A défaut de guetter une innovation technique notable dans les F1 actuelles, la grande question du fan au moment où les équipes présentent leur dernière monoplace est"Vont-ils changer la livrée ?". Si pour certains, la couleur doit rester telle qu'elle est, pour d'autres un urgent besoin de changement se fait sentir, d'où une vague de commentaires négatifs au moment où McLaren dévoila sa MP4/30.

Pourtant, les fans ne devaient pas être tant surpris que cela. Depuis 1997 et la fin de l'accord avec Marlboro, Ron Dennis privilégia trois couleurs : le noir, le blanc et le rouge. Les deux premières car celles-ci permettaient une meilleure lisibilité et la dernière pour relever le tout. On ne peut pas dire qu'il se soit trompé car la série des McLaren de 1997 à 2005 sont souvent citées au moment de classer les plus belles monoplaces existantes. C'est là la particularité de McLaren qui impose ses couleurs aux sponsors là où l'inverse est de mise dans la majorité des cas. A l'origine, West portait des couleurs identiques à celles de Marlboro et le cigarettier fit porter cette teinte aux Zakspeed à la fin des années 80.

 

La couleur participe ainsi à l'identité de l'équipe et permettaient aux jeunes fans de mieux les reconnaître : la Ligier puis la Prost bleue, la Ferrari rouge, la McLaren grise, la Jordan jaune, etc.. D'où la déception de certains au vu de la trop grande redondance du gris actuellement. Mais à l'origine, avant que l'on autorise les sponsors à partir de 1968, les couleurs désignaient la nationalité de l'équipe. On distinguait le bleu de France chez Gordini puis Matra, le jaune pour la Belgique, le vert foncé pour l'Angleterre et ses Lotus, l'orange pour la Nouvelle-Zélande qui s'afficha sur les premières McLaren, le bleu foncé pour les États-Unis que l'on retrouva sur les superbes Eagle de Dan Gurney, etc...

L'Allemagne s'allia en premier lieu au blanc mais passa au gris argenté que l'on retrouve encore aujourd'hui sur les Mercedes. Ce changement était dû au poids trop important d'une de leur monoplace dans les années 30. Afin de respecter le règlement, on décida de gratter la peinture blanche et faire courir les monoplaces à nu : les Flèches d'Argent étaient nées.

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Afin de pouvoir assurer un avenir doré à la F1, il fallait laisser l'argent rentrer. Il y avait grand besoin de cette manne financière car les plateaux recommençaient à faiblir : une quinzaine de voitures en moyenne prenaient le départ en 1969, si bien que l'on boucha les trous avec des F2 au Nürburgring... Les premiers à sauter dans la brèche furent les cigarettiers qui continuèrent à décorer les Formule 1 jusqu'en 2005, année où l'Union Européenne interdit ce type de sponsoring sur son territoire. A noter que, contrairement à une croyance populaire, Lotus ne fut pas la première équipe à collaborer avec un sponsor, Gold Leaf en l'occurrence. Dès le premier Grand Prix, en Afrique du Sud, des Brabham privées affichaient le logo de Gunston. L'Histoire était en marche et il y a fort à parier que beaucoup de jeunes fans ont appris le nom de ces marques grâce à la Formule 1 !

Ferrari fut la seule à rester fidèle à son rouge d'origine. Enzo Ferrari eut beau déclarer placidement que ses voitures ne fumaient pas, il dut se résoudre à accepter de la publicité sur ses voitures, l'argent restait le nerf de la guerre dans cette compétition de plus en plus exigeante. Néanmoins l'Histoire a vu des Ferrari courir sans sa parure écarlate, l'équipe privée belge de Francorchamps privilégiait le jaune par exemple. C'est aussi oublier qu'à la fin de l'année 1964, Enzo Ferrari se fâcha avec la fédération italienne qui refusait de lui homologuer le dernier modèle de voiture de route. En guise de protestation, le Commendatore menaça de ne plus jamais aligner de Ferrari en compétition. C'est pourquoi, lors des deux derniers Grands Prix, le futur champion du Monde John Surtees et son second Lorenzo Bandini participèrent à la course sous la bannière du Nord American Racing Team et avec des monoplaces blanches et bleues.. Évidemment, le modèle contesté fut validé séance tenante !

Si beaucoup d'équipes virent leur livrée changer au gré des sponsors, certaines n'ont pas eu à se plaindre : les Lotus JPS noires et or sont rentrées dans la légende, les Williams Rothmans ont accompagné l'enfance de beaucoup de fans et tant d'autres. Comment oublier également la Jordan 191 et son vert pomme, évoquant aussi bien l'Irlande natale de son patron et la couleur du sponsor principal 7 Up ? Cette teinte dissuada d'ailleurs Kodak de s'engager avec l'équipe, arguant qu'elle se rapprochait plutôt de leur rival Fujifilm. Ayant de la suite dans les idées, Eddie Jordan signa avec le sponsor en question ! Cinq ans plus tard, sa longue association avec Benson & Hedges débuta avec cette robe dorée (déjà vue sur les premières Arrows) mais elle était hélas bien plus lourde qu'une peinture classique. De plus elle passait assez mal à la télévision selon Bernie...

Aujourd'hui, nous avons encore droit à quelques robes de qualité. La simplicité de la Brawn fut saluée en 2009 et n'était pas sans rappeler les Hesketh immaculées des années 70. Le retour de Martini chez Williams fut accueilli à sa juste valeur tandis qu'avec moins de jaune, la Sauber ferait presque penser à une Ligier... Une chose est sure, il ne faut pas désespérer : tout comme la forme des monoplaces, leur livrée est également appelée à évoluer au fil du temps. Mais la patience n'est pas la première vertu des fans de F1 que nous sommes...