Passer son Grand Prix derrière une voiture bien plus lente n'est jamais plaisant pour qui que ce soit. Quand on prend l'habitude de jouer la victoire, on s'attend presque à ce que les monoplaces de fond de grille n'opposent aucune résistance et laissent la porte ouverte. Dans le cas contraire, on ronge son frein et on maudit les circonstances. Comme David Coulthard en 2001 à Monaco.

Le début des années 2000 n'évoque pas beaucoup de souvenirs heureux pour les passionnés, à moins d'être fan de Michael Schumacher et Ferrari. Le duo diabolique avait entamé sa période de domination là où McLaren perdait de sa superbe. De plus, Mika Hakkinen commençait à perdre en motivation et ne pouvait plus se défendre face à son rival allemand. Restait David Coulthard qui s'était mêlé à la lutte pour le titre en 2000 et qui comptait bien jouer sa carte en profitant de la faiblesse de son équipier finlandais.

Le dernier roi d'Ecosse

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Dans un premier temps, l'Ecossais s'en sortait bien avec deux victoires acquises à la régulière. L'une sous la pluie au Brésil en dépassant brillamment Schumacher dans les S de Senna, l'autre dans les stands en Autriche face au lieutenant Rubens Barrichello. Sauf que cette victoire allait être la dernière de sa saison et Monaco le tournant du championnat. Ironique pour quelqu'un qui possédait depuis peu son propre hôtel en Principauté...

Coulthard pensait avoir fait le gros du boulot avec une pole position de qualité le samedi. Il ne manquait plus qu'un bon départ et il suffisait de contrôler. Hélas, l'électronique s'était invitée à partir de Barcelone et McLaren insistait pour développer ses propres systèmes de départ automatisé. Le même qui avait déjà piégé DC à Barcelone et Hakkinen sur l'A1 Ring. Ainsi, il n'était donc pas si surprenant de voir la McLaren collée sur place pour le tour de formation. Cruel, mais prévisible...

Ce qui l'était moins, c'est la difficulté qu'allait connaître Coulthard pour remonter. Certes, Monaco n'est pas le circuit idéal pour un come-back mais avec une fiabilité encore relative à cette époque, il y avait de quoi sauver quelques points. De plus, il disposait d'une McLaren, la deuxième meilleure voiture du plateau à ce moment. Avec des sans-grades désireux de rejoindre l'arrivée sans chichis, sa remontée devait être facilitée. Le premier paramètre se vérifia avec la moitié des concurrents éliminés d'une façon ou d'une autre.

Coulthard voit orange...

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Le second par contre fut une autre paire de manche puisqu'il se retrouva bloqué derrière l'Arrows du rookie Enrique Bernoldi. Le dépasser ne devait être qu'une formalité pensait-il. Quelle erreur ! Désireux de se faire remarquer et de jouer sa carte, le Brésilien ferma toutes les portes possibles à son rival d'un jour. DC perdait des secondes par poignées et vit rapidement Schumacher lui prendre un tour. Coulthard laissa le champ libre à l'Allemand afin de lui emboîter le pas au moment où Bernoldi ralentira la cadence pour la Ferrari. Try again : Bernoldi reprit sa trajectoire une fois Schumacher passé. Il n'agit pas différemment pour Barrichello ou Ralf Schumacher.

Résultat, il fallut attendre le 43è tour et l'arrêt-ravitaillement de Bernoldi pour que le calvaire s'achève. A partir de là, Coulthard put imposer son rythme, au point de signer le meilleur tour en course. Cependant, il avait perdu trop de temps pour espérer mieux qu'une cinquième place. Schumacher avait lui remporté la course et creusé l'écart au championnat. Un championnat qui devint le sien quatre courses avant la fin, en Hongrie.

L'esprit de la course faussé ?

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La situation interloqua à peu près tous les observateurs mais pas pour les mêmes raisons. Les commentateurs français ne masquèrent pas leur désapprobation à l'antenne face à l'obstruction de Bernoldi. Ils considéraient que l'Arrows n'avait aucun intérêt à retarder la McLaren et que ce blocage n'était ni sportif ni justifié. Jacky Ickx, ancien directeur de course ici-même, estima que « l'esprit de la course a été faussé ». Chez McLaren, on était évidemment furieux et Ron Dennis ne se priva pas d'interpeller Bernoldi une fois ce dernier sorti de sa voiture. « Dans un an, plus personne n'entendra parler de Bernoldi. Il le sait donc il en a juste profité pour montrer sa voiture à l'écran et faire plaisir aux sponsors », dira Ron plus tard.

Si cette lutte mit Bernoldi et Arrows au milieu des projecteurs, ils estimaient n'avoir rien fait de répréhensible. Après tout, Bernoldi jouait sa course et au vu du déroulement du Grand Prix, il pouvait espérer un point. D'autres ne manquèrent pas de souligner qu'un pilote qui joue le titre ne devrait justement pas être mis en difficulté par un pilote lambda comme Bernoldi. D'ailleurs, Coulthard reconnut à demi-mot avoir manqué d'agressivité en redoutant une manœuvre hasardeuse du Brésilien. L'Ecossais pensait même que l'Arrows avait un problème au vu de son rythme de sénateur. A côté, son équipier Jos Verstappen avait pris son envol.. et dépassé l'une ou l'autre voiture.

Ainsi, si les reproches se sont davantage concentrés sur Bernoldi, Coulthard n'est pas ressorti grandi de l'histoire. Schumacher ne manqua d'ailleurs pas l'occasion de défendre le pilote Arrows car, selon lui, il n'avait rien fait de répréhensible. Coulthard prétendait de son côté qu'il changeait de trajectoire au freinage et enfreignait ainsi la règle tacite passée entre les pilotes. Cela sonne familier, n'est-ce pas ? Si les pénalités pour mauvaise conduite existaient déjà en 2001, Bernoldi ne fut pas inquiété pour autant.

Si cela resta le seul fait d'arme de Bernoldi – il quitta la F1 en même temps qu'Arrows l'année suivante – il mit en lumière les différences d'interprétations que peut créer une bataille en Formule 1.