Nico Hülkenberg est désormais le pilote au plus grand nombre de Grands Prix sans podium. Une statistique doublement injuste dans le sens que Nico mérite largement un Top 3 et que d'autres pilotes aussi bien placés ou talentueux que lui (voire moins) ont eu cette chance.

K.O par chaos ?

Bien entendu, les courses hécatombes sont parmi les meilleurs exemples en terme de podium surprise. Monaco 1968 et ses cinq voitures le démontre mais Jarama recueillit le même nombre de survivants. Il faut dire qu'avec seulement 13 pilotes au départ (record à battre), c'était déjà moins surprenant. C'est ainsi qu'avant Bianchi, c'est Brian Redman qui récupéra la troisième place sur Cooper. Comme Pescarolo, Redman s'est mieux démarqué en Endurance (12 Heures de Sebring, 24 Heures de Daytona...) et fit surtout office d'intérimaire en F1, chez McLaren entre autres.

Quatre ans plus tôt, le premier Grand Prix d'Autriche eut lieu. Qu'il se déroule sur l'aéroport militaire de Zeltweg fut mortel pour bon nombre de suspensions. Lorenzo Bandini en tira parti avec sa seule victoire et Bob Anderson fit de même pour son seul podium. Ce nom ne resta pas dans les annales faute d'avoir reproduit cette performance. Il fit usage d'une Brabham-Climax privée durant presque toute sa carrière, marqua un point ou deux par-ci par-là et perdit la vie en essais en 1967.

Après un intérimaire et un adepte des monoplaces privées, voici la combinaison des deux avec John Love. Le Rhodésien (Zimbabwe aujourd'hui) courut exclusivement au Grand Prix d'Afrique du Sud et en dépit d'un matériel dépassé et d'un âge avancé (42 ans), Love fut proche de remporter l'édition 1967 ! La chaleur et l'altitude de Kyalami n'aidaient pas, encore moins avec des monoplaces à peine rodées en ce... 2 janvier ! Seule une panne d'essence le relégua deuxième derrière Pedro Rodriguez, lui-même diminué par des soucis de boîte. Il faut dire que personne n'échappa aux avaries ce jour-là.

Autriche en péripéties

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Pour rester dans les classements incongrus, il faut reparler de l'Osterreichring. L'ancêtre du Red Bull Ring s'est fait une spécialité pour couronner des vainqueurs spéciaux mais les pilotes qui les accompagnaient sur le podium n'étaient pas moins surprenants. Outre Stuck déjà abordé, on eut droit à une démonstration dès l'inauguration en 1970. Si le doublé Ickx-Regazzoni ne prit personne de court, le podium de Rolf Stommelen était déjà plus étrange. Débutant avec une équipe sur le point de perdre son fondateur et surtout recruté pour son sponsor, l'Allemand fit de la figuration. Connu tragiquement pour son accident de Montjuich 1975 sur une Hill dépourvue d'aileron arrière, Stommelen mit ici un point d'honneur à finir troisième après être parti dix-huitième, alors que 15 monoplaces virent l'arrivée. Un podium qui n'est donc pas tombé du ciel.

L'année suivante, on ne pouvait toujours pas parler d'hécatombe (12 voitures classées) mais bon nombre de favoris renoncèrent avant l'heure. C'était donc au tour de Tim Schenken de rappeler son nom au bon souvenir de tous, finissant troisième après être parti septième. Australien comme les Webber, Jones et autres Ricciardo, il est le seul wallaby à être monté sur le podium sans avoir remporté de course. Il avait d'autant plus de mérite qu'à ce moment, Brabham était en chute libre et Ecclestone n'avait pas encore repris les reines. Quand il le fit, Schenken était déjà parti chez Surtees, ce qui ne lui réussit pas : deux points marqués en tout et pour tout après son podium.

(Forgotten) stars and stripes

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Et chez les américains alors ? Phil Hill et Mario Andretti ont eu leur titre mondial, Dan Gurney et Richie Ginther resteront des vainqueurs de Grands Prix mais n'oublions pas d'autres talents méritants. Mark Donohue est un de ceux-là. Grand pilote de l'autre côté de l'Atlantique (vainqueur des 500 Miles d'Indianapolis en 1972), il gagna la confiance de Roger Penske pour se lancer en Formule 1. Son one-shot sur une McLaren privée en 1971 le propulsa troisième à Mosport mais les monoplaces alignées par son ami étaient loin d'être aussi performantes. Puis vint l'Autriche en 1975 où une crevaison le fit heurter un panneau publicitaire. Une hémorragie interne en résulta, privant les USA d'une de ses étoiles.

Entre temps, une autre équipe rouge-bleue-blanche avait sauté le pas, bien qu'elle passa sous licence britannique par la suite. Il est question de Shadow, qui égaya la F1 de 1973 à 1980 grâce à son fondateur Don Nichols (récemment décédé). Dès la deuxième course, l'équipe eut droit à son premier podium via la troisième place de George Follmer, champion de Can-Am en 1972 (compétition d'Endurance nord-américaine fréquentée par de nombreux pilotes de F1, passés ou présents). Si Shadow eut droit à d'autres Top 3, Follmer ne goûta plus jamais au champagne, quittant d'ailleurs la F1 en fin de saison.

Ferrari voit jaune

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Quand on pense à un pilote belge sur Ferrari, Jacky Ickx est pratiquement le seul nom qui vient à l'esprit. C'est oublier que la Scuderia avait souvent droit dans les années 50 à des voitures privées peintes en jaune, couleur de la Belgique en sport auto. On vit donc des pilotes du plat pays se dépenser pour l'Italie. Le pilote-journaliste Paul Frere finit deuxième à Spa en 1956... alors qu'il ne devait qu'écrire sur le Grand Prix à l'origine ! Il souhaitait tester la voiture pour son papier, profitant de l'absence de Luigi Musso et comme il s'était bien débrouillé... Comme si cela ne suffisait pas, il rempota les 24 Heures du Mans en 1960. Qu'un virage de Spa-Francorchamps soit rebaptisé en son nom après sa mort en 2008 n'était que justice.

Frere conquit la victoire en collaboration avec un autre belge Ferrariste, Olivier Gendebien. Celui-ci bénéficie d'un palmarès encore plus enviable : trois victoires aux 12 Heures de Sebring et quatre victoires au Mans ! Autrement dit, il était le recordman de l'épreuve et le resta 18 ans avant Jacky Ickx. Il ne monta jamais sur la plus haute marche en F1 mais il ne chôma pas avec la troisième place en Belgique et la deuxième en France en 1960. Ceci sur une... Cooper privée. Vu la domination de Jack Brabham avec le moteur arrière, il fallait bien opter pour ce matériel pour se distinguer. Et comme Frere, il connut le bonheur de survivre à cette époque meurtrière.

Témérité ou Courage ?

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Piers Courage et Tom Pryce en savent quelque chose. Ces deux jeunes talents auraient sans aucun doute plus de podiums à leur palmarès sans une fin tragique. Courage est le pilote Williams original : c'est avec lui que Frank s'est lancé en 1969. Il tira le meilleur parti d'une Brabham privée avec la deuxième place à Monaco puis à Watkins Glen. L'avenir lui tendait les bras mais la De Tomaso choisie pour 1970 était aussi inconduisible qu'il était talentueux. Il en paya le prix fort à Zandvoort. Beaucoup attribuent la fraîcheur de Frank Williams envers ses pilotes à ce drame personnel.

Tom Pryce fut lui de l'aventure Shadow en compagnie de Jean-Pierre Jarier et en remplacement du défunt Peter Revson. Comme Jarier en 1975, il se qualifia superbement à l'occasion – deuxième à Monaco, en pole à Silverstone – mais contrairement à Godasse de Plomb, sa monoplace tint la distance pour un podium. Alors que Vittorio Brambilla s'imposa en Autriche en rectifiant sa March après coup, Pryce finit troisième sous les torrents qui frappèrent l'Osterreichring ce jour-là. Il ne marqua que la moitié des points – course arrêtée bien avant la distance réglementaire – mais eut droit au vrai total au Brésil en 1976. Il passa également proche en Angleterre et aux Pays-Bas.

Puis vint Kyalami 1977 et l'un des plus horribles accidents de la F1. Pryce finit en effet décapité par l'extincteur d'un commissaire qui traversait la piste... pour s'occuper de la monoplace de son équipier. Pour le coup, la F1 s'est montrée particulièrement injuste...