Lorsque Mika Hâkkinen se retira au soir du Grand Prix du Japon 2001, il entamait officiellement une année sabbatique. Le Finlandais ignorait encore s'il lui fallait uniquement un break ou s'il était définitivement à court de jus. Pour beaucoup, la messe était dite : il n'allait pas revenir. Il faut dire que sa dernière saison témoignait de la baisse de motivation du double Champion du Monde.

Après deux titres entièrement mérités face à Michael Schumacher puis Eddie Irvine, Häkkinen s'inclina face à son rival allemand en 2000, non sans avoir lutté. On gardera en mémoire son dépassement de Spa-Francorchamps qui fait maintenant partie de l'Histoire. Ceci grâce à la manœuvre en elle-même mais aussi grâce aux circonstances. Häkkinen venait de mater son concurrent direct au championnat, un pilote qui régnait sur le Toboggan des Ardennes depuis quelques temps.

Cependant, avec le recul, Mika a atteint son sommet ce jour-ci et n'a jamais fait mieux depuis. On pourrait même dire qu'il n'a jamais cherché à le faire. Tel Juan-Manuel Fangio sur le Nurburgirng en 1957, il avait tout prouvé et ne pouvait décemment faire mieux. L'Argentin choisit juste de boucler la boucle avec deux courses supplémentaires en 1958, à domicile pour saluer les siens et en France, où il avait débuté sa carrière européenne dix ans plus tôt. Pourquoi Häkkinen continua ? Sans doute parce que McLaren était encore au top et qu'il avait une confiance sans faille dans l'équipe qu'il fréquentait depuis 1993. Celle-ci a toujours soutenu son pilote, surtout après le grave accident d'Adélaïde 1995, quitte à ne pas accorder la même attention (humainement parlant) à David Coulthard. L’Écossais était pourtant très méritant, ce que son équipier ne manqua jamais de rappeler, pendant et après sa carrière.

A court de jus

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Cela tombe bien, c'est en 2001 qu'il eut l'occasion de prendre le dessus sur son collègue, et largement. Durant les années de gloire de Häkkinen, Coulthard était la victime désigne de la mécanique : deux victoires manquées en 1998 et cinq pannes techniques en 1999. La situation s'inversa totalement durant ce millésime et de quelle manière ! Suspension cassée en Australie et à Monaco, calé sur la grille au Brésil, en Autriche et en France, moteur out en Allemagne et transmission en panne en Italie, il est peu dire que Häkkinen manqua de chance.

L'exemple le plus mémorable reste évidemment le Grand Prix d'Espagne, où Mika s'était imposé trois fois consécutivement. Häkkinen prit l'avantage sur Schumacher à la faveur des arrêts aux stands, rappelant les belles heures du Nurburgring 1998. C'est alors que l'embrayage prit congé... au dernier tour ! Bon prince et éprouvant un grand respect pour son rival, Schumacher consola le Finlandais à son retour dans le paddock.

Il n'échappa cela dit à personne qu'au delà de ces mésaventures, les performances de Hakkinen n'étaient plus aussi bonnes qu'à l'accoutumée, surtout en comparaison de son équipier. Certes, McLaren commençait à perdre pied face à Ferrari mais cela n'expliquait pas tout. C'était d'autant plus flagrant en qualification :  lui qui enfilait les poles comme des perles n'en décrocha aucune en 2001. De plus, s'il brilla à Silverstone et Indianapolis avec deux très belles victoires, le reste du temps, il semblait un pilote ordinaire et non un champion du Monde. En témoigne ses prestations anonymes à Sepang, Imola, Spa et au Nürburgring. Sans surprise, après son abandon de Monaco, le pilote évoqua avec Ron Dennis son envie de raccrocher.

Au revoir puis adieu

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Il l'officialisa à Monza, tout en précisant qu'il s'agissait d'une année sabbatique : si l'envie lui revenait, alors il reviendrait. C'était aussi une manière pour McLaren de ne pas "virer" son pilote. A Suzuka, alors qu'il tenait la troisième place pour son cent-soixante et unième Grand Prix, il laissa Coulthard monter sur la dernière marche. C'était son modeste remerciement pour les deux courses où l’Écossais s'était plié à la discipline d'équipe, à savoir Jerez 1997 et Melbourne 1998.

Cela resta son dernier Grand Prix. Avec la chute de son équipe en 2002, il savait qu'il lui fallait redoubler d'efforts pour revenir au sommet, lui qui l'avait tant fait dans la deuxième moitié des années 90. Il n'était plus assez motivé pour recommencer. Mika s'expliqua en ces termes : "Je ne ressens plus cette envie pour la course. Quand je me réveille le matin, je ne suis pas heureux. C'est pourquoi je devais prendre mes distances. Bien faire son travail et prendre du plaisir à le faire sont deux choses différentes". Un discours lucide et censé qui peut s'appliquer à de nombreux pilotes ayant perdu la flamme sur leurs dernières années.

Un de ses proches compléta son propos comme le rapporta Jean-Louis Moncet par la suite : "Quoiqu'on en pense, il a forcément été très marqué par son accident d'Adélaïde 1995. Au cours de la saison 2000, il a beaucoup bataillé contre Schumacher et il a commencé à sentir qu'il surconduisait. Je ne sais pas si c'est vrai mais lui-même s'en est persuadé. En 2001, il a levé le pied". Un témoignage qui semble confirmer la thèse selon quoi Häkkinen a lâché prise après Spa 2000.

L'envie regagna son esprit au cours de la saison 2004 où il se prépara sérieusement à un retour en F1. Rien ne suivit en dépit de rumeurs le liant à Williams ou BAR. Il se consola en DTM où il signa trois victoires en trois saisons mais sans réellement pouvoir viser le titre. Depuis, il se consacre aux relations publiques avec Mercedes (avec quelques apparitions dans des publicités hilarantes) et suit l'exemple de son mentor Keke Rosberg en manageant Valtteri Bottas. Un pilote discret, poli et courtois, à l'image de Mika Häkkinen, l'un des derniers grands seigneurs de ce sport.