Au cours de nos années d'études, on nous apprend bon nombre de faits considérés comme avérés et indiscutables dans nos cours d'histoire. Évidemment, la réalité est plus nuancée que cela car il est plus facile de nous inculquer des connaissances simples à retenir quoique factices qu'une histoire où la vérité n'est même pas encore définie.

Puisque l'on n'enseigne à aucun pilote ni à aucun journaliste l'histoire de la Formule 1, le grand public s'est abreuvé de certaines vérités toutes faites mais qui sont au choix erronées ou plus nuancées que cela. En voici dix parmi tant d'autres.

1 : Ferrari présent à toutes les courses de l'Histoire

Ferrari est l'équipe la plus ancienne de l'Histoire : fondée en 1947, elle a, de ce fait, participé à toutes les saisons depuis le commencement en 1950. Cependant, elle n'a pas été présente à chaque Grand Prix bien que l'équipe essaie de nous persuader du contraire. Elle a même manqué la toute première course à Silverstone pour participer à une épreuve de moindre importance à Mons en Belgique, car plus lucrative financièrement.

Elle a également manqué d'autres courses en 1961, 1973 et 1976 et 1982. La première année en signe de deuil et de protestation contre l'acharnement des médias italiens suite à l'accident mortel de Wolfgang Von Trips à Monza, la deuxième fois pour se concentrer sur le développement d'une 312 B3 ratée puis en représailles en 1976 après la victoire contestable (finalement retirée) de James Hunt en Angleterre et celle accordée en appel en Espagne et l'Autriche où Ferrari retira la voiture de Regazzoni suite au terrible accident de Lauda au Nürburgring. Évidement le retrait volontaire de Pironi suite à l'accident mortel de Villeneuve à Zolder en 1982 et Tambay forfait pour le Grand Prix de Suisse la même année à Dijon.

2 : Lotus première équipe sponsorisée en F1

En 1968, la Commission Sportive Internationale, ancien organe sportif de la FIA, a autorisé les équipes à afficher le nom de marques étrangères au sport automobile afin d'apporter un certain équilibre financier. Auparavant les équipes affichaient leurs couleurs nationales : bleu pour la France, jaune pour la Belgique, blanc ou gris argenté pour l'Allemagne, etc.

On garde en mémoire Lotus qui a troqué son vert sombre contre le rouge et or du cigarettier Gold Leaf, mais ce n'était pas le premier team à agir de la sorte. En effet, dès le 1er Janvier 1968 (et oui), des Brabham privées affichèrent le nom de Gunston pour des pilotes locaux.

3 : Minardi abonné aux fonds de grille

La dernière génération à avoir connu Minardi (aujourd'hui Toro Rosso) s'en souvient comme le cancre de la Formule 1, l'éternel dernier du classement. On ne peut leur en vouloir : aucune victoire, aucune pole, pas même le moindre podium. C'est oublier qu'à la fin des années 80 et au début des années 90, les équipes s'engageaient en masse sans pour autant être suffisamment préparées.

Les Minardi devancèrent donc les vaillantes AGS, Coloni ou Zakspeed. Mieux encore, lorsque la petite Scuderia disposa de pneus Pirelli haut de gamme, leur pilote fétiche, Pierluigi Martini se qualifia aux premières places fin 1989 et début 1990, trustant carrément la première ligne à Phoenix. L'italien avait même pris le temps de mener un tour à Estoril en 1989, le seul tour mené de l'équipe.

Minardi M190 - Grand Prix de Monaco 1990

4 : Andrea De Cesaris mauvais pilote

La réputation du pilote italien n'était pas usurpée dans le sens qu'il méritait son surnom de De Crasheris : une dizaine de châssis rectifiés en 1981 chez McLaren, au point qu'on lui refusa le mulet aux Pays-Bas. Cela ne l'a pas empêché de disputer plus de 200 Grand Prix, hélas sans victoire, un record encore d'actualité. S'il a disputé autant de courses, ce n'est pas que grâce à la manne financière délivrée par son père, une des pontes de Marlboro en Italie : Andrea était plus irrégulier que mauvais.

A l'occasion, il savait démontrer qu'il pouvait aller vite et franchir la ligne d'arrivée, si bien qu'il manqua de peu la victoire à quelques reprises. Monaco 1982 aurait pu lui revenir sans une panne d'essence lors d'une fin de course mémorable et il mena le premier tiers de course en Belgique l'année suivante sur Alfa Romeo, année où il finit deux fois deuxième. Sa plus belle occasion manquée restera Spa 1991 où il menaçait Senna avant une casse moteur mais son équipier l'avait déjà éclipsé durant ce week-end...

Andrea De Cesaris - Jordan Grand Prix - Belgique 1991

5 : Chris Amon malchanceux

Là aussi, il s'agit davantage d'une clarification que d'un démenti. Graham Hill en témoigna avec cette réplique magistrale : "Chris Amon est si malchanceux que s'il investissait dans les pompes funèbres, les gens cesseraient de mourir." Pourtant, si le néo-zélandais est incontestablement l'un des meilleurs pilotes sans victoire de la Formule 1, il n'était pas exempt de tout reproche. Outre un manque d'organisation, Amon n'avait pas la même intelligence de course qu'un Jackie Stewart notamment.

Ce fut criant à deux occasions : à Monza en 1971, durant cette course marquée par une centaine de dépassements à l'aspiration, il arracha sa visière au lieu de retirer un tear-off ! Rebelote l'année suivante à Charade, où il fut éblouissant de bout en bout... si on excepte cette crevaison après être passé trop près des pierres sur les bas-côtés. Les mêmes qui coûtèrent un œil à Helmut Marko le même jour, ce malgré les mises en garde de Matra...

6 : Gilles Villeneuve futur Champion du Monde

Peu de gens remettent cela en question : l'Acrobate aurait mérité un titre mondial pour récompenser son pilotage, l'un des plus spectaculaires de l'Histoire. Par contre, y serait-il parvenu malgré tout ? Cela reste de l'interprétation mais rien ne permet de l'affirmer avec certitude. En effet il était opposé à Didier Pironi, intrinsèquement moins rapide mais plus réfléchi et régulier, à l'image de Jody Scheckter.

En 1979, celui-ci avait misé sur les mêmes armes, avec succès. Pironi, jusqu'à son accident à Hockenheim, fut constamment aux avant-postes sans réelle fausse note et avec le soutien de son équipe. De l'autre côté, de vraies dissensions se faisaient sentir entre Gilles et Ferrari, lui reprochant son impatience irraisonnée. Le canadien leur donna raison en s'éliminant tout seul au Brésil alors qu'il aurait pu l'emporter sur tapis vert. On ne saura jamais la suite mais au vu de ces éléments, le titre de Villeneuve était loin d'être acquis.

7 : Ayrton Senna, gosse de riche

Si Ayrton Senna a obtenu sa place en Formule 1 par son seul talent, beaucoup ont souligné ses facilités au niveau financier par rapport à son rival Alain Prost par exemple. Il était en effet issu d'une famille plutôt aisée grâce à son père Milton, gérant d'entreprise. Or celui-ci voulait voir son fils lui succéder le moment venu et considérait ses escapades en Formule Ford comme un passe-temps provisoire. Il le rappela donc fin 1981, si bien que Senna manqua le Formule Ford Festival, une épreuve de prestige pour les jeunes loups de l'époque, tel Macao dans les années 80 et 90.

Malgré tout l'attachement que Senna portait à son pays et sa famille, son esprit était ailleurs une fois chez lui, ce qui n'échappa pas à l'autorité parentale. Un conseil de famille fut réuni, durant lequel Senna avoua son envie de s'investir autant que possible dans le sport automobile pour réussir. Son père céda, mais à la condition qu'il finance la suite de sa carrière lui-même... car la famille Da Silva ne naviguait pas non plus dans les plus hautes fortunes du pays et n'avait pas les moyens d'assurer son ascension jusqu'en F1.

Ayrton Senna - Franck Williams

8 : Tyrrell, inventeur du nez haut

Sur la pente du déclin depuis quelques années, l'équipe Tyrrell fit parler d'elle en 1990 grâce aux performances de Jean Alesi, en état de grâce à Phoenix et Monaco. Sa 019 ne réussit pas à tenir le même rythme toute la saison mais elle détonait dans le peloton grâce à son nez relevé et ses deux morceaux d'ailerons. Des années plus tard, les équipes ont suivi cette tendance. Pourtant, si Tyrrell est la première équipe à avoir monté son museau aussi haut, le concept de base existait déjà.

En 1988, chez March, un jeune ingénieur nommé Adrian Newey savait qu'il devait davantage compter sur l'aérodynamique pour contrer les puissants turbos. C'est dans cet esprit qu'il souleva le nez de sa 881, permettant ainsi à l'air de davantage circuler sous le châssis, afin de se rapprocher du fameux "effet de sol" de Lotus il y a une décennie de cela. On se pencha davantage sur son cas lorsqu'il finit deuxième à Estoril derrière la McLaren d'Alain Prost...

Tyrrell 019

9 : Les voitures dominatrices

On accorda parfois plus de crédit que nécessaire à certaines monoplaces. Les statistiques les ont consacrées mais elles ne sont pas pour autant aussi performantes qu'on le laisse entendre encore aujourd'hui. Par exemple, les Williams FW15C (1993) et FW19 (1997) sont souvent associées à leurs glorieux prédécesseurs que sont les modèles FW14B (1992) et FW18 (1996). Si ces deux derniers tuèrent toute concurrence dans l’œuf, ceux qui les ont suivi virent cette même concurrence les rattraper au fil de la saison. Ferrari prit même le dessus sur Williams sur certains Grands Prix à partir de la mi-saison 1997.

Pour d'autres, elles furent éclipsées par les circonstances. La Benetton B195 semblait voler aux mains de Michael Schumacher. Pourtant l'allemand avait toutes les peines du monde à dompter cette voiture vicieuse et il fallait toute sa science du pilotage pour y parvenir, là où Jean Alesi et Gerhard Berger échouèrent par la suite. La meilleure monoplace était bien la WIlliams FW17 mais entre des stratégies discutables (air connu) et les trop nombreuses erreurs de ses pilotes, Schumacher eut la tâche facilitée. Dix ans plus tard, la McLaren MP4/20 fut aussi rapide que fragile, rejetant dans l'ombre la Renault R25 Championne du Monde. Or les ingénieurs d'Enstone n'osèrent délivrer son plein potentiel qu'une fois le titre acquis, d'où une superbe remontée de Fernando Alonso au Japon et un Grand Prix de Chine dominé de bout en bout.

© Renault Sport F1

10 : "C'était mieux avant"

S'il est de bon ton d'accuser la Formule 1 actuelle de tous les maux, il ne faut pas croire que tout était plus rose par le passé. En 1979, un journaliste questionna Bernie Ecclestone sur la qualité des courses avec le commentaire suivant : "La technologie est maintenant tellement avancée sur les voitures de Formule 1 - elles tournent vite sur de gros pneus, les freins, l'accélération, l'aérodynamique sont superbes - que dépasser est devenu relativement rare. Ce qui produit des courses processionnelles et ennuyeuses." Toute ressemblance avec des faits récents, n'est pas que coïncidence...