Voici une pirouette du destin comme seule la F1 peut en offrir. Force India s'est mis au rose en 2017, une première dans la discipline depuis 1992 avec Brabham. Or l'ancienne équipe de "Black Jack" était pressenti pour racheter cette dernière. Cela ne se fera pas mais l'écurie est riche d'anecdotes en tous genre, un des centres névralgiques de la F1 d'antan.

Le fondateur

Quand on pense à Brabham, on pense aussi bien à l'équipe qu'au fondateur, le triple champion australien Jack Brabham. Rien d'anormal puisque cette combinaison a marqué l'histoire : Brabham reste le seul à avoir remporté un championnat au volant d'une voiture portant son nom. Le tout en donnant des idées à quelques collègues, tels que Bruce McLaren et Dan Gurney, jusqu'à Jackie Stewart et Alain Prost trois décennies plus tard. Notons cela dit que l'équipe a failli s'appeler MRD (Motor Racing Developpement) avant que le journaliste Gérard Crombac n'émette une opposition légitime : ces initiales ne sonnaient pas très bien en français...

Brabham eut aussi le mérite de rester performant sur la durée. Son troisième titre en 1966 fut acquis à 40 ans passés et sut mettre les rieurs de son côté. Les clichés de Black Jack avec la barbe et la canne à Zandvoort en restent un excellent exemple. Et alors qu'il repoussa sans cesse sa retraite faute de trouver un successeur (Gurney, Hulme, Rindt et Ickx désertèrent chacun leur tour l'équipe), il continua de gagner des courses, la dernière en 1970 à Kyalami, à 44 ans. Même si l'histoire garde davantage en mémoire son erreur au dernier virage à Monaco et sa panne d'essence à Brands Hatch, lui coûtant deux autres trophées. Le second incident devint d'autant plus célèbre car il était dû à un jeune mécano nommé... Ron Dennis.

Le successeur

Image : F1-history.deviantart

L'autre patron iconique de Brabham reste ce cher Bernie Ecclestone. Il a repris les rennes de l'écurie une fois Jack rentré au pays en 1971 et s'il est surtout connu pour sa lutte de pouvoir avec la FI(S)A, il a laissé son emprunte. Il a contribué à relancer Brabham et a obtenu quelques titres mondiaux Les derniers grands moments (poles, victoires, etc) de l'équipe restent ceux s'étant déroulés sous sa direction. Une fois Bernie devenu le grand argentier que l'on sait, ce fut une lente agonie, jusqu'à la fameuse Brabham décorée de rose et violet, sur laquelle Damon Hill fit ses gammes en 1992. Au moins certains anciens membres de l'équipe ont su se recaser, tels Charlie Whiting et Herbie Blash devenus directeurs de course. Merci Bernie !

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Le concepteur

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Gordon Murray reste probablement le seul qui était en mesure de concurrencer Colin Chapman sur le terrain de l'innovation. Les Brabham jusque là classiques dans les années 60 commencèrent à faire des émules. La BT44 (1974) et ses pontons pyramidaux ont détonné et remis Brabham sur les rails du succès. La BT46B "aspirateur" (1978) a fait polémique, jusqu'à être interdite après une course seulement, tant elle dominait ! La BT52 (1983) en forme de flèche reste un modèle de beauté et associée au dernier titre mondial. De manière générale, Murray savait soigner ses voitures, même affublées de l'encombrant moteur Alfa Romeo à 12 cylindres.

D'ailleurs, même ses ratés ont acquis une certaine notoriété, comme la BT55 ultraplate (1986). La mort d'Elio De Angelis a sa part là-dedans, mais son look reconnaissable entre tous également. Aussi, elle servit de laboratoire pour la future McLaren MP4/4, indiquant ainsi que le concept avait son potentiel.

Les pilotes

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Outre le fondateur, il ne faut pas oublier le sous-estimé Dan Gurney, lequel fut l'artisan des premiers triomphes (France et Mexique 1964). Il aurait pu lui-même obtenir ces titres mondiaux s'il n'avait pas fondé sa propre équipe selon tous les observateurs avisés. Le discret Denny Hulme apporta sa pierre à l'édifice avec les deux titres constructeurs de 1966 et 1967 et son propre sacre après celui de son patron-équipier. Jochen Rindt et Jacky Ickx se firent remarquer après coup, de même que les deux Carlos, Reutemann et Pace sous l'ère Bernie, les deux ayant ouvert leur compteur de victoires sur une Brabham. N'oublions pas les champions du Monde que furent Niki Lauda et Nelson Piquet. Le Brésilien fit aussi ses gammes dans l'équipe et c'est à lui que Brabham doit ses derniers titres (1981 et 1983) et ses dernières victoires (France 1985).

Ajoutons à cela Riccardo Patrese qui se refit une réputation en 1982-1983, Stefano Modena qui signa le dernier podium (Monaco 1989) et Martin Brundle qui conquit les derniers points (Japon 1991). Notons enfin les pilotes plus obscurs bien que talentueux que furent Rolf Stommelen, Hector Rebaque ou Teo Fabi, tombés dans l'oubli mais ayant fait quelques performances de choix. L'Allemand et l'Italien eurent droit à leur podium (Autriche 1970 et Etats-Unis 1984). Pas le Mexicain mais qui ne fut pas ridicule face à Piquet en 1981. Signalons aussi que le dernier engagement d'une femme pilote en F1 vient de Brabham, avec l'Italienne Giovanna Amati en 1992. Faute d'avoir attiré les sponsors, elle céda sa place à Damon Hill.

Les controverses 

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Avec un cerveau tel que Gordon Murray, les libertés avec le règlement n'étaient pas rares. La Brabham « aspirateur » devait son salut au fait que son dispositif servait en priorité au refroidissement mais nul n'était dupe sur sa réelle utilité. Le fait que Bernie Ecclestone ait abandonné le modèle était juste un geste politique : il n'avait pas encore l'appui nécessaire de ses pairs pour s'opposer au pouvoir en place. Rebelote en 1981 avec la BT49C, qui contournait l'interdiction supposée de l'effet de sol, avec les jupes coulissantes prohibées. Il fallait respecter une garde au sol de 6 cm, d'où un système hydropneumatique qui plaquait la voiture au sol en piste mais se remettait à la hauteur réglementaire...uniquement mesurable à l'arrêt. La guerre FISA-FOCA ayant amené Bernie au pouvoir, personne ne chercha à interdire le modèle... Premier titre contestable de Piquet donc.

Comme si cela ne suffisait pas, deux ans après, la BT52 retrouva un certain allant en fin de saison. On pouvait remercier un carburant qui dépassait l'indice d'octane réglementaire... Là encore, la position de Bernie empêcha une réelle opposition, que Renault refusa de toute façon, ne voulant pas d'un titre sur tapis vert et en passe de se désintéresser progressivement de la Formule 1. Et deuxième titre contestable de Piquet !

La fin

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Brabham connut une année sabbatique en 1988 avant de revenir pour un dernier run de quatre ans. Sans Bernie, les propriétaires étaient plus obscurs et pas toujours bien intentionnés. Le premier, le Suisse Joachim Luthi, sera notamment incarcéré en cours d'année 1989 pour escroquerie. Le groupe japonais Middlebridge imita Footwork (Arrows) et Leyton House (March) et racheta l'équipe mais le soutien fut tout aussi bref. 1992 fut la dernière saison et Brabham ne parvint même pas à l'achever. L'écurie connut toutes sortes de mésaventures, entre les mécanos à la rue faute d'avoir pu payer l'hôtel, le motoriste Judd refusant de faire démarrer les blocs suite à des factures impayées, ou encore la voiture de réserve restée à la douane en tant que garantie pour régler des dettes !

Le plus étrange dans cet éventuel retour ? Brabham descendrait ainsi de Jordan, puisque l'équipe n'a pas déménagé depuis ses rachats successifs. Après tout, si Tyrrell a pu devenir Honda puis Mercedes, tout est possible !