En 66 ans d'existence, la Formule 1 a accueilli 71 circuits dans son calendrier. Certains étaient déjà présents aux origines, d'autres ont dû passer par de profondes modifications. Quelques uns se sont éclipsés pour mieux revenir mais c'est sans compter ceux qui n'ont fait que passer sans crier gare. Si les observateurs récents se souviendront (difficilement certes) de Yeongam et Buddh, l'Histoire recèle de circuits éphémères plus ou moins atypiques...

Aux origines, les circuits n'avaient pas à remplir le même cahier des charges qu'aujourd'hui. Il n'est donc pas surprenant d'y retrouver des tracés qui utilisaient des routes publiques. Dans cette liste, on peut retrouver nos circuits de Reims et Rouen mais aussi Pedralbes en Espagne ou Bremgarten en Suisse.

L'AVUS (pour "Automobil Verkehr und Übung Strass" : les commerçants de l'automobile et les usagers de la route) poussa le concept jusqu'à l'absurde. Il ne comptait que deux voies parallèles d'une autoroute reliées par une boucle d'un côté et par un banking en briques relevé à 45° à l'autre bout ! Son seul intérêt était symbolique : il était le premier Grand Prix à se dérouler au delà du Rideau de Fer, car en Allemagne de l'Est. Du moins techniquement puisque l'AVUS se situait à Berlin Ouest, deux ans avant la construction du Mur. Monsanto au Portugal était également constitué de routes destinées aux conducteurs lambda et ne faisait rien pour s'en cacher. Les pilotes eurent ainsi à traverser des rames de tramway !

 

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Des villages aux aérodromes

Pescara en Italie est lui rentré dans l'histoire pour une seule raison. Il reste le plus long circuit de l'Histoire de la F1, devant le Nurburgring version Nordschleiffe avec 25 kilomètres et demi ! Il ne fut utilisé qu'en 1957 pour pallier à la défection des Grands Prix de Belgique et des Pays-Bas car déjà à cette époque, il était bien trop dangereux. Ain-Diab à Casablanca consacra lui la seule édition du Grand Prix du Maroc. Il eut l'honneur de conclure la saison 1958 et de décider de l'issue du championnat. Mike Hawthorn fut titré ce jour-là au détriment de Stirling Moss, pourtant vainqueur. Hélas, le jeune Stuart Lewis Evans trouva la mort quelques jours après un horrible accident. Cet espoir anglais était alors managé par un illustre inconnu nommé Bernard Ecclestone...

On ne fit pas plus d'efforts dans les années 60. L'Autriche débarqua avec le circuit de Zeltweg, un tracé en forme de L où Lorenzo Bandini remporta sa seule victoire. Là encore ce fut une expérience sans lendemain pour le circuit mais l'intérêt local était réel. Ainsi, les Autrichiens en sont venus à construire l'Osterreichring, sur lequel repose le Red Bull Ring que nous connaissons. En revanche, Le Mans n'a convaincu personne en 1967 et pour cause : la course se déroula sur le circuit Bugatti, qualifié de "Mickey Mouse" par le champion Denny Hulme. Jamais plus l'ACO ne s'essaya à l'exercice, se consacrant judicieusement à ses 24 Heures. Enfin, Donington eut beau déployer tous les efforts du monde en 1993, c'était trop tard, la Formule 1 avait trop évolué. La course fut cependant mouvementée grâce à la pluie, en plus d'offrir un tour de légende.

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Street fighters

Entre temps, si on déserta les routes publiques, on ne s'éloigna pas des villes pour autant. Encore aujourd'hui, nous comptons des traces urbains au calendrier en dehors de Monaco. Les Etats-Unis s'en sont fait une spécialité dans les années 80. Sebring, haut lieu de l'Endurance, ouvrit le bal et consacra Jack Brabham en 1959. Puis vint Riverside, un circuit dépourvu de stands, avec les pilotes se déplaçant de l'hôtel au circuit avec leur monoplace ! La F1 finit par se stabiliser un temps à Watkins Glen, avant l'arrivée du premier tracé en ville, Long Beach. Celui-ci était globalement apprécié et faisait office de Monaco américain. Puis arriva Las Vegas avec un tracé au beau milieu du parking du Caesar Palace qui décida des titres mondiaux en 1981 et 1982 ! Heureusement, ce furent ses seules éditions.

Si Detroit s'incrusta plus longtemps (de 1982 à 1988), Dallas n'insista pas après le désastre de 1984, une "parodie" à entendre Alain Prost. Le circuit était aussi insipide que Detroit et la course fut lancée à 11 heures à cause des fortes chaleurs. Cela prit de court les pilotes puisque Jacques Laffite arriva en pyjama sur le paddock ! Précaution inutile puisqu'elle n'empêcha pas l'asphalte de fondre, provoquant bon nombre de sorties de piste. Keke Rosberg imposa le moteur Honda turbo pour la première fois tandis que Nigel Mansell construisait malgré lui sa légende en s'évanouissant sur la ligne d'arrivée.

La leçon ne fut pas retenue cinq ans plus tard. Au moment d'arrivée à Phoenix début juin, on comptait toujours autant de virages à angle droit et les thermomètres affichaient 55 degrés au sol et 70 dans les cockpits ! Ironie de l'histoire, le sponsor principal était une marque de prêt-à-porter nommée Iceberg ! On eut la présence d'esprit de déplacer l'épreuve en début de saison pour des températures plus convenables. 1990 fut marqué par la fameuse lutte Alesi-Senna, 1991 par le grand nombre de spectateurs présents : moins de 15 000. Ne cherchez pas plus loin pourquoi on a attendu 2000 pour revoir la F1 chez l'Oncle Sam.

Du bâclé à l'aseptisé ?

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Enfin, la F1 fut plus injuste avec des circuits plus intéressants mais hélas devenus trop dangereux pour rester à la page. Le Mont Tremblant au Canada souffrait d'un gel rédhibitoire, et Mosport n'y échappait pas non plus. Charade près de Clermont-Ferrand était un "petit Nurburgring" pour certains mais entouré de cailloux, étant situé à flanc de montagne. Ces silex coûtèrent un œil à Helmut Marko en 1972 après un écart de trajectoire. Le parc de Montjuich en Espagne quant à lui fut surtout marqué par le grave accident de Rolf Stommelen en 1975. Celui-ci achevait un weekend marqué par l'état déplorable du tracé, dont les rails n'étaient même pas fixés.

Aujourd'hui il est davantage question de l'aseptisation des tracés que de leur manque de sécurité. Le plus bel exemple reste celui de Yas Marina, qui reçoit pourtant l'honneur de conclure le championnat. Après, à choisir entre celui-ci et Las Vegas...