On garde un souvenir ému mais teinté d'amertume à l'évocation de Prost Grand Prix. Avec le pilote français le plus titré de son sport, cette belle aventure en Bleu devait faire rêver toute une génération. Au final, l'équipe a péniblement marqué quelques points pour finalement s'éteindre au bout de cinq saisons. Loin du palmarès plus enviable de son ancêtre Ligier ou du constructeur Renault qui a précipité sa chute. C'est oublier sa première saison fort prometteuse et une course des plus agitées consacrant un autre champion du Monde.

Tango écourté

On tend à l'oublier mais les débuts de Prost Grand Prix font partie des meilleurs d'une équipe dans l'histoire récente de la F1. Première course à Melbourne et premiers points avec la cinquième place d'Olivier Panis. Deuxième effort au Brésil, où le Professeur garde le record de victoires – six de 1982 à 1990 – et premier podium. Rien ne semblait indiquer la chute que l'on connaît à l'époque.

Le Grand Prix suivant en Argentine confirmait au contraire le bel élan de Prost. Pour la 600è course de l'histoire, Panis se qualifiait troisième derrière les Williams alors intouchables sur un tour. En dépit d'un rude coup de volant de Schumacher au départ – déjà... – Olivier tint son rang et passa même second une fois Heinz-Harald Frentzen hors course. Mieux encore, il tenait le rythme de Jacques Villeneuve. La Williams était partie sur trois arrêts, confirmant la résistance limitée des Goodyear. Les Bridgestone avaient eux déjà prouvé leur endurance à Interlagos avec la stratégie à un seul stop de Panis (idem pour l'Arrows de Damon Hill).

Le Français était parfaitement en mesure de contester le leadership de son futur équipier sur un tracé analogue. Mais son moteur l'interrompit dans son effort une cinquantaine de tours trop tôt.

Une monoplace increvable

Une monoplace increvable

@ F1-history.deviantart

Certes Imola se transforma en chemin de croix – une barre anti-roulis cassée en était la cause – et Panis ne put que limiter la casse à Monaco – quatrième – un an après son exploit rentré dans l'Histoire. Il se rappela au bon souvenir de tous à Barcelone, encore une fois aidé par ses Bridgestone.

Le Grand Prix d'Espagne devint une véritable épreuve pour les pneus, les arrêts aux stands se multipliant pour les favoris comme les seconds couteaux. Seuls quelques uns surent se limiter à deux arrêts et garder le rythme. La Prost en faisait partie et impressionna d'autant plus que Panis partait de la douzième place ! Dépassant dans les puits comme sur la piste – pas une sinécure à Barcelone – le Grenoblois retrouva sa deuxième place de Buenos Aires. Il ne la quitta plus cette fois, non sans grignoter l'écart le séparant de Villeneuve en fin de course. Moins de six secondes les séparaient au baisser du drapeau.

Au soir du Grand Prix, Panis était troisième du championnat, derrière les deux futurs ennemis que seraient Villeneuve et Schumacher. Montréal mit un terme à la belle chevauchée du Français et sa carrière ne s'en releva jamais totalement. Prost non plus, mais pour d'autres raisons.

Un sacré panache

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Prost choisit de confier son baquet à Jarno Trulli, alors débutant chez Minardi. Un choix non innocent en tant que poulain de Flavio Briatore, qui n'avait pas totalement arrêté de fréquenter l'ex-équipe Ligier. Si le grand public français pouvait regretter que « l'Equipe de France » ne donne pas cette chance à un jeune poulain de l'Hexagone, l'Italien donna raison à ses employeurs. Après de premiers points à Hockenheim où même Villeneuve sortit en essayant de le dépasser, Jarno fit mieux encore en Autriche.

Sur le nouvel A1 Ring, Trulli se qualifia troisième. Là encore les Bridgestone avaient fait merveille, comme le démontrait la troisième ligne des Stewart. Reste que Trulli ne mena pas 37 tours que par la simple grâce pneumatique. Après tout, il n'avait qu'une saison complète de monoplace à son actif avant ses débuts en F1 ! Max Verstappen et Lance Stroll n'ont rien inventé... Certes Villeneuve reprit le commandement et le Mugen-Honda lâcha son dernier soupir au bout de 58 boucles. Mais aucun doute n'était permis : le châssis Prost avait du potentiel et Trulli était une future star.

Les revenants du Nurburgring

Les revenants du Nurburgring

@ Youtube

Deux ans après, la situation était bien différente. L'alliance avec Peugeot empoisonna l'équipe de l'intérieur, techniquement comme politiquement. Le constructeur au Lion ayant déjà la tête au Rallye tout en mettant des bâtons dans les roues du Professeur. La première monoplace 100% Prost, l'AP01, s'avéra trop extrême et il fallut l'hécatombe de Spa pour que Trulli ramène péniblement un point. L'AP02 était mieux conçue mais la fiabilité fit encore des siennes et la performance n'était pas assez optimale en qualifications. Le capital n'était donc que de trois points en arrivant au Nurburgring.

Le Grand Prix d'Europe reste l'une des courses les plus improbables de l'histoire récente de la F1. Tous les favoris trébuchèrent plus ou moins sévèrement et les outsiders connurent leurs propres avatars. A entendre Eddie Irvine, « n'importe qui aurait pu remporter cette course ! ». Son futur équipier Johnny Herbert, le vainqueur du jour, a dû apprécier ! En vérité, il fallait surtout s'arrêter au bon moment et choisir les bons pneus, la météo jouant avec les nerfs des pilotes. Ce que fit Herbert, consacrant ainsi Stewart, autre équipe d'un multiple champion du Monde.

Du côté de Prost, on pouvait en théorie compter sur Panis, qualifié cinquième. Or le Français chaussa les slicks lors de la première averse, éphémère celle-ci. Erreur commise notamment par le champion Hakkinen. Olivier plongea en fond de classement et ne sut en sortir. A l'inverse, si Trulli – placé dixième – stoppa trois fois, il s'équipa des gommes adéquates à chaque ravitaillement. Il se retrouva donc deuxième et résista superbement à Rubens Barrichello. Le troisième et dernier podium de Prost, qui avait inauguré le tracé moderne en remportant l'édition 1984.

Et si Panis avec sa meilleure position sur la grille avait choisit la stratégie de Trulli...