800e Grand Prix, Singapour 2008 : Quand Renault laisse béton...

Par |2019-04-13T10:55:47+02:00samedi 13 avril 2019|Formule 1|

La Formule 1 aurait préféré se souvenir de cette course anniversaire en tant que tout premier Grand Prix disputé en conditions nocturnes. Tous les observateurs s'en rappellent plutôt pour un des plus gros scandales de son histoire récente. Ce qui est dommage car le Grand Prix de Singapour 2008 a produit un condensé idéal de tout ce qui fait le sel du tracé de Marina Bay.

La plus grande réussite de Bernie Ecclestone est d'avoir compris au bon moment le potentiel économique et télévisuel de la Formule 1 et d'en avoir tiré des bénéfices dépassant l'imagination. Pour ce faire, il se devait de proposer un produit possédant une certaine régularité, histoire de mieux fidéliser le public, notamment dans sa diffusion. C'est ainsi que les courses se déroulant parfois le samedi en fin de matinée ou en milieu d'après-midi ont fini par être fixées le dimanche, avec un horaire de base de 14h00.

Celui-ci a parfois évolué pour les Grands Prix extra-européens, afin que les téléspectateurs du vieux continent n'aient pas à se lever trop tôt pour suivre leurs pilotes préférés, décalage horaire oblige.
Le souci reste de ne pas faire démarrer ces courses trop tard, sous peine de voir la course finir dans l'obscurité selon la période de l'année. Le Grand Prix de Malaisie 2009 ne put repartir principalement à cause de ce facteur, plus que pour la météo elle-même. D'où l'idée d'avoir un circuit entièrement éclairé pour organiser une épreuve de nuit sur place, mais diffusée en après-midi en Europe pour une meilleure audience.

Et la lumière fut !

Singapour sut répondre à l'appel d'offres avec un éclairage impressionnant (1485 lampes proposant une puissance accumulée de 3 millions de watts !) et un tracé entièrement urbain des plus exigeants. Entre une grande succession de virages et une humidité très importante typique des pays taquinant l'équateur, les organismes furent mis à rude épreuve.
Le circuit eut beau avoir été construit avec les normes de sécurité du 21è siècle – là où Monaco doit se réaménager en permanence avec une base totalement archaïque – avec les dégagements de circonstances, une erreur se payait le plus souvent cash.

Pour couronner le tout, ces 5 kilomètres se couvraient à une vitesse moyenne relativement basse, si bien que les 61 tours prévus pouvaient clasher avec la limite réglementaire des deux heures. Une durée toujours rallongée par le Safety Car, qui intervint à chaque édition, sans exception ! Si Fernando Alonso parvint à boucler la totalité en 1 heure 57 pour l'entrée en matière de 2008, on eut droit à des Grand Prix écourtés en 2012, 2014 et 2017.

Il y avait donc des attentes légitimes pour cette première course sur le circuit de Marina Bay, le premier Grand Prix disputé en conditions nocturnes depuis l'instauration du championnat du Monde.
Le tout pour la 800e course, rendant le tout historique quelque soit le déroulement de l'épreuve. Plusieurs anciennes gloires firent le déplacement juste pour pouvoir se dire « j'y étais », comme Jody Scheckter. Le champion 1979 avait pourtant bien entamé sa reconversion dans l'agriculture bio et coupé les ponts avec sa première vie, pensait-on.

Et au final, la course s'avéra distrayante et animée. Le problème, c'est qu'une bonne partie des événements de celle-ci sont en vérité la conséquence d'un incident programmé. Lequel a jeté un discrédit aussi bien sur la course elle-même que sur son vainqueur, son équipe et tout simplement son sport. Il est donc difficile d'apprécier Singapour 2008 à sa juste valeur, en dépit de sa qualité évidente. Essayons malgré tout...

Une stratégie "mûrement" réfléchie

Les qualifications attirèrent l'attention du public avec les quatre prétendants au titre mondial placés sur les deux premières lignes. Felipe Massa signa la pole sur sa Ferrari et devança la McLaren de Lewis Hamilton, son équipier Kimi Raikkonen et la BMW de Robert Kubica. Alors que le récent nouveau vainqueur Sébastian Vettel continuait de faire des émules en se classant sixième sur sa modeste Toro Rosso, Fernando Alonso connut un sort auquel il ne s'habitua jamais vraiment en dépit de ses dernières années.
Disposant enfin d'une Renault capable de viser les premiers rôles, une soudaine panne d'alimentation en début de deuxième séance le bloqua en quinzième position... devant son équipier Nelsinho Piquet ! A ce moment, le fils du triple champion brésilien n'avait jamais devancé l'Espagnol le samedi et même un désavantage technique n'y changea rien.

La course débuta sans incident majeur, si ce n'est un léger contact entre Kubica et Heikki Kovalainen, la McLaren perdant quelques places dans l'histoire. On constata assez rapidement la difficulté de dépasser sur ce tracé lorsque la réalisation se concentra sur la lutte entre Jarno Trulli et Nico Rosberg pour la neuvième place.
La Toyota tentait le pari d'un seul ravitaillement et roulait cinq secondes moins vite que ceux qui le précédaient ! La Williams fit dérailler le train Trulli au bout de plusieurs tours non sans un sacré blocage de roue(s), merci au tarmac et à ses irrégularités presque aussi nombreuses qu'à Interlagos.

Alonso dépassa également son ancien équipier, avant d'être le premier à ravitailler au douzième tour. Une curieuse stratégie qui prit tout son sens quand on comprit que la sortie de Piquet Jr peu de temps après était intentionnelle et non très maladroite. Il faut dire que Nelsinho n'avait pas brillé par sa consistance cette année-là, ce qui conforta le public dans son opinion du moment. Même si le rapprochement entre l'incident et le résultat final était des plus évidents, au point que des fans envisagent le trafic le soir-même sur les forums, plus ou moins sérieusement.

Felipe les mauvais tuyaux

Ce qu'on oublie un peu plus, c'est le jeu de domino géant qu'enclencha cette faute volontaire, en plus de la remontée artificielle d'Alonso. Nous étions en 2008, à l'époque où la FIA avait instauré la règle américaine de la fermeture des stands, le temps que toutes les voitures se regroupent derrière le Safety Car.
Tout refuelling en cas de pitlane fermée serait sanctionné d'une pénalité de 10 secondes, y compris si le pilote risque la panne d'essence et l'abandon ! Un problème injuste déjà mis en lumière au Canada en 2007 où Nico Rosberg et... Fernando Alonso en firent l'expérience. Or Rosberg se retrouva à nouveau avec un timing désastreux, de même que Robert Kubica.

Cette règle arbitraire relançait certes la course mais de façon plus artificielle encore que pour une neutralisation classique. Pour couronner le tout, ceci poussait beaucoup d'équipes à ravitailler ses deux monoplaces en même temps, provoquant une certaine confusion et augmentant le risque d'incidents.
Ferrari peut en témoigner mieux que quiconque lorsqu'une mauvaise manipulation du système de feux indiquant ou non un redémarrage possible (remplaçant la fameuse 'sucette') fit démarrer Felipe Massa avec tout le tuyau de ravitaillement accroché à sa Ferrari ! Non sans manquer d'accrocher Adrian Sutil en passant, ce qui occasionna un drive through. Un souci similaire avec leur dispositif avait conduit un mécano à l'hôpital après que Kimi Raikkonen ait roulé sur sa jambe à Valence, lui aussi trompé par le mauvais feu...

Court-circuit

@ Pinterest / DR

Le classement n'avait du coup plus du tout la même physionomie avec Massa dernier – les mécanos purent retirer le tuyau – Raikkonen et Kovalainen en fond de peloton, Hamilton huitième et Rosberg en tête. Nico bénéficiait de son ravitaillement plus précoce mais non réglementaire. Il devançait Trulli et Giancarlo Fisichella sur une stratégie décalée, Kubica qui se trouvait dans la même situation que lui, et surtout Alonso, donc leader virtuel une fois tout ce beau monde revenu à sa place.
Sauf que si le Polonais repartit en fond de classement car bloqué par le duo italien, le pilote Williams avait l'espace libre pour creuser l'écart si bien qu'il repartit de sa pénalité juste derrière Alonso ! De façon particulièrement ironique, s'arrêter avant l'ouverture et écoper d'une pénalité s'était avéré plus avantageux que de respecter le règlement.

Pour continuer dans les étrangetés, Mark Webber, qui suivait Alonso après le restart, dut renoncer à cause... du métro de Singapour. Les F1 passaient sous l'un ou l'autre pont, avec la circulation et transports en commun toujours actifs en ces lieux. Or en passant sous l'un d'entre eux, la Red Bull connut une interférence qui dérégla sa boîte de vitesses et le fit passer deux rapports en même temps !
De gros points s'envolaient. Son équipier David Coulthard quant à lui manqua de peu d'imiter Massa lorsqu'il faillit repartir avec le pistolet de ravitaillement pour son deuxième arrêt. Heureusement il freina à temps mais perdit à son tour quelques unités alors qu'il tenait tête à Lewis Hamilton juste avant.

Jeter un froid

@ Pinterest / DR

La seconde vague de ravitaillement égaya une course qui commença à s'assoupir quelque peu, même si Raikkonen taillait sa route dans le peloton. Notamment aux dépends de Trulli qui continuait de jouer son rôle de bouchon à merveille. Une perte de pression hydraulique mit fin à sa prestation courageuse, les caméras ne manquant pas de le voir totalement éreinté par son effort et l'humidité une fois revenu aux stands.
Il redonna malgré lui du piment à l'épreuve lorsque Massa partit en tête à queue pour l'éviter dans le virage précédant un tunnel sous une tribune, autre aspect pittoresque du circuit. Son angle à 90° et les murs environnant réduisaient la visibilité, si bien que Sutil pila dans le mur, n'ayant vu que trop tard le brésilien en position dangereuse. Le Safety Car revint en piste pour un climax passionnant, tous les pilotes allaient se retrouver dans le même tour.

Le podium allait cependant vite se stabiliser, la principale lutte impliquant Timo Glock et Kimi Raikkonen pour la quatrième place. Trop optimiste, le finlandais eut l'honneur d'inaugurer la fameuse chicane serrée du virage 10 en course – Fisichella s'en était occupé en essais – et dérapa sur les hauts vibreurs pour échouer dans le décor. Virtuellement exclu de la course pour le titre, Kimi ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même et l'expression de son visage après la course en disait long, surtout pour un bonhomme aussi économe en sentiments.

Toujours debout

@ Pinterest / DR

En attendant, Fernando Alonso remporta la course devant Nico Rosberg et Lewis Hamilton. L'allemand signait son meilleur résultat en carrière et partageait à nouveau les honneurs du champagne avec son meilleur ami d'alors, qui faisait la meilleure opération au championnat. L'espagnol, lui, célébra ce succès comme si de rien était, son degré d'implication et/ou de connaissance de la stratégie Piquet restant sujet à interprétation encore aujourd'hui.
Au moins remporta t-il sans contestation l'épreuve suivante à Fuji. Derrière on retrouvait un trio allemand composé de Timo Glock, Sébastian Vettel, et Nick Heidfeld, alors que David Coulthard marquait les derniers points de sa carrière devant Kazuki Nakajima.

En revanche, Heikki Kovalainen (dixième), Robert Kubica (onzième) et Felipe Massa (treizième) ne purent effacer leur handicap. Le dernier eut après coup une raison supplémentaire de regretter son titre perdu au vu des circonstances complètes de la course. Au moins, Singapour conserva sa place au calendrier et fait aujourd'hui partie du paysage en Formule 1, son succès ayant poussé Bahreïn à s'éclairer à son tour... pour la 900e course. Le hasard fait bien les choses.

Nous utilisons les cookies afin d’améliorer l’expérience de nos lecteurs. Les cookies sont des données qui sont téléchargés et stockés sur votre appareil. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation des cookies. En savoir + OK

Google Analytics

_gid _ga _gat Ce site utilise des cookies de Google Analytics. Ces cookies nous aident à identifier le contenu qui vous intéresse le plus ainsi qu'à repérer certains dysfonctionnements. Vos données de navigations sur ce site sont envoyées à Google Inc.

Google Adsence

IDE AdSense utilise des cookies afin d'améliorer l'efficacité de la publicité. Il en existe de plusieurs types, avec des applications variées. Ils peuvent permettre, par exemple, d'optimiser la pertinence des annonces, d'améliorer les rapports sur les performances des campagnes et d'éviter la rediffusion d'annonces déjà vues par l'utilisateur.Les cookies eux-mêmes ne contiennent aucune information personnelle.

Alexa Analytics

__auc __asc Ce cookie est utilisé pour collecter des informations sur le comportement du consommateur, qui sont envoyées à Alexa Analytics à titre statistique uniquement.

CloudFlare

_cfduid Notre site Web et notre service utilisent des cookies et d'autres technologies similaires afin de vous fournir un meilleur service et d'améliorer globalement notre site Web. Par exemple, nous pouvons utiliser des cookies pour vous diriger directement vers la partie appropriée de notre site Web, en indiquant que vous êtes un visiteur assidu.