Pendant la saison 2018, Max Verstappen et Romain Grosjean sont devenus les nouveaux bouc-émissaires des mauvaises langues. Le caractère répétitif et parfois ridicule de leurs erreurs les ont marginalisés au sein du grand public, si ce n'est parmi les pilotes eux-mêmes dans le cas du français.

Selon la suite des événements, cette réputation pourrait au choix s'envoler ou marquer la carrière du pilote. Une chose est sûre, ils ne sont pas les premiers à avoir dû composer avec les remarques désobligeantes dues à leurs maladresses.

Riccardo Patrese

© F1-history.deviantart

Le pilote italien est un curieux cas dans le sens qu'il s'attira les foudres de ses pairs dès sa première saison complète, au point qu'on l'imaginait vite quitter le milieu. Au final, il a surtout marqué les esprits pour avoir détenu pendant quinze ans le record de participations en Grands Prix !

Pourtant, c'était loin d'être gagné. Si Ronnie Peterson pilotait sa monoplace comme un karting, Patrese appliqua cette logique avec les mauvais aspects de cette école. A savoir une défense pas nécessairement sportive faite de changements brusques de trajectoire. Celle-ci était tolérée à basse vitesse mais au plus haut niveau, un mauvais écart pouvait conduire à un gros accident. Après avoir éliminé d'entrée de jeu Didier Pironi aux Pays-Bas, Patrese se retrouva au milieu du carnage de Monza. Peterson (lui même bloqué par le pilote Arrows en Suède) n'y survécut pas.

Face à l'inaction du pouvoir sportif faute d'un vrai leader à sa tête – Jean-Marie Balestre n'allait pas tarder à s'afficher – et convaincus de la responsabilité du débutant, les pilotes choisirent de prendre les devants et d'exclure Patrese du prochain Grand Prix. Pourtant, Riccardo n'était finalement qu'une victime parmi d'autres d'un départ anarchique mais il traîna cette casserole des années durant. Quand bien même il fit plus tard jeu égal avec Nelson Piquet chez Brabham en vitesse pure et apporta sa pierre à l'édifice Williams-Renault dans les années 80, James Hunt le clouait au pilori à la moindre occasion aux commentaires.

Heureusement, la majorité avait pris le temps de reconnaître la maturité de Patrese. Lors de sa retraite fin 1993, ils saluèrent le départ d'un gentleman.

Jody Scheckter

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Le champion du Monde 1979 est un autre exemple illustrant qu'un chien fou peut s'assagir et devenir un pilote respectable et fiable. Son rythme au volant d'une troisième McLaren en 1973 était impressionnant mais l'issue fut rarement flatteuse pour « l'Ourson ». Si Patrese peut être absous pour Monza 1978, Scheckter restera à l'origine d'un des plus gros carambolages de l'histoire de la F1 à Silverstone. Dans le lot, le pilote Andrea De Adamich avait une jambe cassée et il fallut cacher Jody pour éviter que John Surtees - patron du pilote italien - ne lui inflige une correction, Big John ayant perdu ses trois monoplaces ce jour-là. Même le poli François Cevert s'emporta à Mosport après un accrochage, cataloguant Scheckter de « danger public » et sommant qu'on l'éloigne des circuits.

Ironiquement, Jody fut l'un des premiers à croiser la route du Français accidenté à Watkins Glen. Il devait d'ailleurs le seconder chez Tyrrell en 1974. Année où il passa à 10 points du titre grâce à trois victoires et une belle régularité. Un contraste complet avec ses débuts. S'il renoua parfois avec ses anciens travers, Scheckter devint un pilote des plus fiables et réfléchis. C'est d'ailleurs l'un des principaux facteurs qui l'amena au titre mondial en 1979. A côté, un certain Gilles Villeneuve n'avait pas encore connu cette évolution. Et ne la connaîtra jamais d'ailleurs.

Pour couronner le tout, Scheckter prit la tête de l'association des pilotes en 1980 et milita ouvertement pour l'amélioration de la sécurité sur les circuits. Le surnom de « Scheckter en travers » était oublié.

Vittorio Brambilla

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Ce nom est associé pour l'éternité avec l'un des plus beaux gags de la Formule 1. Faisant partie du club fermé des vainqueurs d'un seul Grand Prix, l'Italien fit preuve d'adresse pour figurer en tête du Grand Prix d'Autriche 1975 alors qu'une averse torrentielle noyait l'Osterreichring. La course s'interrompit pour ne jamais reprendre, et Brambilla glissa vers les rails juste après avoir franchi la ligne d'arrivée : il avait lâché le volant pour lever les poings de la victoire ! Cette course dans son ensemble résume Brambilla : un talent certain mais qui n'a jamais été canalisé.

Également auteur d'une pole position (Suède 1975), il se démarqua durant d'autres épreuves arrosées dont le final mythique de Fuji 1976. mais jamais plus il ne réédita sa performance autrichienne. Les rencontres avec les barrières par contre... Le crash susnommée de Monza 1978 manqua de stopper sa carrière (une roue sur la tête le laissa dans un bref coma) mais il fit quelques piges sur Alfa Romeo par la suite. C'est une crise cardiaque qui vint à bout de lui, mais pas avant 2001. Le « Gorille de Monza » eut au moins le temps de marquer les esprits.

Andrea de Cesaris

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Probablement le plus marginalisé du lot car « De Crasheris » méritait hélas bien son surnom. Ses accidents étaient si nombreux en 1981 que McLaren, dépité, lui refusa la voiture de réserve à Zandvoort. La légende veut que Ron Dennis ait perdu confiance envers les pilotes italiens à cause de cette douloureuse saison. A l'inverse de Patrese et Scheckter, Andrea ne parvint jamais à se refaire une réputation. Sa saison 1985 chez Ligier resta incomplète après son mythique looping en Autriche, épuisant la patience limitée du patron. Pire encore, il s'attribua le triste record du plus grand nombre de courses sans victoires (208). Non sans avoir abandonné dans 70% de ces Grands Prix (147) dont 22 fois consécutivement. Deux autres records.

Sauf que ces abandons étaient aussi provoqués par une mécanique bien plus fragile à l'époque. Et certes, cette longévité provenait en partie de sa manne financière, son père étant haut placé chez Marlboro. Mais Andrea avait du talent et aurait mérité une victoire. Avant Barrichello, il était le plus jeune poleman de l'histoire grâce à son meilleur temps de Long Beach 1982. Si sa course s'acheva comme on peut le soupçonner (dans le rail), ses plus beaux exploits restèrent inachevés suite à des problèmes techniques. Le meilleur exemple reste Spa 1991 où sa magnifique Jordan remontait sur Senna. On l'oublie souvent à cause des débuts de son nouveau coéquipier allemand...

Même après sa retraite (1994), Andrea resta fidèle à lui-même. En 2006, au cours de l'éphémère GP Masters (la compétition réservée aux retraités de longue date), un accrochage avec Stefan Johansson inspira à ce dernier le commentaire suivant « Il m'a dit qu'il avait regardé son rétroviseur, je lui ai répondu qu'il en avait deux et qu'il a dû regardé dans le mauvais ! ». Andrea nous a quitté en octobre 2014, le week-end du Grand Prix du Japon...

Et aussi...

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- Wolfgang Von Trips : surnommé le Comte « Von Crash » au début de sa carrière pour ses nombreuses sorties. Il en paiera hélas le prix à Monza en 1961.

- Clay Regazzoni : impliqué dans de nombreux accrochages et crashs, lui aussi lors de ses premières années. Un d'entre eux aboutit au décès du jeune Chris Lambert en Formule 3.

- James Hunt : surnommé James « the Shunt » dans les formules de promotion. Un accrochage provoqua notamment la mort du pilote Jean-Luc Salomon. Le film Rush cita ce surnom lors de la scène de l'accrochage avec Lauda en Formule 3 (« Atilla le Hunt » en VF).

- Jean Alesi : souvent caricaturé dans les Guignols de l'Info durant sa période Benetton (96-97) avec la réplique « A fond à fond à fond ! », rapport à son pilotage sans concession.

- Sébastian Vettel : surnommé « Crash Kid » en 2010 après quelques erreurs, notamment en Turquie avec son équipier Mark Webber.

- Pastor Maldonado : vous savez tous pourquoi, non ?