Si Ferrari a construit une partie de son prestige autour de son implication en Formule 1, on ne peut pas en dire autant de Lamborghini. Le constructeur au taureau n’a fait que passer dans la discipline, mais n’a jamais réussi à faire trébucher le cheval cabré…

Une certaine rivalité oppose Lamborghini et Ferrari depuis que Ferruccio Lamborghini ait remis en cause la bonne tenue de route d’un véhicule frappé du cheval cabré. Ce à quoi le Commendatore Enzo Ferrari répondit « Tu sais conduire un tracteur, mais tu ne sais pas conduire une Ferrari« . Ainsi, Lamborghini décida de répondre à son rival en construisant ses propres véhicules. Mais il a fallu attendre 1989 pour que la marque de Bologne défie celle de Maranello. Quoique défier reste un bien grand mot. Lamborghini choisit de ne pas concevoir de châssis, s’alliant ainsi avec l’équipe Larrousse pour étrenner son V12.

Pourtant, il y avait des raisons d’espérer. Le constructeur italien pouvait compter sur Mauro Forgheri, une des pierres angulaires de la Scuderia des années 70. Larrousse venait d’accueillir Gérard Ducarouge, l’homme ayant dessiné les dernières Lotus victorieuses des années 80. Enfin, 1989 marquait la fin des turbos et le retour à l’atmosphérique, remettant ainsi les pendules à zéro pour la majorité des équipes. Reste que Lamborghini débutait, que Larrousse venait de perdre son associé Didier Calmels, emprisonné suite au meurtre de sa femme, et que les moyens de l’équipe restaient limités face aux géants, Ferrari compris.

Vache maigre

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Résultat, l’année 1989 fut une longue et frustrante saison de rodage. Les Larrousse virent rarement l’arrivée et durent même affronter les redoutées préqualifications en deuxième moitié de saison. Philippe Alliot marqua un seul point à Jerez et c’était tout. L’association avec un groupe japonais insufla un peu d’argent frais dans les caisses, d’où une saison 1990 plus satisfaisante. Aguri Suzuki se permit même de monter sur le podium à domicile, à Suzuka. Le problème, c’est que ce podium allait être le seul de la carrière de Lamborghini. Pire encore, l’équipe allait être déclassé du championnat constructeur. La FIA lui reprochait de ne pas être le fabricant de ses châssis, lesquels étaient en effet traités par Lola. Une information connue de tous depuis les débuts de l’équipe (1987) mais qui fut sanctionnée au pire moment.

Lamborghini de son côté, avait déjà pris son envol. La marque propulsait également Lotus en 1990 mais l’équipe était en pleine perte de vitesse et ne parvenait pas davantage à faire fonctionner le moulin transalpin. Ligier échoua aussi dans cette entreprise en 1991 avec un zéro pointé. Il faut dire que Lamborghini avait sauté le pas pour créer sa propre équipe. Manque de chance, l’association avec des entreprises mexicaines capota juste avant la présentation de la monoplace. La raison ? Le principal bailleur de fonds était en fuite pour trafic de drogue ! Un patron d’entreprise italien reprit la barque mais celle-ci coula en fin d’année, sans la moindre unité.

Larrousse revint à la charge en 1992 en association avec le constructeur français Venturi. Sauf que les performances restèrent désespérément faibles : un point, à égalité avec Minardi, autre équipe à brièvement éprouver le V12. Venturi plia bagage et Lamborghini insista une dernière fois en 1993, pour trois points marqués. En comparaison, même Ferrari semblait briller alors que la Scuderia traversait une des pires crises de son histoire, étant privée de victoire depuis trois ans.

McLamborghini ?

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Si le Lamborghini n’était pas exempt de tout reproche, il semblait aussi évident que seul un top team était en mesure d’exploiter cette lourde et large cavalerie. Minardi et Dallara (puis Lola) pouvaient en témoigner : ces équipes n’ont en rien progressé en dépit de la présence du V12 Ferrari. Il fallait donc convaincre une équipe de pointe. Cela tombait bien : McLaren cherchait à s’associer avec un constructeur…

L’équipe de Ron Dennis dut pallier le départ de Honda en optant pour un V8 Ford payant. Comble de l’affront, McLaren n’était même pas prioritaire dans le développement du moteur, Benetton étant l’écurie officielle de la marque de Detroit. Cela et l’explosion de l’électronique firent longuement hésiter Ayrton Senna, qui signa in extremis un contrat d’un million de dollars par course. Un montant astronomique pour l’équipe qui, comme le signala Dennis, n’allait évidemment pas servir au développement de la monoplace. Heureusement, la MP4/8 était une excellente monoplace et nul ne pouvait remettre en cause les efforts de Magic en piste. Reste qu’il fallait donc corriger le tir pour persuader ce dernier de rester à la maison.

Dennis signa donc un accord de principe avec Lamborghini, alors détenu par Chrysler. La marque s’attacha à concevoir un moteur spécialement adapté aux désirs de Senna, qui imposait déjà sa vision des choses chez Honda. Il fallut travailler dur pour bien intégrer le Lamborghini dans une monoplace à l’origine conçue pour un V8 mais McLaren avait les épaules assez larges pour cela. Senna put ainsi tester une MP4/8 modifiée, de même que son futur équipier Mika Hakkinen. Celui-ci évoqua une consommation trop importante et un bloc trop lourd. Celui-ci finit même par exploser en essais à Silverstone. Selon Mika, « c’était la plus forte explosion que j’ai jamais vue : des morceaux de moteur et de pistons volaient dans tous les sens ! ». Rassurant !

« En Espagne, on appelle ça une corrida ! »

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Il y avait néanmoins un fort potentiel et la monoplace allait en effet plus vite avec ce V12. Senna insista même pour la faire débuter en fin d’année 1993. Ron Dennis finit lui par changer d’avis. Peugeot avait réussi à le convaincre avec un V10 plus homogène, sur le modèle du rival Renault. De plus, le constructeur proposait un plan de financement plus intéressant. McLaren signa donc son contrat de quatre ans. Celui-ci allait être déchiré un an plus tard à force de voir le bloc au Lion éparpiller ses pistons… Entre temps, Senna était parti chez Williams.

Lamborghini quitta donc la F1 en toute discrétion, pour un passage qui tient davantage de l’anecdote. Reste à savoir si un autre ancien vétéran de Ferrari (Stefano Domenicali) fera revenir le constructeur au taureau pour laver son honneur.