Nico Hülkenberg est désormais le pilote au plus grand nombre de Grands Prix sans podium. Une statistique doublement injuste dans le sens que Nico mérite largement un Top 3 et que d'autres pilotes aussi bien placés ou talentueux que lui (voire moins) ont eu cette chance.

D'Italie à litanie

Cela s'est constaté à peu près à chaque décennie. Cela dit, les années 80 se démarquent davantage de par leur plateau extrêmement relevé... et leur grand nombre de pilotes italiens ! Les transalpins ont proprement envahi les grilles des eighties, ceci avec des fortunes diverses. Les Patrese, Alboreto et De Angelis sont des vainqueurs de Grands Prix et à juste titre. Les De Cesaris, Modena et Pirro, à l'image de Hulkenberg, méritaient mieux. D'autres ont fait davantage acte de présence pour mieux surgir quand on s'y attendait le moins.

Bruno Giacomelli fut de ceux-là. Personnalité décalée (il fit mine d'apprendre à ses collègues comment fabriquer une bombe artisanale durant la grève de Kyalami 1982 !), il est surtout connu pour avoir été fidèle d'Alfa Roméo lors du retour du constructeur italien. Il contribua par conséquent à leur donner leurs rares heures de gloire avec une pole à Watkins Glen en 1980 et un podium à Las Vegas en 1981. Sauf qu'il s'agissait de la finale du championnat et les projecteurs n'étaient pas projetés sur "Jack O' Mailey". Ces performances furent disparates tant la monoplace manquait de fiabilité, l'empêchant donc de capitaliser davantage. Ce ne fut pas mieux chez Toleman en 1983, sans parler du retour fantôme chez Life en 1990. A l'entendre, il pilotait même en "Formule Zéro"...

Pas "fabitué" au succès...

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Son compatriote Téo Fabi avait également essuyé les plâtres de la future Benetton en 1982. Sa meilleure chance de réussite survint en 1984 chez Brabham, l'équipe championne du monde en titre. Deux problèmes :  il combinait CART et F1 et il ne pouvait qu'être le faire-valoir de Nelson Piquet. Et de toute façon, le moteur BMW tenait la distance (presque) aussi peu souvent qu'un bloc Honda 2017. Reste une troisième place à Détroit mais avec seulement cinq voitures classées, il n'y avait pas tant à fêter ! Son retour chez Toleman lui donna sa première pole en Allemagne mais ce fut vraiment le seul fait marquant de sa saison.

Une fois l'équipe rachetée par Benetton, la fiabilité continua à poser problème mais il décrocha deux autres poles. Son deuxième et dernier podium survint en Autriche, une course marquée par trois départs suite à deux carambolages. Hélas, il souffrit de la comparaison avec Gerhard Berger et Thierry Boutsen, deux vainqueurs de Grands Prix, et il s'exila aux États-Unis par la suite.

Un podium et puis s'en va...

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D'autres transalpins se distinguèrent presque par erreur : Nicola Larini remplaça brièvement Jean Alesi, blessé aux vertèbres en essais privés, chez Ferrari et décrocha la deuxième place à Imola en 1994. Évidemment, en dehors des tifosi (et encore), personne n'y prêta attention... L'Italien eut surtout droit à de piètres Osella, Coloni et autres Lamborghini et il fut renvoyé par Sauber après un tiers de saison décevant en 1997. Il était aussi le pilote d'essais attitré de Ferrari avant l'arrivée de Luca Badoer et après le départ de Gianni Morbidelli.

Pour lui aussi, son seul podium fut un petit miracle puisqu'il se produisit en Australie en 1995 sur une Footwork-Hart qui ne valait pas ce classement. L'Italien a évidemment profité de l'hécatombe ce jour-là pour la dernière à Adélaïde. Néanmoins il était tout sauf ridicule chez Minardi et Footwork mais il se cassa le bras en essais chez Sauber peu après avoir justement remplacé Larini. Fin de carrière en F1 avant de se recaser en Tourisme, comme Larini là-aussi.

Enfin, si certains ont gardé en mémoire l'exploit frôlé d'Ivan Capelli en France en 1990, c'est oublier que son équipier et ami Mauricio Gugelmin tenait le rythme avant une casse moteur. Le Brésilien, protégé d'Ayrton Senna, signa quelques places d'honneurs en 1988 et finit troisième en 1989 à Rio pour la première... et dernière fois. Sa March Leyton House céda trop souvent pour qu'il améliore son score et la Jordan-Yamaha de 1992 était loin d'égaler les performances de la mythique 191 à moteur Ford. Ainsi s'acheva son parcours F1, d'où une seconde carrière aux États-Unis, comme d'autres brésiliens avant et après lui.

"Avec les honneurs !"

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Du côté français, nous comptons également des représentants oubliés par la majorité mais qui comptent un podium dans leur carrière. Philippe Streiff est surtout connu pour son accident en essais préliminaires à Rio qui le laissa paraplégique en 1989 mais il avait émergé du chaos à Adélaïde (encore) en 1985 pour finir troisième. Ceci non sans avoir accroché son équipier Jacques Laffite dans le dernier tour ! Il passa proche l'année suivante chez Tyrrell au même endroit avant une panne d'essence et fit quelques coups d'éclat chez AGS en 1988 comme au Canada où il menaça la Lotus de Nelson Piquet.

L'année suivante, Eric Bernard débutait, le même jour que son ami Jean Alesi. Il fut plutôt convainquant sur la Lola en 1990 (quatrième place à Silverstone) avant qu'un grave accident à Suzuka en 1991 ne l'éloigne deux ans des circuits. Comme pour Streiff, il obtint son seul podium pour Ligier, derrière son équipier et après une hécatombe. Comprenez à Hockenheim en 1994. Ce furent ses derniers points en F1 pour sa dernière année dans la discipline.

Dans l'ombre de Schumi...

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La même année, Jyrky Jarvi Lehto (JJ Lehto dans le milieu) avait vu sa trajectoire brisée en même temps que son cou suite à un accident lors des essais d'intersaisons. Dommage car le futur double vainqueur des 24 Heures du Mans avait un certain potentiel. Et refrain connu, il fut étouffé par le manque de vélocité de ses monoplaces. Son seul podium eut lieu à Imola en 1991, la pluie et les abandons aidant car sa Dallara avait déjà grand peine à rentrer dans les points. Sa Sauber de 1993 en était déjà plus digne mais il ne fit que passer proche, là aussi au grand Prix de Saint-Marin. Revenu prématurément en compétition avec Benetton, il luttait pour la dernière marche en Espagne avant de renoncer. Ce fut son dernier hourra.

C'est ainsi qu'il dut laisser place au débutant Jos Verstappen. Le père de Max fit un peu mieux que Lehto avec deux podiums dont un sur tapis vert (à Budapest et Spa). Hélas pour lui, c'était trop peu face à l'ogre Schumacher, ce qui marqua sa carrière jusqu'au bout. Bien qu'éclipsé par sa progéniture aujourd'hui, il bénéficiait d'une bonne réputation au début des années 2000. C'est d'ailleurs la pluie qui le propulsa sur le devant de la scène, notamment après l'orage frappant Sepang en 2001, où il se retrouva à lutter pour le podium à la régulière. Cela dit, à en croire Paul Stoddart, même la victoire était possible au Grand Prix du Brésil 2003 avant son tête-à-queue...