La F1 revient petit à petit sur le continent européen avec l'Autriche et la France réintroduits ces cinq dernières années. Mais plus haut en Scandinavie, le Grand Prix de Suède offrit souvent des moments d'Histoire.

Ramener oui, car durant les années 70, il existait bien un Grand Prix de Suède. Lequel fut le théâtre de quelques faits marquants.

Quand on pense à la Scandinavie en F1, on pense avant tout aux Finlandais. Après tout le pays compte trois champions du Monde avec Keke Rosberg, Mika Hakkinen et Kimi Räikkönen. Un ratio pilote/champions assez enviable. Reste qu'il y a plus de 40 ans, le pays commençait à peine à fréquenter la discipline. Et encore de façon sporadique. En revanche, son voisin suédois se distinguait davantage, notamment grâce au "Super Sweede", Ronnie Peterson.

Ainsi, tel Sergio Perez ayant contribué au retour de Mexico, sa popularité aboutit à un Grand Prix de Suède en 1973. Le circuit d'Anderstorp suivit l'exemple de Silverstone en prenant place sur un aérodrome, sa ligne droite principale de près d'un kilomètre empruntant même la piste d'atterrissage. Il se distinguait notamment par ses stands installés non pas le long de la ligne droite de départ/arrivée, mais des virages cinq et six ! Aussi, la mise au point des monoplaces était rendue compliquée par la présence de la susnommée ligne droite associée à une majorité de virages lents. Un tracé donc plus intéressant pour le défi technique que réellement plaisant du point de vue du pilotage.

Des ours en Scandinavie

@ Pinterest - Anderstop

@ Pinterest - Anderstop

De la théorie à la pratique, Anderstorp s'avéra aussi compliqué physiquement parlant. Bien qu'il excédait à peine les 4 kilomètres, sa lenteur fit que la première course frôla les deux heures ! Pas étonnant dès lors de voir l'ours expérimenté qu'était Denny Hulme de s'imposer. Anti-spectaculaire et jurant (déjà!) avec les canons de l'époque, le Néo-Zélandais forçait le respect par son endurance et sa régularité. Sa victoire était certes en partie due aux avatars techniques de Lotus et Tyrrell plus performantes que sa McLaren mais encore fallait-il tenir leur rythme, ce qu'il fit. La M23, un modèle aujourd'hui légendaire connaissait ici son premier succès. Les locaux se consolèrent avec la pole et la deuxième place de leur héros Ronnie Peterson. Lequel n'allait jamais gagner à domicile...

Anderstorp s'avéra avec l'Osterreichring, le tracé idéal pour les premières. Après la consécration d'un châssis mythique (et pas le dernier), c'était un futur champion du Monde qui ouvrit son compteur de victoires en 1974. Signe du destin, l'Ourson succéda à l'Ours en Suède. Parce que oui, Jody Scheckter avait débuté chez McLaren et tenait ce surnom de Hulme, tant leurs personnalités semblaient analogues. Passé chez Tyrrell en 1974, il domina de bout en bout l'épreuve et commença à faire comprendre aux observateurs qu'il n'était pas qu'un brise-carbone, « Scheckter en travers » dixit José Rosinski. L'Afrique du Sud s'invita ainsi à la table des pays consacrés. En parlant de pilote en travers, Peterson avait lui renoncé après huit tours, frappé par la fragilité légendaire des Lotus.

Brambilla en pole !

@ F1-history.deviantart - Anderstop

@ F1-history.deviantart - Anderstop

Le triomphe de Tyrrell était complet puisque Patrick Depailler finit dans sa roue pour un doublé (premier Top 3 du Français), ceci après sa première et unique pole position. Pour couronner le tout, James Hunt offrit à Hesketh son premier vrai podium, l'Anglais ayant piloté une March en 1973 pour ses premières douches au champagne. Pour rester dans l'esprit des grosses peluches après Hulme et Scheckter, rappelons que Hesketh avait pour logo.. un ourson coiffé d'un casque ! Enfin, bien qu'il alignait une Lola, Graham Hill marqua le premier point de son équipe. Le dernier de sa longue carrière.

Anderstorp semblait apprécier le règne animal puisqu'en 1975, c'est un gorille qui signa la pole ! Plus précisément Vittorio Brambilla, qui devait ce surnom à sa pilosité manifeste et son courage en toutes circonstances. Un caractère intrépide qui l'amena plus souvent dans le décor, y compris après sa victoire en Autriche plus tard dans l'année ! Cependant, c'est un ennui mécanique qui l'élimina en course. Cette fois, le vainqueur resta assez classique puisque Niki Lauda confirma sa mainmise sur le championnat. Parti sixième, l'Ordinateur fit une course d'attente dont il avait le secret quand sa monoplace n'était pas la meilleure et vint à bout de Carlos Reutemann. Un choix de pneus plus conservateur avait finalement payé là où d'autres trébuchèrent, tel Carlos Pace qui sortit de piste.

Dans la lutte pour les places d'honneur, la Suède continua de consacrer de nouvelles têtes. Mario Andretti offrit trois premiers points à Parnelli, Mark Donohue en récolta deux pour Penske et Tony Brise conquit une unité pour Hill, sur son propre châssis désormais. Peterson lui finit neuvième, sur une Lotus 72 obsolète. Enfin, c'est durant cette année qu'Anderstorp adopta une voie des stands "à l'envers" : les pilotes y entraient par derrière pour sortir par devant !

P1 pour la P34

@ F1-history.deviantart - Tyrrell P34

@ F1-history.deviantart - Tyrrell P34

1976 vit l'avènement d'un des châssis les plus étranges de la Formule 1 : la fameuse Tyrrell P34 à six roues. Comme en 1974, c'est Scheckter qui mena Depailler pour vaincre, cette fois grâce à l'abandon d'Andretti, sa Lotus ayant retrouvé de l'allant. Un succès en trompe l’œil puisque Anderstorp permettait à la P34 de gommer en partie ses défauts, si bien qu'elle ne réédita jamais cet exploit. A noter la première pole de Scheckter qui sera aussi la dernière de Tyrrell et la performance stupéfiante de Chris Amon, longtemps quatrième sur... Ensign ! Bien entendu, sa malchance adorée le coupa en plein élan, pour un de ses derniers exploits. Et Peterson ? A la porte des points sur March. Toujours aussi peu prophète en son pays.

En 1977, le Suédois prit place au volant de la Tyrrell mutante. Idéal ? Pas du tout : Goodyear avait abandonné le développement trop coûteux des petites roues à l'avant et les performances en pâtirent. De toute façon, il renonça après sept tours. Son compatriote Gunnar Nilsson sur Lotus fut lui aussi privé de drapeau à damier. Si Depailler finit quatrième, c'est un autre Français qui retrouva le sourire en la personne de Jacques Laffite. Le Cocorico était de mise : première victoire de Jacquot, première de Ligier et première association franco-française au sommet. Et dire que Laffite qualifia sa voiture de «chignole bonne pour la poubelle » après la qualification ! Un simple train de pneus neufs relança sa machine et la panne d'essence de Mario Andretti paracheva son œuvre...

Ironiquement, aucune Marseillaise ne retentit. La raison ? Personne parmi les organisateurs n'avait prévu l'éventualité d'une victoire tricolore !

De la "poubelle" à l'aspirateur !

@ Pinterest - Brabham BT46B

@ Pinterest - Brabham BT46B

Le chant du cygne d'Anderstorp intervint en 1978. Cela n'avait rien d'innocent : Gunnar Nilsson allait bientôt succomber à un cancer et Ronnie Peterson perdit la vie à Monza. Sans présence suédoise, le Grand Prix devint superflu. Quand bien même le débutant Keke Rosberg naquit en Suède, il restait finlandais. Et rien alors n'annonçait ce qui allait suivre en 1982. Au moins Peterson mit un point d'honneur à satisfaire son public. Ronnie finit troisième non sans une superbe remontée consécutive à une crevaison. Il n'eut guère le cœur à rire cependant puisqu'il fut constamment barré par Riccardo Patrese. Et non seulement l'Arrows de ce dernier était une copie illégale de la Shadow, mais en plus l'Italien usa d'une défense aux antipodes de la sportivité. Ne rendant la polémique de Monza que plus ironique encore.

Reste que si Arrows connut ici son premier podium (et son meilleur résultat), ce dernier Grand Prix de Suède reste célèbre pour son vainqueur. Niki Lauda avait en effet triomphé assez facilement et pour cause, il pilotait la célèbre Brabham « aspirateur ». L'énorme ventilateur qui avait élu domicile à l'arrière de son véhicule devait officiellement garantir le refroidissement d'un moteur Alfa Romeo bien fragile. En vérité, il collait la monoplace sur la piste, de façon plus évidente encore que l'effet de sol de Lotus. « Elle pouvait rouler au plafond » dira son créateur Gordon Murray. Comme une course d'aéroglisseurs était hors de question et que ce ventilateur projetait quantité de débris dès que la Brabham fréquentait les bas-côtés, la BT46B fut logiquement bannie dès la course suivante.

Au final, Anderstorp vit un ours(on), une six-roues et une voiture-aspirateur gagner, un gorille s'approprier un meilleur temps et un binôme français l'emporter sans avoir droit à son hymne. Intéressant pour un Grand Prix dont certains oublieraient même son existence !

@ F1-history.deviantart