Nico Hülkenberg est désormais le pilote au plus grand nombre de Grands Prix sans podium. Une statistique doublement injuste dans le sens que Nico mérite largement un Top 3 et que d'autres pilotes aussi bien placés ou talentueux que lui (voire moins) ont eu cette chance.

Il faut le répéter : la Formule 1 n'a pas pour vocation d'être juste. Si elle garde une certaine logique en récompensant les meilleurs pilotes la majorité du temps, la glorieuse (?) incertitude du sport vient apporter son grain de sel. On compte aussi bien des pilotes méritants mais ayant obtenu leur place sur un podium via les circonstances de course, ou des bonhommes moins fringants mais dont l'effort a été justement récompensé ne serait-ce qu'une fois.

En France, on n'a pas de pétrole mais on a des pilotes

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En France, nous comptons bon nombre de pilotes dont le palmarès ne reflète pas le talent. Jean Alesi et Jean-Pierre Jarier en sont des exemples presque légendaires. Mais cela est aussi vrai pour Johnny Servoz-Gavin et Henri Pescarolo. Le premier avait de l'or dans les mains (et les pieds) puisqu'il mena le Grand Prix de Monaco 1968 dès sa deuxième course !
Il frotta assez vite les rails mais il avait surtout laissé sa marque au sens figuré. Le podium de Monza la même année n'était donc pas une performance, quand bien même les arrivées au temple de la vitesse étaient souvent hasardeuses. Etant plus bohème que professionnel, il préféra jeter l'éponge courant 1970, encouragé en ce sens par une blessure à l’œil et sa non-qualification à Monaco.

C'est justement en Principauté qu'Henri Pescarolo monta sur son seul podium. On tend à l'oublier à cause du final mémorable (Jack Brabham partant à la faute au dernier virage), mais la carrière de « Pesca » en F1 est elle aussi passée au second plan. Il est vrai que son nom va de paire avec Le Mans mais en F1, Matra lui avait fait confiance pour remplacer Jackie Stewart, rien que ça. Celui-ci avait déserté car sa confiance envers le V12 Matra était limitée. L'avenir lui donna raison, aussi mélodieux qu'était le son du bloc français. Les points furent rares et Matra se sépara même de Pescarolo pour lui préférer Chris Amon. Plus jamais le barbu ne retrouva de meilleur volant en F1.

Faire Grâce d'un podium...

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Il était question de Monaco et ce n'est pas innocent. Le circuit a toujours été un cauchemar pour les mécaniques et pilotes trop impétueux ou à l'endurance limitée. Il s'agissait donc d'un terrain de chasse privilégié pour les seconds couteaux. L'édition 1968 en propose un témoignage édifiant. Le plateau était déjà fort réduit : l'argent manquait déjà et les manifestations de mai n'ont clairement pas aidé quant au ravitaillement. Ajoutez à cela une purge aboutissant à seulement cinq pilotes en course après dix-sept tours et voilà le résultat !

Richard « Dick » Attwood devint ainsi le seul rival de Graham Hill pour la victoire. Ce qui n'était pas rien quand on connaît le goût du champion pour Monaco. Dick se démarqua par un intérim réussi en ces lieux douze mois après avec la quatrième place sur Lotus. Mais en 1968, il n'était pas le seul invité surprise au Top 3. Lucien Bianchi (grand-oncle de Jules) complétait le tableau à quatre tours sur une Cooper en fin de vie. Il n'eut hélas guère le temps de rééditer l'exploit, un accident au cours des essais des 24 Heures du Mans (qu'il avait remportées des mois après Monaco) l'ayant fauché bien trop tôt.

Lotus fané...

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Attwood avait remplacé Jochen Rindt, blessé en Espagne. A ce moment, Jim Clark n'était plus des nôtres. L’Écossais était incontestablement le meilleur pilotes des années 60 et les premiers à avoir souffert de son talent étaient ses équipiers. Aucun ne fit illusion mais chacun eu droit à leurs podiums isolés.  Trevor Taylor est probablement celui qui a le plus pâti de la comparaison. Il finit deuxième à Zandvoort en 1962... pour ne marquer qu'un seul point en 1963. Au moins s'était-il sorti vivant de cette époque cimetière.

Arriva Peter Arundell qui commença fort avec deux troisième places pour ses deux premières courses. Il fallut attendre un certain Lewis Hamilton 43 ans plus tard pour faire mieux ! Hélas un grave accident l'éloigna des circuits pour le reste de l'année. Il ne retrouva plus jamais le même élan mais lui aussi vécu jusqu'aux années 2000. Son remplaçant Mike Spence n'eut pas cette chance. L'Anglais fut une des victimes du printemps-été meurtrier de 1968 lors d'essais à Indianapolis. Il marqua plus de points que ses prédécesseurs au volant de Lotus privées ou chez BRM mais se contenta d'un podium : troisième lors de la clôture à Mexico en 1965.

Successeurs par défaut

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Jackie Olivier dut lui remplir une plus lourde tâche en 1968 : remplacer Clark, tout "simplement". Bien entendu la fragilité des Lotus n'aidait pas, la patience limitée de Colin Chapman non plus. Lui aussi finit sur la dernière marche au Mexique et parvint à doubler la mise au Canada en 1973 sur Shadow. Une course marquée par la première apparition du Safety Car... qui se plaça devant le mauvais leader. Il fallut attendre plusieurs heures avant de connaître le vrai vainqueur... Oliver allait plus tard se faire connaître en tant que fondateur d'Arrows. Son équipe parviendra à monter plus souvent sur le podium mais jamais sur la plus haute marche.

Reine Wisell devint lui le successeur de Jochen Rindt fin 1970, après avoir croisé le fer en formules de promotion avec son compatriote Ronnie Peterson. Il fallait convaincre d'entrée de jeu pour conserver sa place et c'est ce qu'il fit à Watkins Glen. L'épreuve consacra son équipier et futur champion Emerson Fittipaldi mais il accomplit son travail avec la troisième place, apportant donc sa pierre à l'édifice quant au titre constructeur de Lotus. Reconduit pour 1971, il essuya les plâtres du modèle 56B à turbine et ne parvint pas à rééditer cette performance. Deux quatrième places – à Kyalami et en Autriche – ne furent pas suffisantes et Wisell céda son volant. Il rejoignit BRM en 1972 mais avec quatre à cinq châssis alignés par l'écurie à chaque course, aucun espoir n'était permis.

Parkes and recreation

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Ferrari eut aussi affaire à des remplaçants en réaction de la perte (provisoire ou définitive) d'un des leurs. Si les podiums de Mika Salo en 1999 sont encore présents dans l'esprit de certains passionnés, ceux de Mike Parkes en 1966 sont déjà plus confidentiels. Pourtant, l'intérimaire anglais – remplaçant John Surtees, en bisbille avec l'équipe – a fait mieux que Salo, avec deux deuxième places... et la pole à Monza ! Comme Mika, la victoire lui était destinée et comme Mika, une consigne d'équipe le priva de sa plus belle et seule occasion... Plus tôt dans l'année en France, Parkes ne pouvait concurrencer le futur champion Jack Brabham. Reste qu'avec deux podiums en six courses, c'est un meilleur ratio que bon nombre de champions du Monde !

Hans-Joachim Stuck, fils du grand champion d'avant-guerre du même nom, ne peut s'en vanter. Sa carrière fut plus longue (74 épreuves disputées) et il la partagea entre March, Brabham, Shadow et ATS. 29 points marqués en tout, dont huit via ses deux podiums en 1977. Cette année-là, il remplaçait le défunt Carlos Pace et le moteur Alfa Romeo le laissa relativement tranquille en comparaison d'autres millésimes. Le premier podium intervint à domicile, à Hockenheim, avant de doubler la mise coup sur coup en Autriche. Il ne sera pas le seul à prendre les observateurs de court en ces lieux. C'est ce jour-là qu'Alan Jones offrit à Shadow son seul bouquet. Équipe que Stuck rejoignit l'année suivante... et ne marqua que deux points avec. Pas mieux chez ATS...