700e Grand Prix, Interlagos 2003 : Maximum carnage

Par |2019-04-11T00:40:25+02:00jeudi 11 avril 2019|Formule 1|

Le Grand Prix du Brésil 2003 fut tellement chaotique qu'on peut facilement oublier qu'il s'agissait de la 700e course de l'histoire. Interrompue avant la fin, elle connut tant de péripéties qu'il fallut officialiser un nouveau vainqueur cinq jours après ! Et si c'était le seul élément improbable de cette épreuve...

Si tous les Grands Prix anniversaires n'ont pas nécessairement leur place au panthéon des classiques de la Formule 1 – même si Kyalami 1978 mériterait une reconsidération – toute une génération garde un souvenir vivace du Grand Prix du Brésil 2003. Tant d'incidents ont été rassemblés ce jour-là dans une course qui n'a même pas été jusqu'au terme initialement prévu. Ainsi, en faire le résumé de façon chronologique serait plus hasardeux au vu de l'accumulation de mouvements dans les 54 tours officiellement retenus. Procédons par étape.

L'enfant maudit du pays

@ DR

Pendant un temps, on crut Ayrton Senna maudit à force d'échouer à remporter son Grand Prix national. Le signe indien fut vaincu en 1991, donnant lieu à probablement la plus émouvante victoire de l'histoire de son sport. Magic doubla la mise en 1993, non sans tomber dans les bras de Juan-Manuel Fangio et créer une autre image marquante. Or 1993, c'était l'année où débuta Rubens Barrichello. Un pilote qui grandit littéralement à côté du circuit d'Interlagos. Etant aussi patriote que son mentor, une victoire devant les siens ne pouvait davantage le combler.

Sauf que celui qu'on surnomma Rubinho connut une incroyable série noire en ces lieux. S'il finit très bon quatrième en 1994, c'était pour mieux enchaîner neuf abandons successifs ! De la prestation anonyme et douloureuse en 1995 où le public reporta trop vite ses espoirs sur lui à l'exploit inachevé de 1999 sur Stewart en menant le premier tiers de course, en passant par l'accrochage évitable de 2001 avec Ralf Schumacher, que de déceptions.

Et 2003 reste sans conteste l'édition la plus injuste envers Barrichello. Déjà, il signa la pole position, se mettant d'emblée le public dans la poche. De plus, le Grand Prix du Brésil eut droit à une succession de vainqueurs brésiliens pour les millésimes en 3 : Fittipaldi en 1973, Piquet en 1983 et Senna en 1993. S'il souffrit dans un premier temps à cause de Bridgestone peu adaptés à la forte pluie – voir plus bas – il remonta brillamment quand la piste devint plus intermédiaire, jusqu'à reprendre la tête à David Coulthard. Il était le plus rapide en piste et probablement hors d'atteinte. Et puis intervint la pire panne possible car la plus évitable : une panne d'essence. Une poisse susceptible d'ébranler la foi du profond catholique qu'est Barrichello !

Curva do Sol ? Curva do Chuva !

Pinterest - Brésil 2003

Après le virage du S de Senna connu de tout fan qui se respecte se trouve le virage « Curva do Sol », le « virage du soleil ». Une courbe moyenne à gauche qui mène à l'autre ligne droite du circuit en dehors de la pleine charge finale. Et jamais ce virage n'a aussi mal porté son nom que durant cette édition 2003 !

Déjà, il pleuvait fort, à tel point que la course démarra sous régime de Safety Car, celui-ci ayant mené la ronde pendant huit tours. Ensuite le circuit n'avait jamais brillé pour sa sécurité et son entretien. Son drainage insuffisant en témoigna, d'où l'eau stagnante en pleine trajectoire.
Enfin, la Curva do Sol était en léger dévers, permettant la naissance de petites rigoles. Le résultat ? La moitié du plateau y effectua un travers et plus d'un tiers vit sa voiture garée de l'autre côté du rail. Dans le lot figurait Michael Schumacher qui stoppa à quelques mètres d'une grue, chargée de dégager les précédentes victimes de ces rivières. De quoi à nouveau attirer l'attention sur l'organisation de l'épreuve.

La Curva do Sol toucha toutes les catégories de pilotes, des néophytes aux champions en passant par les seconds couteaux. Une seule équipe y laissa ses deux monoplaces et quand bien même elles ne touchèrent pas le rail, ce double abandon coûta bien plus cher qu'on pouvait l'imaginer.

Une Minardi vainqueur ?!

@ DR

Après que le Safety Car soit intervenu une troisième fois (pour cinq sorties en tout !) suite à la nouvelle vague de pirouettes dans le troisième virage, la course reprit son rythme ordinaire avec un classement qui l'était moins. Jos Verstappen, septième sur Minardi, devançait Giancarlo Fisichella et sa Jordan ainsi que Kimi Räikkönen qui venait de ravitailler sa McLaren. Ces deux derniers se disputèrent la victoire finale en piste... et sur tapis vert.
Entre temps, le père de Max devint la prochaine victime de la bien mal nommée Curva do Sol. Il n'en fallait pas plus pour que le patron Paul Stoddart prétende à qui voulait le croire que le Néerlandais était en mesure de remporter la course sans ce tête-à-queue éliminatoire.

Cela sonne invraisemblable mais autant l'était la victoire de Fisichella, certes parti huitième mais rejeté en fond de classement après un plein d'essence durant la première neutralisation. Chargé à bloc en carburant, Verstappen l'était aussi. Il fut l'un des quatre pilotes à partir des stands, chacun choisit une stratégie analogue.
Ils se doutaient au vu des conditions que la voiture de sécurité interviendrait très souvent et que la course pourrait être interrompue avant l'heure. Ces circonstances et la pluie favorisaient une consommation plus raisonnable, rendait possible le pari d'un Grand Prix sans ravitaillement en cours d'épreuve.

Heinz-Harald Frentzen était un de ces pilotes. Il ne passa plus par les stands après le premier tour et il finit cinquième à courte distance de Fisichella... après avoir fait son propre travers au virage 3 à mi-parcours. Il était d'ailleurs avant dernier avant la sortie de Verstappen.
Ajoutez à cela la supériorité évidente des Bridgestone en conditions mixtes qui équipaient Fisichella, Frentzen et Verstappen. Lequel avait devancé le futur vainqueur durant toute l'épreuve, témoignant d'un rythme tout à fait honorable. Avec tous ces éléments en tête, la victoire d'une Minardi ne paraît pas si farfelue.

Cela étant, l'équipe de Faenza a en quelque sorte remporté une course à Monza en 2008, avec son descendant Toro Rosso. Le même team où débuta un certain Max Verstappen. Le cycle est complet.

Un pneu, beaucoup, pas du tout

@ Pinterest

Si la course aboutit à autant de sorties et d'interventions du Safety Car, ce n'était pas uniquement dû aux conditions. La pluie était forte certes mais pas autant que pour d'autres courses disputées avant ou après ce Grand Prix. L'édition 2016 en comparaison fut plus arrosée. Le problème provenait en grande partie d'un point de réglementation qui montra ces limites ce jour-là.

Dans son éternelle quête de réduction des coûts, la FIA avait imposé aux équipes l'alignement d'un seul type de pneumatiques pour piste humide. Plus de switch possible entre les pneus intermédiaire et les pneus pluie (ou « full wet » comme on disait à l'époque). Bridgestone choisit une gamme plus proche de l'intermédiaire, d'où ses difficultés en première moitié et sa remontée en force dans la deuxième. A l'inverse Michelin privilégia un pneu plus typé pluie, résultant en une dynamique opposée.

Mais dans les deux cas, les manufacturiers avaient opté pour une gomme capable de faire la transition entre une pluie ordinaire et un assèchement progressif de la trajectoire. Elle n'était donc pas conçue pour les situations de grosse averse, forçant la direction de course à neutraliser l'épreuve.
Or avec une météo comme celle d'Interlagos et son asphalte laissant traîner des rivières par-ci par-là, cela ne pouvait qu'aboutir à un « désastre », pour reprendre les propres mots de Jean-Louis Moncet à l'antenne de TF1. Après coup, la FIA assouplit sa réglementation pour éviter toute récidive.

A qui le tour ?

GILLES LEVENT / DPPI / JORDAN GRAND PRIX

Ce terme de "désastre" intervint au moment où Fernando Alonso percuta la roue laissée en pleine trajectoire par la Jaguar de Mark Webber... ou ce qu'il en restait. La course était pourtant neutralisée mais l'espagnol s'en rendit compte trop tard. Il percuta un mur de pneus à gauche puis le rail opposé, non sans que les piles de pneus se désolidarisent complètement et envahissent la trajectoire ! Le drapeau rouge était plus que nécessaire, bien qu'il aurait pu être brandi dès la sortie de Webber.

A ce moment, Giancarlo Fisichella était en tête, ayant profité d'un léger décalage de Kimi Räikkönen. Pour le 200e Grand Prix de Jordan, l'Italien obtenait enfin le premier succès qu'il méritait tant. C'est en tout cas ce qu'il avait compris jusqu'à ce qu'un autre article du règlement ne vienne ajouter à la confusion. En cas d'interruption définitive de la course, le classement retenu est celui établi deux tours avant la fin. Les officiels s'étaient arrêtés au 55è tour, et prirent donc en compte le classement du 53è. A ce moment, Räikkönen devançait encore Fisichella. Le finlandais était donc le vainqueur du Grand Prix. Fisichella se consolait avec la deuxième place, tandis qu'Alonso, troisième, était déjà en direction de l'hôpital pour un examen de routine, snobant donc les hymnes et la douche au champagne.

Sauf que la direction de course, probablement trop occupée par le carnage Webber-Alonso, n'avait pas remarqué que Fisichella avait franchi la ligne d'arrivée quelques secondes avant l'interruption. Il avait donc entamé le 56è tour, d'où une reprise du classement du 54è tour... où Fisichella était en tête. Il était donc le vrai vainqueur, ce qui fut officialisé cinq jours après ! Une situation des plus incongrues, d'autant que ce rétropédalage pour une fois ne faisait pas suite à une disqualification. Giancarlo récupéra sa coupe lors d'une cérémonie durant le week-end du Grand Prix de Saint-Marin. Étonnamment, cela fit sourire Iceman Räikkönen à pleines dents !

En tout cas la course fut interrompue juste à temps puisque la Jordan de Fisichella prit feu dès son retour en parc fermé !

Les autres déçus

© DR

D'autres pilotes laissèrent échapper une belle occasion avec cette course. Mark Webber était la sensation des qualifications avec sa troisième place en dépit d'une modeste Jaguar. Il ne put cela dit tenir le rythme en course, faisant partie des nombreuses victimes – non définitives ici – de la Curva do Sol, avant de finir sa course de façon violente.

Olivier Panis pouvait lui nourrir les mêmes regrets que Verstappen. Le français avait raté son tour unique de qualifications alors que sa Toyota pouvait faire aussi bien, sinon mieux que Webber. Parti quinzième, il fit le plein d'essence dès la fin du premier tour et devançait le futur vainqueur Fisichella, sur la même stratégie.
Puis la suspension de l'autre Jordan pilotée par Ralph Firman explosa, propulsant la monoplace sur l'arrière de Panis. A chacun d'imaginer la suite des événements sans la Toyota impliquée. Idem pour Jenson Button, cinquième devant Fisichella et Räikkönen, chaussé de Bridgestone et assez chargé en essence. Devinez où sa course s'est terminée au 33è tour...

Autre pilote au pire timing possible : David Coulthard. L'écossais est celui qui mena le plus de tours ce jour-là avec vingt-six boucles. Il avait repris le commandement après le ravitaillement de Räikkönen puis suite à l'abandon de Barrichello. Il dut s'arrêter une seconde fois au 52e passage et repartit quatrième. A deux tours près.

A chacun de refaire son propre scénario de cette course...

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