L'idée tant contestée du "F1 Sprint" qui a pris place à trois reprises en 2021 n'est en rien nouvelle. Elle a déjà été évoquée pour divers changements de réglementation restés sans suite, notamment pour la saison 1987...

En effet, la F1 n'a pas attendu l'exposition de Netflix pour proposer des formats plus fantaisistes et tournés vers le spectacle. Il était déjà question de courses qualificatives lors de l'imbroglio de l'Accord de Genève en 1970, ou plus récemment en 2004, après que la première séance du Grand Prix de Grande-Bretagne ait tourné à la farce pour cause de prévisions météo alarmistes.

Or comme précisé dans cette archive d'Autosport du 3 juillet 1986, la FISA annonça officiellement l'introduction d'une course qualificative pour la saison 1987 ! Oui, au plus fort de la période turbo, époque génératrice d'une forte nostalgie chez moult puristes, les autorités estimèrent qu'il était nécessaire de pimenter une sauce déjà bien relevée.

Des courses Sprint, une idée pour 1987 !

Un quart de course comme qualification

Le format proposé était le suivant : pour le vendredi, une séance d'essais libres d'une heure le matin, et d'une heure et demi l'après-midi. Le samedi aurait eu droit à une dernière séance d'essais d'une demi-heure le matin avant la fameuse course qualificative.

Ce sprint ne devait pas excéder 25% de la durée de la vraie course, avec une quantité d'essence proportionnelle à celle autorisée le dimanche (195 litres). A titre de comparaison, les sprints de 2021 couvraient 100 km, soit un peu moins d'un tiers de la distance d'usage (Monaco excepté). Le dimanche resterait inchangé avec le warm-up d'une demi-heure du dimanche matin avant la course.

La grille de départ du sprint devait être basée à la fois sur le classement du Grand Prix précédent et sur celui du championnat du Monde. Comme si ce n'était pas déjà assez confus, la grille du départ de la vraie course devait "à 30% correspondre aux résultats de la séance qualificative du samedi après-midi et à 70% aux résultats obtenus par les pilotes au Grand Prix précédent et à leur classement au championnat du Monde".

"Inutilement hasardeux"

Cette annonce fit plus d'inquiets et déçus que d'heureux. John Barnard (directeur technique de McLaren) ironisa sur la possibilité d'une course décidant de la grille du Grand Prix de Monaco tandis que Peter Collins (team principal de Benetton) évoqua une décision "inutilement hasardeuse". Il fit cela dit part de son souhait de supprimer les qualifications dans leur ensemble, pour une grille de départ basée sur le classement de la course précédente...

Lui comme Marco Piccinini (directeur général chez Ferrari) soulignèrent également le danger de ce format à cause de la multiplication des départs, moment à haut risque s'il en est. Thierry Boutsen, premier pilote Arrows, acquiesça en ce sens et fit aussi remarquer qu'aucun pilote ne fut consulté pour ce format. Toute ressemblance...

Derrière ce format saugrenu se cachait aussi une volonté de réductions des coûts, déjà. C'était l'époque des moteurs de qualification de 1 000 chevaux, responsable d'une hausse des investissements qui devait être enrayée.

Le format fut finalement abandonné et les séances de qualifications du vendredi et samedi restèrent en place, ce jusqu'en 1995. En revanche, les moteurs turbos allaient bientôt être sacrifiés, bridés en 1987 et 1988 puis interdits pour 1989.

© Autosport, 3 juillet 1986