Si les générations précédentes se sont habituées à retrouver Riccardo Patrese ou Rubens Barrichello année après année, les fans d'aujourd'hui auraient du mal à imaginer un plateau de Formule 1 sans Jenson Button. Et pourtant, c'est ce qu'il se passera en 2017, non sans que le Britannique ait franchi la barre des 300 Grands Prix. Une carrière faite de hauts et de bas, de périodes noires comme de succès.

Jenson Button est aujourd'hui le vétéran mais c'est oublier les circonstances de son arrivée en 2000 chez Williams. Certes, il n'était pas le premier jeune à faire le saut de la F3 Britannique à la Formule 1. Ayrton Senna et Mika Hakkinen furent de glorieux exemples. Reste qu'en comparaison de ses aînés, Button disposait d'une expérience somme toute limitée. De plus, à 20 ans seulement, qu'en était-il de sa maturité ? A cette époque, seuls cinq pilotes avaient entamé leur carrière à un âge moins avancé. En 2016, Button n'est plus que 12è au rang des plus jeunes pilotes ayant pris part à une course...

"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années..."

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Sa première saison fut très convaincante avec une dizaine de points engrangés mais Williams souhaitait lancer Juan-Pablo Montoya. Pas grave, Flavio Briatore n'était que trop content de récupérer un tel talent chez Benetton. Problème, Button ne fit pas honneur à sa réputation avec une deuxième saison cauchemardesque. Le moteur Renault avait besoin de rodage, son équipier Giancarlo Fisichella savait tirer le meilleur parti d'une situation difficile et Button semblait moins concentré sur son pilotage. Une blessure à l'épaule en début de saison n'arrangea rien. Heureusement, il se reprit en main et redora son blason en 2002 avec Renault officiellement de retour. Il mena d'ailleurs la vie dure à Jarno Trulli, autre talent bien estimé.

Sauf qu'encore une fois, l'équipe avait d'autres plans pour un autre pilote. En l'occurrence Fernando Alonso, ironiquement son dernier équipier... La presse s'éructa, aussi bien celle britannique que française. Il est vrai que le potentiel de l'Espagnol était encore incertain à ce moment. Button se recasa chez BAR-Honda, pour une nouvelle série de montagnes russes en matière de performances. D'un côté, il s'imposa face à Jacques Villeneuve, en disgrâce avec son patron, puis face à Takuma Sato, audacieux mais irrégulier. De l'autre, BAR ne connut qu'une vraie bonne saison sur trois.

2003 fut mitigé avec une fiabilité encore aléatoire et des Bridgestone en difficulté là où 2004 remit Jenson sur le devant de la scène. Il décrocha sa première pole à Imola et son premier podium à Sepang, sans frôler la victoire à Monaco face à Trulli. Sa remontée de treizième à deuxième à Hockenheim en dépit d'un casque l'étranglant en fin de course fut aussi saluée. Dix podiums en tout et meilleur des non-Ferrari au championnat, Button chuta à nouveau en 2005, sa BAR n'étant plus au niveau. Pour ne rien arranger, l'équipe fut impliquée dans une affaire de tricherie après avoir caché l'existence d'un double réservoir, afin de rouler sous le poids minimum en course. BAR fut exclu pour deux courses et Honda finit par absorber l'équipe.

Après la pluie, le beau temps

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Tout devait s'arranger à partir de là non ? Oui et non ! Oui dans le sens que Button obtint enfin sa première victoire en Hongrie, sous la pluie, après être remonté de la quatorzième place. Non dans le sens que Honda ne fut que la quatrième force du plateau en 2006 et que le constructeur ne fit que de la figuration les deux années suivantes... Sans réel sponsor (une livrée écolo fut choisie en conséquence), avec un moteur ayant perdu de son souffle et des monoplaces pataudes, nul n'y pouvait rien. Avec neuf points en deux ans, tout le monde avait oublié à quel point Button pouvait briller. On parlait même d'espoir gâché lorsque Honda se retira, laissant penser que l'Anglais ne retrouverait pas de baquet et ne remporterait plus de course. Encore moins un championnat...

C'est là que la Formule 1 décida d'agiter sa baguette magique. Ross Brawn reprit l'équipe à son compte, adopta un Mercedes en complément d'une monoplace très réussie en soi et conserva le duo Button-Barrichello. Résultat : première ligne et doublé pour l'entame en Australie ! Button aligna même six victoires en sept courses ! Un conte de fée que seul la F1 peut imaginer... Si la deuxième moitié fut plus pénible avec l'opposition de Red Bull et Sebastian Vettel, Button fit parler l'expérience et la régularité. Ainsi, au Brésil, il finit cinquième et put entoner "We are the champions" à la radio.

Du gris clair au gris foncé

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L'ironie du sort, c'est qu'il fallait désormais convaincre après coup. Son titre fut acquis dans des circonstances favorables, laissant certains observateurs dubitatifs. L'opposer à Lewis Hamilton chez McLaren était donc idéal. Or, si Hamilton prit le plus souvent l'avantage, Button fut loin d'être ridicule, au contraire. Il affirma même un talent certain pour la stratégie et le pilotage sur piste humide, comme le prouvèrent ses victoires en Australie et en Chine en 2010.

2011 fut son paroxysme puisqu'il finit dauphin d'un intouchable Vettel. Outre une nouvelle belle composition sous la pluie en Hongrie (pour sa 200è course), son chef d'oeuvre restera à jamais Montréal. Après moult péripéties (dont un accrochage avec Hamilton), Button se retrouva dernier à trente boucles du drapeau à damier. Grâce à l'une ou l'autre Safety Car, un pilotage inspiré et des choix de pneus judicieux, il se retrouva en tête sur la ligne d'arrivée ! Enfin, il reste à ce jour le dernier vainqueur pour McLaren lors du final de 2012 à Interlagos.

En effet, s'il resta fidèle à l'équipe de Ron Dennis, l'équipe tomba de Charybde en Scylla. 2013 comme 2014 furent quelconques à cause de monoplaces restant accrochées aux places d'honneur. Lâchant Mercedes, trop concentré sur sa propre équipe, McLaren renoua avec Honda pour le meilleur et pour le pire. 2015 fut une saison d'essai grandeur nature avec une flopée de pénalités moteurs (une cinquantaine de places de pénalité en Belgique et au Mexique !). Button ne baissa pas les bras pour autant et l'équipe lui doit ses premiers points à Monaco. Il devança même son équipier Fernando Alonso au classement final, si bien qu'il fut reconduit pour 2016.  Des performances solides comme en Autriche ou en Allemagne ont prouvé qu'il avait toujours sa place.

Tout est bien qui finit bien ?

Mais pour la troisième fois de sa carrière, l'équipe doit privilégier l'avenir. Stoffel Vandoorne n'allait pas attendre plus longtemps et Button n'avait plus rien à gagner. S'il parle d'année sabbatique, l'exemple de Mika Hakkinen a démontré que la retraite semblait la meilleure option. Mais après tout, ce ne serait pas la première fois que Jenson Button reviendrait de nulle part !