Lorsque l'on revient sur la carrière de pilotes reconnus, on préfère retenir les périodes marquantes, les moments phares, les statistiques qui mettent le pilote en valeur. Il est plus facile de faire l'impasse sur des collaborations anecdotiques entre le pilote et une équipe tant elles furent brèves ou infructueuses. Au point que beaucoup oublient que ces deux noms ont été associés ne serait-ce qu'une seule fois... Pourtant, les équipes les plus illustres ont eu droit à leurs associations improbables.

Ils ne firent que passer dans la Mcl'arène...

McLaren ne fait pas exception. Quand on pense à un pilote McLaren, outre le père fondateur Bruce, on pense plutôt à Senna, Hakkinen, Coulthard, Hamilton ou Button. Si les observateurs n'avaient aucun mal à imaginer les trois britanniques de cette liste piloter pour Ron Dennis, ils ne manquèrent pas de lever un sourcil lorsque Nigel Mansell signa son contrat pour 1995. Avec d'un côté le patron le plus maniaque qui soit et de l'autre le pilote de tous les extrêmes, fallait-il vraiment espérer des miracles ? Lorsque l'équipe communiqua avec le plus grand sérieux du monde que l'entrée en matière de Mansell est reportée à cause d'un cockpit trop étroit pour son gabarit, le ton était donné... Deux courses plus tard, Nigel préféra laisser tomber, concluant ainsi sa carrière sur une note plus tragique que comique.

Deux décennies plus tôt, le contexte était bien différent. Dennis commençait à faire des vagues en formules de promotion. C'était Teddy Mayer qui prit la suite de Bruce McLaren après le décès de celui-ci en 1970 à Goodwood. Sur la piste, il fallait un cador pour seconder Denny Hulme, champion 1967. Ainsi l'équipe sortit de sa retraite un grand nom des sixties : Dan Gurney. Reparti aux USA après avoir perdu tout son pécule dans l'aventure Eagle, le seul pilote craint par Jim Clark s'acquitta de sa tâche avec les honneurs. Quelque peu rouillé en qualifications, il réussit à marquer un ultime point au Grand Prix de France avant de retraverser l'Atlantique, pour de bon cette fois.

Trois ans plus tard, McLaren avait fait son deuil et rôdait ses armes pour obtenir les titres mondiaux. Hélas, Tyrrell et Lotus restaient un cran au dessus en 1973. Heureusement pour McLaren, Ferrari était au fond du trou avec un châssis raté. La Scuderia fit ainsi l'impasse sur le Grand Prix d'Allemagne, non sans blâmer son leader Jacky Ickx pour les performances calamiteuses de l'équipe. Or s'il y avait bien un pilote capable de sublimer sa voiture sur le grand Nurburgring, c'était lui. McLaren se fit donc un plaisir de lui fournir une M23. Le "Ringmaster" ne put rattraper les Tyrrell de Stewart et Cevert mais il finit sur le podium, devant ses coéquipiers d'un jour. Le message était clair : Ickx n'était pas à blâmer.

Un petit tour et puis s'en va...

Image : F1-history.deviantart

Le futur Monsieur Le Mans rentra d'ailleurs dans l'histoire en cette même année 1973 puisqu'il pilota pour Ferrari, McLaren et... Williams en quelques mois ! La Scuderia n'avait guère progressé et Ickx préféra mettre les voiles pour ne pas davantage écorner sa réputation. En attendant de disposer du volant Lotus pour 1974, il finit l'année en pilotant pour Frank Williams. Même lui ne pouvait rien tirer d'une Iso-Marlboro mais qu'importe. Une septième place à Watkins Glen, c'était déjà pas mal...

Plus de huit ans après, Williams alignait ses propres monoplaces et restait sur deux titres constructeurs d'affilée. Tout allait bien ? Tout faux ! Alan Jones prit sa retraite et Carlos Reutemann fit de même après deux courses. Le potentiel de Keke Rosberg étant encore incertain, il fallait une star pour la course de Long Beach. Arriva Mario Andretti, toujours content de se montrer devant son public. Il fit cependant de la figuration puisque sa suspension lâcha assez rapidement. On allait le revoir en fin d'année chez Ferrari, non sans faire la pole à Monza.

De la lumière à l'ombre...

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D'autres champions du Monde prolongèrent l'expérience dans l'anonymat. Si on sait que Graham Hill monta sa propre équipe en fin de carrière, on oublie souvent qu'il fut le premier pilote de Brabham en 1971 et 1972. A ce moment, son fondateur avait regagné son Australie natale, laissant place à un certain Bernie Ecclestone. Graham ne se remit jamais réellement de son grave accident fin 1969 à Watkins Glen et Bernie ne s'entendit jamais avec l'éclectique Britannique. Lorsque le grand argentier commença à faire le ménage, Hill fit ses valises dans l'anonymat : six points marqués en deux saisons.

Au moins, lorsque la flamme commença à s'éteindre, James Hunt n'insista pas autant. On pourrait cela dit émettre l'argument selon quoi l'Anglais aurait pu arrêter dès 1978. McLaren avait entamé sa descente et James n'était pas un meneur d'hommes. Partant de là, son passage chez Wolf en 1979 ne pouvait qu'être une anecdote dans sa carrière. Le pilote était démotivé et l'équipe était sur la pente descendante après une brillante entrée en matière deux ans plus tôt. Ce n'était donc pas si surprenant de voir Hunt planter son team après Monaco. Si son nom fut mentionné au moment de remplacer Patrick Depailler chez Ligier, il ne coiffa plus jamais son casque. La BBC se fit une joie de l'accueillir en cabine l'année suivante.

Mariage à l'italienne ?

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On l'a compris : un contrat a une valeur toute relative, cela ne date pas d'hier. On se passait même de toute considération administrative durant les premières années de la Formule 1. Aussi, certaines équipes n'étaient prêtes qu'en cours de saison. C'est ainsi que l'on retrouve Juan-Manuel Fangio champion en 1954 en ayant piloté pour Maserati et Mercedes. Cas unique qui ne devrait pas se reproduire de sitôt.

Mais la marque allemande n'était pas seule à prendre le train en marche cette année-là. Lancia souhaitait se mêler à la lutte mais son projet prit tellement de retard que la D50 ne débuta qu'à la dernière course ! En attendant, son leader désigné, Alberto Ascari, dut piloter pour les rivaux italiens qu'étaient Ferrari et... Maserati. En effet, le champion 1952-1953, pilote illustre de la Scuderia, a brièvement collaboré avec la marque au trident. Hélas pour lui, il abandonna lors de ses deux tentatives.

Et Ferrari alors ? Nous connaissons tous les grands pilotes ayant piloté pour le Commendatore et ses disciples, n'est-ce pas ? Certains ont poliment repoussé leurs avances tels que Jackie Stewart. D'autres sont restés fidèles à leur équipe favorite comme Jim Clark ou Mika Hakkinen. Mais en 1962, une curieuse alliance devait se former entre Ferrari et.. Stirling Moss. Le bien nommé "champion sans couronne" fut le seul à avoir vaincu les 156 à nez de requin l'année précédente sur une Lotus privée. Considéré alors comme le meilleur pilote du plateau, l'Anglais s'arrangea avec Ferrari afin de conduire une 156 sous l'égide du mécène Rob Walker, tout en obtenant un soutien financier et technique de l'équipe italienne. Une Ferrari parée d'un vert anglais, tout à fait !

Hélas, l'accident de Moss à Goodwood avant l'ouverture de la saison mit un terme à sa carrière. Cette association ne vit ainsi jamais le jour...