Lorsque Gerhard Berger annonça sa retraite à la fin de la saison 1997, l'Autriche était convaincue que l'avenir était assuré avec Alexander Wurz. On ne pouvait pas leur en vouloir de le penser... Il faut dire que ce dernier n'a pas tardé à se faire une réputation dans le milieu.

Champion de BMX avant de passer au karting, plus jeune vainqueur des 24 Heures du Mans en 1996 (record toujours d'actualité), dessinant ses propres casques, l'Autrichien remplaça Berger au Grand Prix du Canada 1997 après que le vétéran se soit fait opérer des sinus. D'emblée, on pouvait remarquer deux choses chez Wurz : sa taille (1m88), qui n'était pas nécessairement un avantage avec ces cockpits étroits, et sa paire de chaussures bicolores, l'une rouge et l'autre bleue, ce qui ne faisait pas tâche dans une équipe au slogan "United colors.." ! Au delà de ces aspects esthétiques, Wurz était surtout très talentueux et le fit comprendre très vite en faisant jeu égal avec Jean Alesi. Mieux encore, il finit troisième de sa troisième course à Silverstone et encore, il aurait pu l'emporter avec un meilleur départ à l'entendre !
Benetton en a assez vu : le géant sera leur pilote permanent en 1998, pour une saison mitigée. D'un côté, le podium lui échappa toute l'année et l'équipe continua de descendre dans la hiérarchie, notamment en deuxième moitié de saison où les points furent rares. De l'autre côté, il aligna cinq quatrième places et chaque fois avec la manière : au prix d'un superbe dépassement sur Frentzen à Interlagos ; en luttant pour le podium face à Irvine en Argentine (avec le meilleur tour en course) et Schumacher en Espagne ; en revenant du bas de classement au Canada après être parti en tonneaux au premier départ et enfin sous la pluie à Silverstone. Non sans oublier son duel dantesque à Monaco face à Schumacher, lequel déboucha plus tard sur un gros crash à la sortie du tunnel, sans bobo heureusement.

Sauf que les éléments se liguèrent contre lui. En 1999, Benetton construisit une B199 obèse où même Fisichella frôlait les 600 kg réglementaires de l'époque, empêchant l'équipe de mieux répartir le poids global grâce au lest. Une question qui ne se posait même pas pour Wurz qui ne pouvait donc lutter à armes égales. Il ne marqua que trois points dont deux à domicile, bien qu'il affirma ne jamais avoir aimé l'A1 Ring. Ironie du sort, il reste à ce jour le détenteur du meilleur résultat d'une équipe basée à Enstone sur le circuit rénové... Il passa proche des points en Hongrie ou en Allemagne mais les performances d'il y a douze mois étaient déjà loin...
Ce fut pire en 2000 lorsque Flavio Briatore revint à la barre. L'Italien ne porta jamais l'Autrichien dans son cœur, allant jusqu'à publiquement proposer de mettre un oreiller dans son cockpit... Belle ironie quand on sait que Berger fut souvent caricaturé avec l'objet en question ! Wurz ne bénéficia qu'une seule fois de la voiture de qualifications, à savoir lors de la manche de clôture en Malaisie, ce uniquement parce que Fisichella ne voyait pas la différence entre celle-ci et le modèle de course ! En partant de trop loin et avec une Benetton au développement figé dès la deuxième moitié de saison – si bien que Fisichella lui-même ne marqua plus de points après Montréal – il n'y avait aucun espoir mais en attendant, la réputation de Wurz n'était plus du tout la même.
Il choisit alors d'imiter Olivier Panis qui inspira quelques uns de ses rivaux en 2000 : devenir troisième pilote d'une bonne équipe et briller en essais (lesquels étaient bien moins limités à l'époque) pour retrouver un autre volant l'année suivante. Comme le Français, Wurz lima le bitume pour McLaren – sans ses chaussures bicolores – et fit amende honorable, si bien que quelques équipes s'intéressèrent à nouveau à lui. Wurz choisit de croire à la promotion interne lorsque le retrait de Mika Hakkinen devint une évidence. Il en fut pour ses frais puisque non seulement Kimi Räikkönen fut recruté mais en plus d'autres pilotes avaient signé pour les équipes qui le courtisaient voici quelques mois... Bon gré mal gré, Wurz resta chez McLaren mais il semblait que sa chance était définitivement passée...
C'est alors que le hasard fit bien les choses : en finissant cinquième en 2004, McLaren obtint le droit de faire tourner un troisième pilote le vendredi comme le règlement le permettait à l'époque pour les six moins bonnes équipes du championnat. Mieux encore, Juan-Pablo Montoya se blessa à l'épaule en tennis et il fallait le remplacer pour deux courses. Pedro De la Rosa fit le travail à Bahreïn le temps que l'on moule un baquet adapté à la morphologie d'Alex. A Imola, c'est lui qui pilota la McLaren MP4/20 et retrouva d'ailleurs le podium avec la troisième place. Si sa course fut moins spectaculaire que celle de son équipier avec une place acquise sous tapis vert (la BAR de Jenson Button a été déclassée pour un double réservoir interdit), il était clair que Wurz n'avait rien perdu. Pourtant, quand Williams lui offrit un volant pour 2006, c'était toujours en tant que troisième pilote mais là-encore, il pouvait se faire remarquer durant le week-end de course.

Quelques mois plus tard, à la surprise générale, Williams annonça sa promotion en course pour 2007 ! Personne ne vit le coup venir mais le paddock était curieux de voir l'Autrichien se distinguer face à l'étoile montante Nico Rosberg. Hélas pour lui, non seulement l'Allemand était un gros calibre mais en plus, il s'adapta mal aux Bridgestone, d'où des qualifications décevantes avec aucune Q3 au compteur. Heureusement pour lui, il fit parler l'expérience en course avec très peu d'erreurs et des résultats opportunistes : septième à Monaco, quatrième au Nurburgring entre les gouttes et surtout troisième au Canada, dix ans après ses débuts après être parti dix-neuvième et avec un aileron arrière endommagé ! Conscient que ce n'était pas suffisant et se doutant que l'équipe allait engager Kazuki Nakajima pour satisfaire Toyota, Wurz prit sa retraite de pilote de F1 au soir du Grand Prix de Chine. S'il fut nommé piloté de réserve pour Honda puis Brawn, c'était à titre honorifique vu la suppression progressive des essais privés.
Wurz se refit une santé en Endurance, comme beaucoup d'exclus de la Formule 1. Il se permit de doubler la mise en 2009 en remportant les 24 Heures du Mans avec Peugeot en compagnie de Marc Gene – lequel s'était également recasé en tant que troisième pilote – et David Brabham. Il ne connut pas cette chance avec Toyota mais son apport pour le constructeur japonais a sans nul doute été profitable. Malgré ces occasions manquées, Alex peut tourner la page sans regrets. Une belle carrière pour un bonhomme infiniment sympathique.