Lorsque l'Osterreichring tira sa révérence en 1987, on ignorait encore si l'Autriche allait retrouver ou non son Grand Prix. Il fallait élargir la piste et les dégagements étaient trop cahoteux pour convenir à la Formule 1 moderne. Comme pour le Nurburgring et Spa-Francorchamps, il fallait un lifting pour respects les normes. Ainsi, dix ans plus tard, la Formule 1 revint sur le même terrain mais pas le même circuit.

Épingles à (se tirer les) cheveux

S'il gardait la même forme en U, il était beaucoup plus carré que son prédécesseur, les virages larges avaient laissé place à des épingles serrées. Ce changement ne pouvait plaire à tout le monde, Alexander Wurz lui-même n'appréciait guère le tracé alors que son père avait participé à la rénovation. Heureusement le cadre verdoyant et le dénivelé étaient toujours présents et les courses furent suffisamment animées pour que les observateurs adoptent ce tracé, le premier dessiné par Hermann Tilke qui n'allait pas tarder à se faire connaître. Le circuit se fit aussi connaître pour sa proportion à provoquer des accrochages au premier tour (et après), tant ses deux premiers virages serrés étaient propices à des coups de roue malheureux. Si Jean Alesi eut droit à un joli baptême de l'air grâce à Eddie Irvine en 1997, les deux éditions les plus parlantes restent 1998 et 2000.

Pour la première année, le panachage de la grille contribua à la mêlée générale puisque la pluie avait bouleversé la hiérarchie. Giancarlo Fisichella et Alesi monopolisaient la première ligne au détriment de Hakkinen et Schumacher. Au premier virage, c'est le fond de grille qui patina avec Tora Takagi (Tyrrell) semant ses ailerons sur le rail et ses adversaires. Au second, Pedro Diniz percuta son propre équipier Mika Salo qui partait de la troisième ligne, d'où un abandon collectif pour Arrows ! Les monoplaces noires inclurent David Coulthard dans le lot alors que l'Ecossais avait déjà fort à faire en partant quatorzième et pouvait donc se passer d'un aileron avant cassé... Enfin, Fisichella et Alesi s'accrochèrent et s'éliminèrent mutuellement une vingtaine de tours plus tard au même endroit...

Deux ans plus tard, Diniz récidiva, cette fois au premier virage, au grand dam de Fisichella. Comme si un Brésilien ne suffisait pas, Ricardo Zonta (BAR) toucha Schumacher et sema la panique dans un peloton qui ne savait plus où se mettre, une demi-douzaine coupant par le gravier, puisque l'asphalte n'avait pas encore envahi les dégagements. Jarno Trulli resta sur le carreau, gâchant sa belle cinquième place de grille, tandis que Schumacher tenta de mettre sa monoplace au milieu de la piste pour provoquer un drapeau rouge ! Peine perdue, le Safety Car calma le jeu avec les McLaren devançant Mika Salo (Sauber) et les Arrows de Pedro de la Rosa et Jos Verstappen ! Plus tard, ce sont les Prost Peugeot qui allaient se distinguer par un accrochage éliminatoire au premier virage. Comme si l'équipe française avait besoin de cela à ce moment...

Ce qui s'appelle mal tourner...

Image : F1-history.deviantart

Image : F1-history.deviantart

Entre temps, l'édition 1999 a vu deux autres équipiers s'accrocher et pas n'importe lesquels : les deux pilotes McLaren ! Seul Hakkinen en fut réellement victime puisque Coulthard conserva la tête. Le Finlandais en profita pour réaliser une de ses plus belles performances en remontant de dernier à troisième, sans concours d'un Safety Car. Dans la confusion, Mika Salo entamait son remplacement chez Ferrari par une touchette avec Johnny Herbert, coûtant l'aileron avant pour l'un et l'aileron arrière pour l'autre.

En 2001, c'est le départ lui-même qui provoqua le plus de commentaires à cause de l'automatisation des systèmes de départ : quatre pilotes calèrent dont les deux Jordan et Hakkinen ! Jarno Trulli en fut quitte pour redémarrer des stands... en brûlant le feu rouge de sortie ! Devant, c'est Juan-Pablo Montoya qui assura le spectacle à la deuxième épingle puisqu'il sortit de la piste en tentant de résister à Schumacher, tout en amenant son rival dans le gravier. Au moins, il ne fut pas sanctionné contrairement à Jacques Villeneuve en 2002. Le Québécois toucha Heinz-Harald Frentzen au même endroit, ce qui coûta du temps aux deux pilotes mais la BAR écopa malgré tout d'un drive through qui commençait petit à petit à se généraliser. Pour le coup, c'est davantage l'arrivée qui a fait parler d'elle, malgré le spectaculaire crash impliquant Takuma Sato et Nick Heidfeld, ce toujours au même virage. Le Japonais s'en tira indemne bien qu'il resta longtemps coincé dans sa Jordan, des pièces avaient transpercé son baquet.

L'Histoire bégaya en 2003 puisque Cristiano Da Matta fit capoter deux départs à cause de son système de lancement automatique ! Il préféra judicieusement partir en manuel la troisième fois.. La grille sembla d'ailleurs extrêmement vide puisqu'il manquait quatre pilotes du côté propre de la grille : Da Matta fut logiquement relégué en dernière position, Frentzen avait grillé son embrayage tandis que Mark Webber et Fernando Alonso, qui avaient sabordé leur tour qualif, préférèrent partir des stands. On se souvient davantage de la course pour l'incendie frappant la Ferrari de Schumacher au premier ravitaillement, un feu heureusement vite éteint par les mécaniciens, permettant ainsi à l'Allemand de remporter sa première vraie victoire en terre autrichienne.

Reste à savoir quels rebondissements les prochaines éditions vont nous offrir.