Avec son titre mondial, Nico Rosberg est devenu le deuxième fils de Champion du Monde à être sacré à son tour. Vingt ans avant lui, Damon Hill succédait à son père Graham. Et comme pour Nico, beaucoup doutaient de la capacité de Damon à atteindre cet objectif.

A l'aube de la saison 1996, Damon Hill semblait le favori logique. Sa Williams-Renault était la meilleure monoplace du moment et son rival Michael Schumacher avait rejoint une équipe Ferrari en reconstruction. Benetton-Renault devait digérer la perte du meilleur pilote du moment avec certes deux excellents pilotes (Jean Alesi et Gerhard Berger) mais moins fédérateurs que le pilote allemand. Enfin, l'équipier de Hill était un autre fils de pilote iconique mais qui devait tout apprendre après une carrière américaine, à savoir un certain Jacques Villeneuve.

Le Damon de minuit...

Image : Williams Grand Prix Engineering Ltd

Pourquoi un tel scepticisme ? La saison 1995 contribua à rendre dubitatif les observateurs. Il était communément admis que Williams disposait du meilleur package face à une Benetton bien nerveuse. Or non seulement l'équipe anglaise s'embourba dans des choix stratégiques dont elle a le secret mais ses pilotes multiplièrent les erreurs de jugement. Par deux fois Hill accrocha son rival (Silverstone et Monza) et il sortit de la piste au Nürburgring et à Suzuka. Deux courses qui firent définitivement pencher la balance en faveur de Schumacher et Benetton au championnat.

Le diagnostic était établi : Damon est excellent dès que tout est sous contrôle mais au moindre grain de sable dans l'engrenage, il perd les pédales. De plus, face à la bravoure d'un Alesi ou à l'instinct animal d'un Schumacher, Hill semblait trop tendre. Schumacher fit remarquer avec justesse que Damon n'est pas passé par le kart à ses débuts, d'où sa frilosité dans le combat roue dans roue.
Pourtant, l'anglais sut proposer des morceaux de bravoure à l'occasion. Beaucoup gardent en mémoire Suzuka 1994 où il vint à bout de Schumacher sous une pluie battante. Hélas, cela semblait bien dérisoire en comparaison des nombreuses défaites subies face à son meilleur ennemi.

Trop beau pour être vrai ?

1996 Monaco Grand Prix - Damon Hill (Williams FW18 Renault) - LAT Photographic

Heureusement pour lui, les circonstances furent de son côté en 1996. Schumacher avait beaucoup à faire pour redresser Ferrari et ne pouvait garder sa couronne. Du côté de Benetton, la monoplace était toujours aussi capricieuse. De plus, le fantôme du futur Baron Rouge flottait dans l'équipe italienne, au grand dam de pilotes volontaires mais ne jouant pas dans la même école. Les ingénieurs ne cesseront de répéter toute l'année que "Schumacher faisait comme ça" durant les débriefings !
Résultat, Hill s'imposa dans quatre des cinq premières courses. Mieux encore, après onze épreuves, il comptait sept succès ! A ce rythme, le titre ne pouvait lui échapper et ses détracteurs allaient faire vœu de silence ? Pas tout à fait...

En effet, contrairement à 1995, Williams dominait sans partage le championnat, jusqu'à s'approprier le titre constructeur quatre courses avant le terme du championnat. Ainsi Hill n'avait qu'une opposition : son équipier débutant. L'opposition était réduite, ce qui allait quoiqu'il arrive réduire les mérites de l'anglais.

Bon sang ne saurait mentir ?

Image : Williams Grand Prix Engineering Ltd

Pour ne rien arranger, Villeneuve fit preuve d'une faculté d'adaptation étonnante et se défendit mieux que prévu. Dès la première course, Jacques damna le pion à Damon et seule une fuite d'huile le priva d'un succès historique. Lors de sa quatrième tentative, il monta sur la plus haute marche après avoir résisté à Schumacher.
A côté, Hill n'avait pas réussi à doubler son ex-équipier David Coulthard sur une McLaren pas encore au top. En Espagne, Villeneuve mena le début de course et finit sur le podium sous une impitoyable averse. Hill fit lui deux têtes-à-queue pour finalement échouer dans le mur des stands après dix tours...

Ces erreurs furent reprochées à son auteur qui sentait la pression monter en dépit de nombreux succès. Il commença alors à faiblir sur la dernière ligne droite en ratant systématiquement ses départs. Cela lui coûta une probable victoire en Hongrie tandis que rien ne tourna rond à Spa.
Sur un circuit d'hommes, Villeneuve signa la pole et manqua la victoire de peu face à l'éternel Schumacher. Hill ? Il finit cinquième, loin du podium. Certes, l'intervention du Safety Car avait faussé sa course mais même avant cela, Damon ne faisait guère illusion.

Tout est bien qui finit bien

Image : Williams Grand Prix Engineering Ltd

Le pire moment de la saison pour Hill fut Monza. Avant la course, Williams prit tout le monde par surprise en annonçant le licenciement de son premier pilote pour 1997. Après Mansell et Prost, l'équipe prouvait encore que le sentimentalisme ne faisait pas partie de ses attributs. Mais en vérité, Williams avait prévu de se séparer du britannique dès la fin de saison 1995.
Et Damon n'a semble t-il pas assez dominé la saison pour convaincre. Le dimanche, Hill devint l'une des nombreuses victimes des piles de pneus installées à chaque chicane lorsqu'il percuta celle de la deuxième chicane. Ceci après cinq tours seulement... Pour ne rien arranger, Villeneuve s'imposa devant son équipier à Estoril, restant ainsi en course pour le titre jusqu'au dernier round !

Heureusement pour Hill, l'inexpérience du fils de Gilles le rattrapa avec un départ manqué. Une crevaison lente puis une roue mal serrée (tradition Williams respectée) enterrèrent les chances du canadien. Devant, Damon n'avait pas bougé d'un cil en menant de bout en bout.
Avec cette victoire, il devenait champion du Monde 34 ans après le premier titre de son père. Là encore, les avis divergeaient quant au véritable mérite du pilote. Schumacher, pourtant avare en compliments envers Hill, ne contesta guère ce titre car après tout "on ne remporte pas huit courses en une saison uniquement par chance". Son équipier Eddie Irvine, moins courtois, argua que "c'est la moindre des choses de gagner avec la meilleure voiture". Le débat reste ouvert.

Gentleman driver

Image : Williams Grand Prix Engineering Ltd

S'il est reconnu que Damon Hill n'était pas le plus talentueux de son époque, beaucoup considéraient l'anglais comme sous-estimé. Ses ex-équipiers comme Jacques Villeneuve et David Coulthard ont souvent fait les louanges de leur voisin de garage. Avec 22 victoires et 20 poles en 115 courses, il est mieux placé que d'autres têtes couronnées au palmarès. Il a aussi laissé une certaine trace dans la mémoire collective.
Quelques uns gardent encore des regrets après son exploit inachevé de Budapest 1997, où il domina la course sur une modeste Arrows avant que la mécanique ne lâche dans le dernier tour. Et un bon nombre de fans salue régulièrement l'esprit chevaleresque et la droiture exemplaire de ce pilote, à une époque où les mauvais gestes s'étaient déjà imposés ici et là.

Ainsi, qu'importe si Damon Hill eut besoin de circonstances favorables pour remporter son titre. Car la Formule 1 a aussi besoin de pilotes de ce type pour écrire son histoire.