Jaguar en Formule 1 : donner sa langue au chat... (9/10)

Par |2019-07-12T12:17:07+02:00vendredi 12 juillet 2019|Formule 1|

Il y a 20 ans, Ford sautait enfin le pas et décidait de s'engager en tant que constructeur à part entière sous le nom de Jaguar, via le rachat de Stewart Grand Prix. Un projet qui promettait beaucoup mais qui aboutit au final à un des plus gros gâchis de l'histoire récente de la Formule 1. Pendant cinq saisons, Jaguar se fit plus remarquer par ses incessantes intrigues politiques que par ses performances en piste. Comment l'ancêtre de Red Bull Racing a pu échouer à ce point ?

C'est à nouveau en coulisses que l'équipe fit davantage parler d'elle. Il n'était un secret pour personne que le budget alloué par Ford était limité, empêchant la R5 de se développer convenablement. Les calculs de l'époque estimaient le budget de Jaguar comme le huitième du plateau, ne devançant que la moribonde Jordan et l'éternelle fauchée Minardi. Aussi, Purnell et Pitchforth étaient autant d'excellents techniciens que de piètres commerciaux.
Aucun sponsor majeur ne fut apposé sur les carrosseries, bien que des opérations promotionnelles cinématographiques eurent leur place provisoire sur les capots moteur, faisant la part belle à Terminator 3 à Silverstone en 2003 et Ocean's Twelve à Monaco en 2004. Le second nommé étant un film de braquage, un joaillier crut bon de s'associer au projet et d'insérer un diamant hors de prix dans le nez de la R5. Le coup de pub se transforma en coup de Trafalgar lorsque Klien finit dans le rail de l'épingle du Loews dès le premier tour. On ne retrouva jamais le diamant !

Pour ne rien arranger, leur sponsor-titre HSBC annonça son retrait en fin d'année. La présence de Jaguar en 2005 devint de plus en plus incertaine et ses patrons ne s'en cachaient pas. Deux hypothèses de reprise s'affrontèrent au cours de l'été : celle de Red Bull, qui détiendrait enfin l'équipe dont le fabricant de boissons rêvait depuis belle lurette ; ou celle de Ford, qui reprendrait l'équipe sous son propre nom pour ne plus tâcher l'image de sa marque de luxe.
Dans un premier temps, les médias spécialisés crurent davantage à la seconde solution, à condition cependant de s'associer à d'autres bailleurs de fonds. Des investisseurs chinois semblaient sur le coup, on évoqua même une alliance avec le gouvernement local, ce qui aurait abouti à une équipe Ford China ! Mais tout bascula le 17 septembre 2004.

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Des soldes au destockage...

Juste avant le Grand Prix de... Chine, Ford fit une annonce qui bouleversa la Formule 1 : le constructeur se retirait complètement de la Formule 1. Non seulement il mettait Jaguar Racing en vente, mais également Cosworth, son associé motoriste de longue date. Un virage à 180°, passant d'un réengagement en nom propre à un départ complet. La raison était principalement pécuniaire, avec des résultats insuffisants pour Ford et Jaguar en termes de ventes et de chiffre d'affaires.
De quoi donner plus de voix aux financiers du groupe, justement des réfractaires du projet F1, qui ne voyaient pas l'intérêt d'un tel investissement pour trop peu de bénéfices, y compris avec une équipe Ford. Le constructeur était déjà engagé en NASCAR, bloquant de fait le marché américain où la F1 elle-même avait du mal à s'implanter, tandis que le WRC concentrait déjà beaucoup d'énergie et d'argent pour le secteur européen.

Aussi, le rapport de Parry-Jones fin 2002 prédisait des réformes en faveur de la réduction des coûts et une progression de l'équipe. Les premières se faisaient tarder tandis que la dite progression se transforma en stagnation, faute d'un budget suffisant. Le serpent qui se mort la queue en somme. Ce faisant, c'était tout le plateau F1 qui se retrouvait en danger, avec Jaguar en quête d'un repreneur et Jordan / Minardi qui n'avaient plus de motoriste ! Le spectre d'une troisième voiture pour les top teams revint hanter le paddock...

Dans ces conditions, difficile pour l'écurie de terminer sa saison avec sérénité. Après un Grand Prix du Japon où Webber dut renoncer à cause d'un cockpit surchauffé (!), Jaguar acheva sa carrière au Brésil de façon presque logique vu son histoire : par un accrochage entre ses deux pilotes ! Webber renonça tandis que Klien put réparer. Ses mécanos choisirent de marquer le coup en saluant leur monoplace de la main après qu'elle ait quitté son stand pour son dernier ravitaillement.

Avant l'annonce de vente de Jaguar, John Hogan, le directeur commercial, avait déjà quitté le navire. Son aveu d'échec auprès du journaliste Gérard Crombac fut limpide « J'ai compris qu'une très grande société est incapable de gérer une équipe de F1 ». Ceci aurait pu servir d'épitaphe. Heureusement, l'histoire connut un nouveau chapitre bien plus heureux, non sans une transition pour le moins déconcertante.

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Red Jaguar

Déjà Cosworth et Pi Research trouvèrent rapidement des repreneurs en la personne de Kevin Kaikhoven et Gerry Forsythe, alors responsables du ChampCar (ex CART, actuel IndyCar). Minardi put garder les blocs anglais tandis que Jordan s'associa plutôt avec Toyota. Pour ce qui est de Jaguar, Red Bull revint à la charge, en dépit d'un premier projet de rachat partiel rejeté quelques mois plus tôt par le conseil d'administration de Ford !
Au 15 novembre, échéance pour l'engagement au championnat 2005, la reprise fut validée et Jaguar devint Red Bull Racing, pour un dollar symbolique mais avec la promesse d'un investissement de plus de 300 millions d'euros pour les trois prochaines années. Ford échappa ainsi à de lourdes indemnités de licenciement et de cessation d'activité, de quoi garder la face auprès des financiers.

Presque tous les membres déjà présents furent conservés, y compris les patrons Tony Purnell et David Pitchforth, en tant que directeur général et directeur du management respectivement. Une charge politique et stratégique pour l'un, un travail de gestionnaire pour l'autre, toujours dans cet esprit de répartition des tâches. On pariait donc sur une douce transition, avec un sponsor bien au fait des intrigues de ce sport et souhaitant avancer pas à pas.
Une voiture hybride aux couleurs de la célèbre canette commençait déjà à limer le bitume avec l'expérimenté David Coulthard embauché pour seconder les purs produits Red Bull qu'étaient Christian Klien et Vitantonio Liuzzi. On comprit assez vite que les deux allaient se partager le second baquet, ce qui n'était pas nécessairement la solution la plus confortable.

S'il s'agissait de la seule excentricité, les inquiétudes seraient marginales. Mais en début d'année 2005, Red Bull procéda à un remue-ménage qui donna l'impression que Dietrich Mateschitz avait volé trop près du soleil !

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