900e Grand Prix, Bahreïn 2014 : Comme au bon vieux temps...

Par |2019-04-16T11:04:37+02:00mardi 16 avril 2019|Formule 1|

En dépit de son cadre nocturne – imposé à partir de cette saison – le Grand Prix de Bahreïn ne suscitait pas beaucoup d'enthousiasme après un début de saison timoré. Heureusement pour tout le monde, il proposa une des plus belles courses de l'ère hybride, mettant en scène une rivalité qui n'avait pas encore tourné à l'aigre...

Les fans de Formule 1 ne sont pas les plus patients qui soient. Ils n'ont donc pas été lents à manifester leur mécontentement aux débuts de l'ère hybride. Outre une nouvelle réglementation aérodynamique forçant les ingénieurs à adopter un museau proéminent aussi inesthétique que symbolique, on déplorait énormément la réduction de décibels. Le bruit étant un élément important du charme de ces monoplaces, il était compréhensible de s'offusquer du souffle trop discret des moteurs V6 turbo hybrides. Et pour couronner le tout, les deux premières courses ne furent pas un modèle de spectacle et consacrèrent une autre entité dominante, Mercedes succédant à Red Bull.

L'optimisme n'était donc pas de mise lorsque Sakhir devint le théâtre du 900è Grand Prix de l'histoire. L'aspect nocturne allait apporter de plus belles images mais cela n'aurait que peu d'importance si le suspens partait se coucher en avance. Et lorsque les qualifications s'achevèrent avec une première ligne 100% argentée – avantage à Nico Rosberg – et une seconde d'avance sur le reste du plateau, les attentes furent à nouveau revues à la baisse. On s'étonna un peu cela dit des belles performances de Valtteri Bottas et Sergio Perez, tous deux en deuxième ligne sur une Williams et une Force India plus habituées au milieu de grille. Le vrai troisième était Daniel Ricciardo mais l'Australien recula de 10 places après que Red Bull l'ait relâché trop vite en Malaisie, manquant de perdre une roue. La sévérité des commissaires était manifeste à l'époque, autre point contribuant au mauvais sentiment général.

Et puis vint la course.

Une course de "grand malade"

@ Wikipedia

Le départ eut son lot de mouvements et de contacts. Lewis Hamilton prit la tête face à son équipier, Felipe Massa sur Williams gagna quatre places grâce à un envol magistral là où Kimi Raikkonen en perdit le même nombre, un peu tassé par son équipier Fernando Alonso. Ce n'était que le début des ennuis chez Ferrari. Plus loin, Jean-Eric Vergne se posa à la hauteur de la Lotus de Pastor Maldonado qui lui donna un grand coup de volant en guise de réponse. Le Français en fut quitte pour une crevaison et des dégâts annexes irréversibles le contraignant à renoncer plus tard. Là aussi, ce n'était qu'un avant goût des aventures du Vénézuélien, qualifié de « grand malade » à l'antenne par Vergne...

Les premiers tours restèrent relativement calmes mais les tifosi eurent la mauvaise surprise de voir Alonso céder face à la Force India de Nico Hulkenberg, l'Espagnol évoquant un manque de puissance à la radio. Ceci se produisit sous les yeux du président Luca di Montezemolo, qui quitta aussi sec le champ de vision de la caméra. Il n'était pas au bout de ses peines. Derrière, Ricciardo nous donnait un avant goût de ses attaques de dernière minute avec une tentative avortée sur Kevin Magnussen (McLaren), lui pas encore habitué aux défenses de dernière minute.

Dépassés par les événements

@ DR

La frénésie gagna Sakhir à partir du moment où les Williams arrivèrent au bout de leurs gommes. Une préparation trop axée sur la qualification en était la cause si on en croyait le duo aux commentaires de Canal +. Quoiqu'il en soit, Massa et Bottas devinrent des proies faciles pour leurs adversaires directs et devaient repasser par les stands, contraints à une stratégie à trois stops. Alonso les accompagna dans cette voie tandis qu'une autre voiture rouge causa du grabuge. Jules Bianchi se précipita au premier virage et, parti en glissade, percuta Adrian Sutil. La Sauber dut s'arrêter dans l'échappatoire et la Marussia réparer une crevaison.

Vettel ne devait pas suivre cette stratégie en théorie : seul pilote des douze premiers à partir avec la gamme médium de Pirelli, il comptait donc prolonger son relais. Au final, il s'arrêta en même temps que ses adversaires, rendant sa tactique dispensable. Pire encore, son DRS lui fit un somme, ce qui poussa l'équipe à lui demander de laisser la voie libre à son équipier Ricciardo. Une séquence d'une ironie palpable au vu de la situation actuelle ! Au moins Ferrari version 2019 vise au pire le podium, tandis que Ferrari version 2014 se fit doubler une deuxième fois par une Force India et éprouva des difficultés à dépasser une Toro Rosso. Ce n'était pas ce jour-ci que Kimi Raïkkönen allait compléter sa série record de podiums à Bahreïn...

Vif argent

@ DR

Devant, les Mercedes dominaient mais cette fois, pas de cavalier seul de Rosberg comme à Melbourne ou de doublé sans saveur comme à Sepang. Nico comptait bien récupérer son bien et le fit savoir une première fois au dix-huitième tour. Hamilton anticipa l'action et le croisa à la sortie du premier virage. Rosberg en prit bonne note et soigna davantage son action au tour suivant pour éviter une récidive. Raté : Lewis conserva son élan dans la ligne droite suivante et retrouva le commandement après le quatrième virage. Les Mercedes manquèrent de se toucher à de nombreuses reprises, Hamilton bloquant tous les espaces à chaque fin de manœuvre.

Le public commença à s'enthousiasmer devant un tel spectacle mais connut une légère douche froide après les premiers arrêts des deux rivaux. Si Hamilton resta en tendres, Rosberg changea sa stratégie deux tours après pour passer en medium. On suspecta très vite une volonté d'éloigner l'Allemand pour éviter une éventuelle double élimination tant les deux ne se faisaient aucun cadeau. Canal + rappela pour éteindre l'incendie naissant que Mercedes appliquait une transparence d'informations côté stratégies comme réglages, l'un étant mis au courant des actions de l'autre et vice-versa.

"Felipe is faster than you..."

@ Wikipedia

Derrière, Williams avait déjà fait usage de consignes en Malaisie, rappelant à Massa que Bottas était plus rapide que lui, donc plus apte à rattraper la McLaren Jenson Button devant eux. Pas sûr que cela rappela de bons souvenirs à Felipe qui refusa d'obtempérer ! A Sakhir, situation inverse, c'était le Brésilien qui perdait du temps derrière le Finlandais, qui subissait encore une usure prématurée des Pirelli. Massa le signala à la radio et pour cause, les Force India avaient recollé. Le bouchon Bottas permit à Perez de dépasser son équipier alors qu'il avait perdu l'avantage après la première vague d'arrêts.

D'ailleurs, avant cette lutte interne, Hulkenberg comme Perez avaient effectué deux nouveaux dépassements d'une Force India sur une Ferrari quelques tours plus tôt ! Alonso tenta de limiter la casse avec trois arrêts comme les Williams là où Raïkkönen, calqué sur deux stops, resta trop longtemps en piste pour son bien. Il sut cependant garder Ricciardo en respect pendant un certain moment mais aurait pu tout perdre lorsque Bottas – passé derrière après son deuxième arrêt – manqua de le percuter en finissant de dépasser la Red Bull.

De manière générale, la différence de performance entre pilotes en pneus neufs et pneus usés était flagrante et contribua grandement aux nombreux mouvements de cette course, certains gérant mieux leurs gommes que d'autres. Dans le premier camp figuraient Red Bull et Force India. Dans le second, Williams et Ferrari. Mais au moins, Massa et Bottas avaient un rythme enviable et remontaient en force après leurs arrêts. Pas la Scuderia.

La pastorisation de Gutiérrez

Bahreïn - Gutiérrez

Bahreïn - Gutiérrez

Arriva le 40è tour et le moment le plus célèbre de cette course. Alors que les Mercedes, séparées de quelques secondes, se distinguèrent avec le même chrono au millième près, Pastor Maldonado sortit des stands après un deuxième stop. Croisant la route de la Sauber d'Esteban Gutierrez à sa gauche, le Vénézuélien considéra qu'il avait la priorité et choisit de prendre son virage sans aucune considération pour le Mexicain. Cette absence totale de jugement et de réflexion (« on se demande si Maldonado a même une cervelle ! » dira le toujours pondéré Jacques Villeneuve) les amena au contact et à un roulé-boulé de la Sauber, qui ne comprit aucunement ce qui lui était arrivé. Le Safety Car intervint pour dégager la monoplace, relançant une course déjà animée.

Au moins, on put faire un point clair sur le classement tant celui-ci refusa obstinément de rester immobile ne serait-ce qu'un tour ! Les Mercedes se retrouvèrent et cette fois avec une gamme pneumatique inversée, offrant un éventuel avantage à Rosberg. Leurs supérieurs pouvaient à nouveau s'inquiéter, si bien que le directeur technique Paddy Lowe se sentit obligé de rappeler à ses deux pilotes qu'ils voulaient les voitures intactes à l'arrivée, utilisant le même message mot pour mot. Les Force India suivaient, profitant de leur moteur Mercedes supérieur et de gommes bien conservées, de même que Jenson Button, pourtant le plus discret du peloton de furieux, là où Magnussen avait renoncé durant la neutralisation. Puis se trouvaient les Red Bull, ces dernières en pneus tendres contrairement à leurs adversaires, donc appelées à remonter. Les Williams n'étaient plus que huitième et neuvième, devant les Ferrari.

La comparaison avec la hiérarchie 2019 est aussi intéressante que déprimante selon les préférences de chacun !

Etoiles filantes

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Le restart apporta le piment que l'on attendait. Les Mercedes comme les Force India se croisèrent d'entrée de jeu mais sans permutation. En revanche Button perdit très vite pied et finira par renoncer en panne d'embrayage. Ce fut le premier double abandon de McLaren depuis... Indianapolis 2006 ! De son côté, Ricciardo tira un meilleur parti de ses pneus tendres et déborda Vettel, sans consigne cette fois, puis Hulkenberg. Le podium était à sa portée alors qu'il partait treizième.

Rosberg ne s'avoua pas vaincu devant. Au 52è tour, il tenta deux attaques, au premier virage à l'intérieur et à l'extérieur du quatrième virage. Sans succès. Sa dernière tentative intervint au tour suivant, un décalque complet de son premier essai une trentaine de boucles plus tôt. Imperturbable, Hamilton conserva son calme et la tête. En dépit des nombreuses attaques de son équipier, il mena au final toute la course à l'exception de trois tours après son premier changement de pneus. Et malgré le Safety Car, Mercedes colla vingt-quatre secondes à leurs poursuivants en seulement dix tours ! Une correction.

Good friends, better enemies

@ DR

Hamilton remporta ainsi le Grand Prix de Bahreïn pour la première fois de sa carrière et Mercedes put souffler avec un nouveau doublé. Mieux encore, le troisième homme sur le podium était aussi propulsé par un moteur à l'étoile. Sergio Perez signait son quatrième Top 3, le deuxième de Force India après la fameuse occasion manquée de Spa 2009. Quatre dixièmes le séparait de Daniel Ricciardo tandis que leurs équipiers respectifs avaient contenu les Williams et Ferrari, non sans que Vettel ait peu élégamment tassé Massa dans le sable. Pastor Maldonado quant à lui fut triplement sanctionné : dix secondes de pénalité en course, cinq places en plus pour le Grand Prix suivant en Chine et trois points retirés sur le contesté permis. Cela ne suffit pas à le calmer...

En attendant les pilotes Mercedes célébrèrent joyeusement leur doublé et leur lutte, sans aucune animosité apparente. Là encore, faire la distinction entre leur relation à cet instant, ce qui survint durant la saison et leurs contacts directs de 2016 est savoureux avec le recul. Pour le coup, les fans pouvaient être fiers de leur sport favori et aucun résumé ne saurait rendre justice à la qualité de cette course.

Le diagnostic fut quelque peu différent après la 1000e, n'est-ce pas ?

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