Meilleurs tours en course : ces auteurs oubliés

Par |2019-03-24T01:42:40+02:00dimanche 24 mars 2019|Formule 1|

Souvent réclamé mais jamais concrétisé au cours des saisons, le point pour le meilleur tour en course a été finalement réintroduit pour cette année 2019. Un point de règlement qui comme toujours divise mais aura peut-être le mérite de mettre certains pilotes moins médiatisés sous le feu des projecteurs. Car parmi les 131 noms (à ce jour) ayant accroché ce meilleur temps, quelques uns sont plus incongrus que d'autres.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le meilleur tour en course n'a eu qu'une valeur honorifique pendant 60 ans. En effet, 1959 fut la dernière saison où on accorda un point pour cet accomplissement. L'année suivante, cet avantage devint l'apanage du sixième de la course, jusque là ignoré. Cette décennie récompensa donc un bon nombre de pilotes... et parfois au cours de la même épreuve !

Diviser pour mieux régner ?

@ Deviantart.com/f1-history

Car il convient de rappeler qu'à l'époque, le chronométrage au millième de seconde n'était pas à l'ordre du jour. Il n'était donc pas étonnant de voir l'un ou l'autre pilote se partager l'honneur et donc le point, divisé en conséquence. Le premier cas de figure intervint au Grand Prix d'Italie 1952, avec Alberto Ascari et Jose Froilan Gonzalez bénéficiant d'un demi-point avec un meilleur tour commun en 2'06"1. Ce qui restait encore ordinaire. La situation prit un tournant absurde en Grande-Bretagne en 1954 avec pas moins de sept détenteurs du meilleur chrono ! Il faut dire qu'avec un chronométrage à la seconde et un tour bouclé en moins de deux minutes, Silverstone tendait le bâton pour se faire battre. Le point dut donc être divisé par sept, d'où 0.14 point pour chaque pilote !

Cette décennie consacra bien entendu majoritairement les champions du Monde et vainqueurs de Grand Prix. Juan Manuel Fangio fixa le record à 23 et reste encore aujourd'hui dans le Top 10, à égalité avec Nelson Piquet et.. Fernando Alonso. Il devance d'ailleurs d'autres champions estimables comme Nico Rosberg (20), Damon Hill et, de façon surprenante, Ayrton Senna (19). A titre de comparaison, son rival Alain Prost avait hissé la barre à 41, autre record qu'il conserva quelques années.

A point nommé

@ Deviantart.com/f1-history

Mais d'autres noms eurent l'occasion de se démarquer. Outre les participants aux 500 Miles d'Indianapolis qui ont probablement eux-mêmes oublié qu'ils étaient inclus dans les statistiques du championnat du Monde de Formule 1, on notera la présence de Hans Herrmann, un des artisans de l'arrivée de Mercedes en 1954. Son meilleur tour fut d'ailleurs acquis pour sa toute première course au Grand Prix de France. Karl Kling, un de ses équipiers et compatriotes, l'imita en Allemagne. Il osa d'ailleurs croiser le fer avec Fangio aussi bien à Reims qu'au Nurburgring, preuve d'un certain talent oublié. Les deux allemands parvinrent à survivre à cette époque injustement punitive. On ne peut hélas pas en dire autant d'Onofre Marimon, un des sept lauréats du point divisé à Silverstone, qui devint le premier disparu au cours d'un week-end de Grand Prix, en Allemagne.

Autre nom obscur ayant bénéficié de ce point de réglementation : Roberto Mieres à Zandvoort 1955. Argentin comme Marimon et Fangio et lui aussi rescapé de l'époque, il marqua en tout 13 points à sept occasions mais manqua de peu de podium, y compris lors de son meilleur tour. Il dut mettre sa carrière entre parenthèses après la chute du président argentin Juan Peron – qui soutenait financièrement ses ressortissants – et s'exerça à la voile... aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 !

Enfin le premier vainqueur français Maurice Trintignant devint le dernier pilote à marquer un point par la grâce du meilleur tour aux Etats-Unis en 1959, avant que Valtteri Bottas ne reprenne cette série. Ceci resta son unique meilleur temps mais au moins il n'eut pas à le diviser contrairement à son compatriote Jean Behra, lui aussi concerné par le partage de Silverstone 1954.

Synchronisation défaillante

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A partir de 1960, les auteurs du meilleur temps du dimanche continuèrent d'être notifiés dans les statistiques mais sans aucun bonus. On y retrouve des vainqueurs uniques de Grands Prix qui, ironiquement, n'ont pas nécessairement signé ce tour le même jour que leur victoire. Si Ludovico Scarfiotti et Gunnar Nilsson ont réalisé un coup double (Italie 1966 et Belgique 1977), Innes Ireland l'a fait quelques mois avant (Belgique puis Etats-Unis 1960) de même que Vittorio Brambilla (Suède puis Autriche 1975), là où Giancarlo Baghetti s'en est chargé quelques mois après (France puis Italie 1961). Pour Jarno Trulli, il vint même cinq ans après sa seule victoire, de Monaco 2004 à Bahrein 2009. Son seul meilleur chrono, si bien qu'avec 252 courses à son compteur, Jarno compte le plus mauvais ratio à ce jour...

D'autres vainqueurs uniques ont même décroché plus d'un meilleur tour, comme Carlos Pace (cinq fois) Jean-Pierre Beltoise et Jean Alesi (quatre fois) Richie Ginther (trois fois), ainsi que Lorenzo Bandini, François Cevert, Jochen Mass, Alessandro Nannini, et Heikki Kovalainen avec deux chronos chacun. Et hormis Beltoise pour son chef d’œuvre de Monaco 1972, aucun de ces noms n'a associé ce meilleur tour avec leur unique victoire ! Il est vrai que la plupart d'entre eux ont récupéré leur trophée via les circonstances de course, sans rien enlever à leur mérite.

A l'inverse, on peut compter des pilotes connus pour n'être jamais monté sur la plus haute marche mais qui ont multiplié les meilleurs tours. Aujourd'hui nous pouvons citer Sergio Perez (quatre), Nico Hulkenberg (deux), tandis que Romain Grosjean, Robert Kubica, Daniil Kvyat et Kevin Magnussen restent à une unité. D'ailleurs Magnussen est à ce jour le dernier à avoir ajouté son nom au palmarès, l'an passé à Singapour. Notons aussi l'ironie parfaite du meilleur tour de Kvyat, réalisé à Barcelone en 2016... juste après s'être fait rétrogradé chez Toro Rosso en faveur du vainqueur du jour Max Verstappen !

Lots de consolation

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D'autres boudés par les lauriers se sont consolés via le chronomètre. Chris Amon et Jean-Pierre Jarier sont parmi les plus illustres poissards de la Formule 1 alors que leur pointe de vitesse n'a jamais pu être prise en défaut. Trois meilleurs tours l'ont modestement démontré. Amon s'était notamment distingué en France en 1972 où une crevaison le priva d'une juste récompense, là où Jarier ne put rejoindre l'arrivée au Brésil en 1975, où il avait conquis la pole position. De même, Andrea De Cesaris est connu pour ses innombrables sorties et son record de 208 courses sans victoire mais il eut droit à son meilleur tour à Spa en 1983, où il avait mené le premier tiers de course.

On note aussi la présence de Teo Fabi et Derek Warwick, deux bons animateurs des années 80 qui, comme De Cesaris, ont dû faire face à une concurrence trop relevée pour briller davantage. Deux meilleurs chronos chacun et si ceux de l'Italien n'étaient pas si étonnants car sur une Benetton tout à fait capable (Italie 1986, Saint-Marin 1987), Warwick attira la curiosité à Zandvoort en 1982 avec son record signé sur une Toleman qui n'avait clairement pas le niveau affiché deux ans plus tard avec un casque jaune à son bord.

Erreur de casting

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Dans la série « meilleur tour au course aléatoire », beaucoup se bousculent au portillon. Dick Attwood fut le seul rival de Graham Hill au cours de l'hécatombe de Monaco 1968 avec cinq voitures à l'arrivée et s'appropria le chrono au tout dernier tour. Aussi obscur mais plus reconnu, Masahiro Hasemi s'est distingué lors du final légendaire de Fuji 1976 avec une performance qui restera à jamais controversée, puisque son meilleur tour se serait produit durant un tour où il perdit trois positions ! La FIA officialisa son exploit quand bien même il devait s'agir d'une erreur.

A l'inverse, Marc Surer avait bel et bien décroché le meilleur temps en course à Rio 1981 en dépit de sa médiocre Ensign. Le Suisse finit quatrième, lui aussi sous l'averse pour ce qui resta son plus haut fait d'armes en F1. Mais au moins avait-il marqué des points au contraire de Brian Henton, coéquipier de Michele Alboreto chez Tyrrell en 1982. L'Italien parvint à remporter l'épreuve finale à Las Vegas, Henton finit avec un zéro pointé... et un meilleur tour à Brands Hatch, aussi inexplicable que celui de Warwick une course plus tôt.

Echanges de bons procédés

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Autre saison arrosée et empathique envers les sans-grandes : 1989. Ce qui n'était pas si étonnant avec 20 équipes et 39 pilotes engagés ! Trois pilotes réalisèrent leur seul meilleur chrono cette année-là : Jonathan Palmer à Montréal entre deux averses, Mauricio Gugelmin en France alors qu'il courait sur la voiture de réserve suite à son vol plané du premier départ, et Satoru Nakajima sous le déluge d'Adélaïde, lui qui était pourtant allergique aux tracés urbains. Il finit aux portes du podium par ailleurs, comme Surer.

Cette saison vit les débuts de Bertrand Gachot et Roberto Moreno (excepté l'un ou l'autre intérim pour le Brésilien) et eux aussi se distinguèrent l'air de rien mais avec un timing des plus cocasses en 1991. Gachot tira le meilleur parti d'une excellente Jordan et via des pneus neufs et un réglage adéquat, accrocha le tour le plus rapide en Hongrie. Puis vint son emprisonnement suite à l'affaire du chauffeur de taxi agressé via un gaz lacrymogène, laissant place à un certain Michael Schumacher. Le même qui remplaça Roberto Moreno chez Benetton en Italie, lequel trouva refuge chez Jordan par corollaire... après avoir signé le meilleur tour lors de la course précédente à Spa ! Les vérités d'un jour ne sont jamais celles du lendemain en F1.

Occasions manquées

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Enfin la génération ayant grandi à la fin des années 90 et/ou durant les années 2000 se souviendront davantage de noms tels que Alexander Wurz (Argentine 1998), Pedro de la Rosa (Bahreïn 2005), Timo Glock (Europe 2009), Adrian Sutil (Italie 2009), Vitaly Petrov (Turquie 2010), Kamui Kobayashi (Chine 2012), Bruno Senna (Belgique 2012) et Esteban Gutierrez (Espagne 2013). Le premier manqua de peu le podium ce jour-là de même que Sutil, De la Rosa fit le spectacle dans le désert avec de multiples dépassements là où Petrov proposa une preview d'Abu Dhabi en résistant parfaitement à Fernando Alonso avant une touchette résultant en une crevaison. Le changement de pneus qui suivit contribua au meilleur tour.

En revanche, on compte un certain nombre de vainqueurs de Grands Prix qui n'ont pas un seul meilleur tour en course à leur actif. Dans le lot, citons Peter Collins, Johnny Herbert, Elio De Angelis, Jean-Pierre Jabouille, Olivier Panis ou encore Pastor Maldonado.

A qui le (meilleur) tour ?

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