En 1998, l'équipe Jordan a connu son heure de gloire au cours du Grand Prix de Belgique. Le doublé Damon Hill-Ralf Schumacher marquait la première victoire de l'équipe jaune après une attente record. Un exploit qui tend à rejeter dans l'ombre les autres belles performances de Jordan sur le tracé de Spa-Francorchamps, y compris celles sous sa forme la plus récente.

1991, vertes mais pas assez mûres

Jordan avait donné le ton dès son entrée en matière en 1991. La superbe 191 à la robe verte détonnait par d'excellentes performances en dépit d'un budget limité. Au point que même l'erratique Andrea De Cesaris limite ses détours hors-piste d'ailleurs. De son côté, Bertrand Gachot fit lever quelques sourcils en Hongrie lorsqu'il signa le meilleur tour en course, signe du potentiel évident du matériel à sa disposition.

Hélas pour lui il n'eut guère l'occasion d'en profiter davantage, la justice britannique le jetant sans vergogne en prison après une incartade avec un chauffeur de taxi londonien. Dommage car son équipier produit à Spa-Francorchamps le meilleur effort de sa carrière, remontant deuxième non sans quelques beaux dépassements sur des monoplaces pourtant plus rapides. Il semblait même capable de déborder la McLaren affaiblie de Senna. Son moteur Ford lâcha trois tours trop tôt. Le premier podium viendra plus tard.

Et son équipier alors ? Il avait disparu dès le premier tour mais avait déjà subjugué son équipe. La suite fait partie de l'Histoire...

1994, aux âmes bien nées...

1994, aux âmes bien nées...

@ F1-history.deviantart

1992 n'offrit rien de bon avec un Yamaha aux fraises tandis que 1993 semblait plutôt faire office de transition. On notera en ce millésime la fin de carrière de Thierry Boutsen, le belge stoppant à domicile au bout de 163 Grands Prix. Après une paire d'intérimaires, Eddie Irvine prit sa suite et sa première course se solda par deux récompenses : un point et un... poing de Senna, après avoir doublé deux fois le Brésilien malgré son tour de retard.

En parlant de brésilien, c'est l'équipier d'Irvine, Rubens Barrichello, qui participa surtout à la progression de son équipe. Du premier podium à Aïda, le protégé de feu Senna passa à la première pole position à Spa-Francorchamps. S'il profita d'une piste s'asséchant en fin de première séance – et d'une deuxième session copieusement arrosée – il reste le précurseur d'une carrière jalonnée d'exploits humides. A ce moment, Barrichello devenait le plus jeune poleman de l'histoire, neuf ans avant Fernando Alonso et douze après... Andrea De Cesaris. Le monde est petit.

Barrichello ne concrétisera hélas pas en course, sortant de la piste à la mi-course.

1997, le serpent aux dents longues

1997, le serpent aux dents longues

@ F1-history.deviantart

1995 vit Irvine sortir en toute décontraction d'un incendie et 1996 fut des plus insignifiants. 1997 corrigea tout cela avec la meilleure performance d'une Jordan jusqu'alors. Frappée d'un serpent particulièrement graphique, complétant une robe jaune devenue mythique, la 197 parvint à se hisser au deuxième rang grâce à Giancarlo Fisichella. Déjà auteur d'un podium au Canada – futur terrain favori du pilote – l'Italien sut monter au créneau aussi bien sur piste détrempée que sur tarmac sec.

Certes, Michael Schumacher avait écrasé toute concurrence avec la vista qu'on lui connaît dans ces conditions. Mais Fisichella avait prouvé en dépit de son inexpérience qu'il pouvait viser plus haut. Il se mit d'ailleurs souvent en valeur sur ce tracé par la suite. A côté, son équipier et frère du vainqueur avait quitté la piste deux fois, la première durant son tour de mise en grille. Comme quoi, Grosjean n'est pas seul !

1999-2000 : Jordan chope le bourdon

1999-2000 : Jordan chope le bourdon

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Si Jordan ne fit jamais mieux que son doublé inaugural de 1999, l'équipe sut proposer une alternative convaincante douze mois plus tard. Un Heinz-Harald Frentzen à son meilleur s'assura la troisième place dès le premier virage et n'allait jamais être inquiété de toute l'épreuve. D'ailleurs la deuxième ligne était 100% jaune bourdon, Damon Hill ayant suivi son équipier. Un départ manqué l'éloigna de l'allemand mais il mit un point d'honneur à se rattraper. Littéralement puisqu'il finit sixième, marquant alors l'ultime unité de sa respectueuse carrière.

Un an après, Jarno Trulli l'avait remplacé et faisait alors comprendre qu'il fallait compter sur lui en qualifications. Après Monaco où il avait déjà frôlé la pole, il s'offrit une deuxième première ligne. Dans les deux cas, la pluie n'était même pas intervenue. Elle le fit en course, où Jarno-la-poisse fut rapidement éliminé par son futur équipier Jenson Button. Au moins Frentzen termina sixième, mais la chute de Jordan avait déjà commencé...

2005 : Jordan fait le mur

2005 : Jordan fait le mur

@ Wikipedia

En effet, cinq ans après, Jordan n'était déjà plus elle-même. L'équipe allait devenir Midland, du nom d'un consortium russe qui n'allait pas faire date. Autrement dit, il était illusoire d'attendre quelque chose, même à Spa, en dépit de la pluie.

Et pourtant, Jordan fit mentir les pronostics, une dernière fois. Conservant les bons pneus au moment propice – beaucoup chaussèrent les pneus secs avant l'heure – les deux pilotes payants qu'étaient Tiago Monteiro et Narain Karthikeyan défendirent leur place comme si leur carrière en dépendait. L'Indien s'offrit même un petit rodéo dans l'échappatoire des Combes. Le Portugais lui marqua son premier « vrai » point après le podium factice d'Indianapolis. Ce fut le tout dernier point de Jordan. Justice poétique.

2009 : Force Italia

2009 : Force Italia

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Depuis 2008 jusqu'à la fin de ce mois d'août, Jordan était connu sous le nom de Force India et suivait un pattern assez similaire, du rapport performances/budget exemplaire au financement toujours aléatoire. Sauf que (Racing Point) Force India n'a toujours pas gagné de course après une décennie d'existence. Pourtant en 2009, alors que l'équipe se satisfaisait de quelques Tops 10 isolés – juste avant que le barème de points ne s'y étende – elle put ici savourer une pole position ! Giancarlo Fisichella tira le meilleur parti d'une voiture particulière efficace sur les circuits à faible appui et se rappela au bon souvenir de tous.

La course ne lui rendit que partiellement justice, tel Hill en Hongrie 1997. Dépassé par la Ferrari de Kimi Räikkönen gonflée au KERS, il n'allait jamais pouvoir le déborder, privé de cette technologie encore nouvelle. Ironie suprême quand on sait qu'il avait dépassé ce même Räikkönen à un tour près à Interlagos en 2003 pour sa première victoire. Avant que le Finlandais ne fusille sa réputation à la dernière boucle de Suzuka 2005. Et comme la F1 manie l'humour noir comme personne, Fisichella réalisa son rêve - en 2009 - en pilotant pour Ferrari dès la prochaine épreuve... et ne marqua plus aucun point.

A noter que Force India se battait déjà face à l'adversité financière, faisant notamment l'objet de factures impayées envers Mercedes... En attendant, l'équipe reste sur neuf arrivées consécutives dans les points à Spa-Francorchamps depuis ce beau jour de 2009. Pour une dixième spéciale sous sa nouvelle identité ?