La Formule 1 a attendu 2004 pour finalement poser ses valises en Chine. Après le projet avorté de Zhuhai, c'est Shanghai qui accueillit la compétition avec son tracé en forme de « shang ». Une course ayant marqué un micro-événement...

Le Grand Prix de Chine était le seizième de la saison 2004. A ce moment, Michael Schumacher était déjà assuré du titre pilote et Ferrari du titre constructeur. Il n'y avait donc plus de suspens mais débarquer sur un nouveau circuit permet souvent de garder les téléspectateurs attentifs, ceux-ci ne sachant pas à quoi s'attendre, au même titre que les pilotes. De plus, cette course vit le retour de Ralf Schumacher, un temps blessé suite à son accident à Indianapolis trois mois plus tôt, ainsi que de... Jacques Villeneuve chez Renault ! En effet, après une série de contre-performances, Jarno Trulli – déjà assuré d'un volant chez Toyota – fut débarqué par Flavio Briatore qui le remplaça par le Québécois, futur pilote Sauber. Si ce transfert fit l'actualité, il n'améliora en rien la situation de Renault face à BAR-Honda pour la deuxième place du championnat...

Retour sur la saison 2004 de Renault : http://francef1.fr/le-roman-de-renault-2004-si-pres-et-si-loin/
C'était d'autant plus dommage qu'une seule Ferrari allait mener la course en tête. En effet, Michael Schumacher connut un des pires weekends de sa carrière en enchaînant les calamités : souci de software en essais le laissant en panne en bout de pitlane, tête-à-queue dès le premier virage en qualifications, démarrage des stands le dimanche, accrochage avec Christian Klien, nouveau 360° et crevaison. Bienvenue en Chine ! L'édition 2005 n'allait pas le consoler davantage... Rubens Barrichello tira les marrons du feu et mena l'essentiel de la course en dépit des efforts de la BAR de Jenson Button, meilleur des non-Ferrari en 2004 et Kimi Räikkönen sur une McLaren revenue au premier plan.
L'agitation se fit surtout sentir pour les places d'honneur. Les Sauber se placèrent dans le Top 8 en qualifications et étaient les principales cibles de dépassements, notamment au bout de cette longue pleine charge où Schumacher rencontra justement la Jaguar de Klien. Son frère ne fut pas plus chanceux puisque David Coulthard fut coupable d'un excès d'optimisme sur sa Williams, ce alors qu'il devançait son équipier Montoya. Enfin, Sato devait remonter du fond de grille à cause d'un changement de moteur lui causant un recul de dix places et l'agressivité du Japonais était déjà connue de tous. Il finit d'ailleurs sixième, derrière Fernando Alonso et Montoya mais devant ces mêmes Sauber pour les derniers points. Cela au détriment de Coulthard retardé par l'accrochage, de Mark Webber, d'un décevant Villeneuve et d'un Schumacher complètement perdu.

Si la course fut plus animée que la majorité des Grands Prix de cette saison archi-dominée par la Scuderia, ce fut aussi grâce à une nouveauté désormais commune pour les spectateurs d'aujourd'hui : la diffusion des communications radios. La FOM avait déjà changé l'habillage télévisuel pour 2004 et renforça davantage l'interactivité ce jour-là en mettant les téléspectateurs au courant des conversations entre pilotes et équipes. On remarqua ainsi que Takuma Sato fut très bien guidé par son ingénieur de course Jock Clear au moment de prendre le départ, histoire de ne heurter ou bloquer qui ce soit tout en récupérant un maximum de positions (« Ok, c'est dégagé à droite... On ne peut pas te voir, on ne peut pas te voir ! Jordan à gauche, rien derrière, c'est ok devant...»). Clear était l'ancien ingénieur attitré de Jacques Villeneuve qui désespéra son nouvel interlocuteur radio à ne pas pouvoir doubler une Jaguar tout en étant une seconde plus vite... Cette même Jaguar qui vivait ses dernières heures : ne souhaitant plus dépenser en pure perte, Ford retira ses billes après cinq ans de gifles répétées, en dépit des efforts de Mark Webber ou Eddie Irvine. Red Bull sauta sur l'occasion...

Mais les deux échanges radios les plus savoureux concernèrent Williams et Minardi. Dans le premier cas, la conversation concerna le retour aux stands de Ralf Schumacher suite à son contact avec Coulthard. Victime d'une crevaison, il souhaitait changer de gommes alors que son équipier Montoya devait s'arrêter au même tour. Son ingénieur lui signifia de ne pas s'arrêter car les pneus sortis n'étaient pas les siens. Ralf répondit laconiquement « J'ai une crevaison, je m'arrête pour de bon, comme vous voulez... ». Au final, l'Allemand finit par rentrer définitivement au garage alors qu'il suffisait de changer sa roue pour repartir... Au moins fut-il plus distingué que Gianmaria Bruni. Le rookie transalpin de Minardi perdit sa roue avant-gauche et prévint son équipe en conséquence, non sans visiter les bas-côtés. On s'avisa donc de lui donner le conseil suivant « Si tu restes sur la piste, sois en dehors de la trajectoire ». Réponse de Bruni ? « Allez vous faire foutre ! ».

Bien avant les « Leave me alone » et « GP2 engine.. », les pilotes n'étaient pas avares en perles...