse la quatrième place devant Mika Hakkinen et Gerhard Berger. Et pourtant, Buenos Aires 1997 fut bien loin d'autant malmener les pilotes que la prochaine édition anniversaire !

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