Le Grand Prix de Hongrie fait maintenant partie des meubles, si bien que l'on a fêté ses trente ans en 2016 : la première course au delà du Rideau de Fer s'est déroulée en 1986.

Et si ces courses ne furent pas toujours passionnantes, elles eurent le mérite d'offrir des moments particuliers qui ont contribué à leur manière, à écrire l'histoire de la F1. Et certains pilotes ont connu leurs moments de gloire en terre Magyar.

Hongrie, Les premières victoires

Là où Montréal a respectivement consacré Gilles Villeneuve, Thierry Boutsen, Jean Alesi, Lewis Hamilton, Robert Kubica et Daniel Ricciardo, le Hungaroring n'est pas en reste pour ce qui est d'offrir à un pilote une montée sur la plus haute marche. Le premier récompensé fut Damon Hill en 1993 et ce n'était que justice car le fils de Graham a vu la mécanique le lâcher lors des deux dernières épreuves en Angleterre (moteur) et en Allemagne (crevaison).
A Budapest, son équipier Alain Prost a calé au départ et dut partir dernier, ce qui lui facilita la tâche, sans compter que sa Williams-Renault FW15C était bourré d'électronique jusqu'au dernier morceau de carbone mais tout le monde s'accorda à dire que Hill méritait bien cette distinction. Et pourtant, un an plus tôt, on se demandait encore s'il allait faire carrière en F1, alors qu'il s'époumonait à ramener une Brabham agonisante à l'arrivée sur ce même circuit.

© Williams Grand Prix Engineering Ltd. - Damon Hill - Hungaroring 1993

Dix ans après, on retrouva un moteur Renault en tête mais pas seulement : le constructeur avait racheté Benetton deux ans plus tôt et comptait bien réparer l'affront des années 80. Avec le jeune prodige Fernando Alonso, c'était bien parti en dépit des observateurs britanniques qui n'étaient pas convaincu par le remplacement de Jenson Button. Une pole et un podium en Malaisie suffit à faire taire ses détracteurs et à partir de là, la question n'était pas de savoir s'il allait remporter une course mais à quel moment.
Son moulin ouvert à 111° manquait encore de souffle mais la tenue de route exemplaire de la R23 la rendait diablement efficace sur les circuits sinueux. Budapest était le client parfait. Nouvelle pole, course menée presque de bout en bout et victoire incontestable. Le record de précocité de Bruce McLaren (Sebring 1959) a duré 44 ans. De l'eau a coulé sous les ponts depuis...

© Renault F1 Team - Fernando Alonso - Hungaroring 2003

Si Jenson Button se perdit quelques fois en chemin durant sa carrière, il finit par toucher au but avec Honda en 2006 au bout de 113 tentatives (seuls Webber, Barrichello et Trulli furent plus patients). Pour la première fois, la pluie s'invita en Hongrie et ce fut pour le meilleur tant la course fut divertissante.
Parti quatorzième après un changement de moteur, l'Anglais remonta de façon plus discrète qu'Alonso mais de manière aussi convaincante. Des changements de pneus au bon moment et l'abandon de l'Espagnol lui ouvrit la voie vers son premier grand trophée et le premier hymne japonais depuis 1967.

© Honda Racing F1 - Jenson Button - Hungaroring 2006

Deux ans après, sur McLaren, Heikki Kovalainen combla la colonie de fans finlandais qui s'attroupe chaque année sur les bords du tracé hongrois. Là encore, un petit coup de pouce du destin lui vit en aide avec la casse moteur de Felipe Massa à trois tours de l'arrivée, et la crevaison de son équipier Lewis Hamilton. Cependant, le vice-champion GP2 2005 n'a pas été épargné par la providence durant cette saison 2008 et en dépit d'un rythme en deçà de celui de son équipier, il méritait bien une victoire pour récompenser ses efforts.
Point positif, il fut le centième vainqueur de l'histoire de la Formule 1 (ceux de l'Indy 500 dans les années 50 compris). Point(s) négatif(s), non seulement le titre se refusa à lui contrairement aux trois autres vainqueurs cités mais en plus, cela resta sa seule victoire puisque Kovalainen ne fut pas reconduit fin 2009 et le défi Lotus-Caterham fut un échec.

Les meilleures performances

Image : F1-history.deviantart

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Certes, la victoire s'est refusée à certains pilotes mais ils eurent malgré tout droit à quelques récompenses, quoique plus modestes. A la limite, Jos Verstappen peut se féliciter de voir son fils Max en pleine ascension, à défaut d'avoir atteint les mêmes hauteurs par lui-même. Il faut dire que le néerlandais disposa rarement d'une monoplace capable de briller, entre des Arrows irrégulières, une Stewart mal née, une Tyrrell en perdition, une Minardi trop faible ou une Simtek en fin de vie.
Or s'il disposa d'une Benetton en 1994 pour sa première saison, c'était face à Michael Schumacher et il va sans dire que la comparaison ne pouvait qu'être défavorable. C'est pour cela que Jos Verstappen ne se contenta que de deux podiums dans sa carrière, le premier en Hongrie et encore : grâce à l'abandon de Martin Brundle à un tour du but.

Pedro de la Rosa n'a pas de rejeton en piste pour lui succéder mais il doit aussi son meilleur résultat à un Grand Prix de Hongrie, celui de 2006 en l'occurrence. Remplaçant Juan-Pablo Montoya parti s'amuser en NASCAR, l'espagnol mit du cœur à l'ouvrage sur une McLaren quelque peu décevante et face à un Kimi Raïkkönen encore redoutable.
Les conditions particulières de l'édition 2006 jouèrent en sa faveur (en dépit d'un tête-à-queue dans le tour de chauffe !) et il tint son rang de bout en bout pour finir deuxième, non sans avoir lutté face à un Michael Schumacher coriace jusqu'à la limite. Hélas pour lui, il n'y avait pas de place pour lui chez McLaren en 2007 : un certain Lewis Hamilton était prêt. Ce fut son seul podium.

Timo Glock s'est lui aussi rapproché du Graal mais c'est en Malaisie en 2009 que l'Allemand était un candidat tangible à la victoire. A Budapest quelques mois plus tôt, il ne pouvait que jouer le podium mais comme Kovalainen, il fut au bon endroit au bon moment et tint Raïkkönen en respect pour finir deuxième. Une performance qu'il répéta à Singapour un an plus tard avant de subir le retrait de Toyota. L'aventure Virgin-Manor ne fut pas plus concluante que pour Kovalainen avec Lotus et Glock se retrouva en DTM. Ce qui est toujours bon à prendre.

D'autres noms plus obscurs se démarquèrent discrètement en Hongrie. Johnny Dumfries ne connut qu'une saison de Formule 1, en 1986. Il est vrai que débuter face à Ayrton Senna n'était pas un cadeau, que du contraire. Avec un extraterrestre recueillant toute l'attention et une équipe qui ne peut de toute façon plus traiter deux voitures de façon égale, l'Anglais fit de la figuration toute l'année mais il survit à l'hécatombe de la première édition du Grand Prix pour finir cinquième. Insuffisant pour assurer sa place, d'autant que Renault laissa place à Honda, et donc à Satoru Nakajima.

En parlant de Japonais imposé par un constructeur, Shinji Nakano est de ceux-là. Prost prit la suite de Ligier en 1997 et, en attendant le moteur Peugeot pour 1998, dut se résoudre à accepter ce sacrifice sur demande de Mugen-Honda. Sauf que Prost fut un « one-car-team » cette année-là, car si Olivier Panis fut en état de grâce avant l'accident de Montréal et si Jarno Trulli confirma ses bonnes dispositions, Nakano ne faisait qu'acte de présence, si bien qu'on parla de « voiture morte » ! Mais sa meilleure performance reste son Grand Prix de Hongrie où il devança son équipier et chipa le dernier point à Eddie Irvine dans le dernier tour... non sans le pousser en tête-à-queue.