A Yas Marina fin 2016, Jenson Button était censé disputer son dernier Grand Prix. Tous les pilotes voudraient conclure leur carrière en beauté mais chacun a connu un sort différent. Qu'il soit heureux, malheureux ou même tragique. Les champions du Monde ne font pas exception.

Peu de pilotes ont eu l'occasion de partir "au sommet". Certes, Jim Clark a remporté son dernier Grand Prix et Ayrton Senna menait celui-ci. Sauf que ces deux géants n'avaient pas décidé de s'arrêter à cet instant. L'un fut fauché durant une course de Formule 2, l'autre a conclu sa carrière contre le mur du Tamburello. Cela contribua à nourrir leur légende mais nul doute qu'ils auraient préféré une autre conclusion. Idem pour Jochen Rindt, seul champion du Monde à titre posthume. *(Jenson Button fera une pige chez McLaren à Monaco en 2017).

Je ne regrette rien

Image : F1-history.deviantart

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D'autres grands noms ont connu une fin de carrière bien plus heureuse. Alain Prost n'a pas remporté sa 199ème course mais le résultat importait peu. Premièrement, il avait remporté son quatrième titre mondial deux courses plus tôt. Avec le transfert de Senna chez Williams, il ne voulait plus connaître l'enfer de 1989 et préféra se retirer, comprenant que sa motivation n'était plus à son paroxysme. Ensuite, il était en vie, paramètre auquel le Professeur donnait plus d'importance que d'autres. Enfin, son retrait toucha profondément son rival, dépendant de Prost, si bien que Senna décida d'enterrer définitivement la hache de guerre sur le podium d'Adélaïde. Un moment émouvant et symbolique sur le moment et qui le devint davantage après le 1er mai 1994.

Juan-Manuel Fangio pouvait également se féliciter d'être en un seul morceau lorsqu'il dit stop en 1958. S'il connut un grave accident qui l'empêcha de participer à la saison 1952, l'Argentin réussit à faire son chemin au milieu d'un cimetière de pilotes. Sa victoire légendaire au Nurburgring en 1957 lui fit comprendre qu'il ne pouvait pas aller plus loin, sous peine de subir le même sort que bon nombre de ses pairs. Il choisit donc de couvrir deux courses pour boucler la boucle. D'abord chez lui en Argentine, puis en France, où il avait commencé sa carrière internationale dix ans plus tôt.

A cause d'une Maserati laissée à l'abandon (le constructeur devait se retirer de la compétition faute de financement), il finit quatrième sans embrayage et à un tour du vainqueur... ou presque. Mike Hawthorn resta dans la roue du Maestro sans le dépasser. Pourquoi ? "On ne prend pas un tour à Fangio" dira le futur champion du Monde. Que dire de plus ?

La mort au tournant

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Ce même Hawthorn connut l'ironie suprême quelques mois plus tard. Marqué par la mort de son meilleur ami Peter Collins au Nurburgring, Mike préféra prendre sa retraite en fin de saison, titré ou pas. Il finit par remporter la couronne et raccrocha son casque. Décidé à mettre de l'ordre dans sa vie de grand fêtard, Hawthorn s'apprêtait à reconnaître un enfant né d'une liaison d'un soir quelques années plus tôt. Mais il ne parvint jamais à destination puisqu'il mourut dans un accident de la route. Finir sa carrière sur un titre mondial sans avoir laissé sa vie en piste... pour être fauché sur une voie publique. L'humour noir de la fatalité...

Jackie Stewart s'est lui souvent félicité de n'avoir jamais versé une seule goutte de son sang en course. Or, c'est justement parce qu'il a vu trop d'amis périr que l'Ecossais a préféré se retirer alors qu'il avait de belles années devant lui. Triple champion du Monde après Monza en 1973, Jackie avait prévu de tirer sa révérence en cette fin d'année, quoiqu'il arrive. Il garda le secret jusqu'à la dernière course à Watkins Glen où il déclara forfait, sans disputer son 100è Grand Prix. En effet, son équipier François Cevert avait rejoint la liste des infortunés. C'en était trop pour Stewart. "Chaque pilote de F1 contient à côté du cœur une fiole de liquide immunitaire qui l'aide à surmonter chaque décès. Ma fiole était vide après la mort de François", dira t-il dans sa prose toute personnelle.

Champions de l'ombre

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D'autres champions du Monde se sont retirés en toute discrétion, si ce n'est dans l'anonymat. Phil Hill et Denny Hulme sont de ceux-là. L'un n'est plus remonté sur la plus haute marche du podium depuis son titre de 1961. Ferrari souffrait du départ de ses cadres en 1962 et Hill est parti les rejoindre en 1963.. sauf que leur A.T.S était ratée et l'équipe prit rapidement l'eau. Le passage chez Cooper, en chute libre depuis les titres de Brabham, n'arrangea rien. Il tira ainsi sa révérence à Mexico fin 1964, alors qu'un improbable final se déroulait le même jour. On put néanmoins le retrouver sur la grille à Spa en 1966 mais de manière non-officielle. En effet, l'Américain conduisait une McLaren trafiquée pour capter les images du futur film Grand Prix !

Denny Hulme s'était quant à lui donné une mission après avoir quitté Brabham en 1967 : amener McLaren vers le succès. Compatriote et ami de Bruce, son expertise et son caractère d'ours contribuèrent énormément au maintien de l'équipe après la mort de son fondateur en 1970. Rarement brillant mais toujours solide, Denny se retira au même moment où Emerson Fittipaldi apporta à l'équipe ses premiers titres, pilote comme constructeur en 1974. Qu'il abandonne en début de course à Watkins Glen ne changeait rien. Hulme pouvait partir en paix : McLaren n'avait plus besoin de lui et allait marquer la F1 de son emprunte.

Faux départ mais vrai restart

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Ce même Fittipaldi se retira six ans après Hulme mais lui aurait préféré une autre sortie. Le Brésilien tenta l'aventure familiale qu'était Copersucar et il finit par le regretter. En dépit de l'une ou l'autre performance de valeur (deuxième à Rio en 1978), Emerson y laissa son énergie, sa motivation et ses économies, puisqu'il s'efforça de diriger l'équipe en même temps. Le point de non-retour fut atteint en 1980. Son podium de Long Beach fut la seule éclaircie de sa saison et au moment de renoncer à Watkins Glen (là où il avait remporté son deuxième titre), beaucoup regrettaient de voir un tel talent gâché.

Le même jour, un autre champion du Monde quittait les circuits. Si Fittipaldi se refit une santé aux Etats-Unis en remportant deux fois les 500 Miles d'Indianapolis, Jody Scheckter n'avait plus la tête au pilotage. Titré en 1979 grâce à une régularité exemplaire, il ne fut que l'ombre de lui-même douze mois plus tard. Certes, la Ferrari était complètement dépassé et même Gilles Villeneuve ne put rapporter que six points. De là à subir une non-qualification à Montréal, il y avait de la marge... Cela restera probablement l'année post-titre la plus désastreuse pour un champion du Monde. Au moins, lorsque Scheckter franchit la ligne (en dernière position..), il savait qu'il n'y avait pas à insister. Cela étant, le Sud-Africain connut une seconde vie étonnante. Il s'isola aux Etats-Unis pour gérer une société de simulateurs de tir aux États-Unis, ceci avant de devenir un agriculteur bio renommé au Royaume-Uni !

Un titre et puis s'en va...

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Se retirer à temps n'était pas donné à tout le monde. Dans le cas de James Hunt, le débat reste ouvert quant à savoir si l'Anglais s'est arrêté au bon moment ou trop tard. En effet, depuis son titre de 1976, le plus excentrique des champions du Monde n'était plus à son maximum. Ce fut criant lorsque McLaren entama son passage à vide et guère plus reluisant dans une Wolf à la traîne. Hunt planta l'équipe peu après le Grand Prix de Monaco, n'ayant plus goût à la course. Pourtant, il se laissa tenter par Ligier lorsque l'équipe devait remplacer un convalescent Patrick Depailler. James n'était plus à un paradoxe près, lui qui n'eut guère de mots polis pour certains tricolores à l'antenne de la BBC !

Autre champion fort en gueule et peu francophile : Alan Jones. L'Australien eut du mal à se décider puisqu'il se retira à trois reprises ! La première fois en 1981, un an après son titre, désabusé par la rébellion de son équipier Carlos Reutemann et ayant le mal du pays. Il mit un point d'honneur à remporter sa dernière course du moment à Las Vegas. Sauf qu'il revint à Long Beach en 1983 chez... Arrows. Une pige d'une seule course puisque l'équipe, désargentée, ne pouvait payer son salaire. On ne peut pas dire que son expérience chez Haas en 1985-1986 (rien à voir avec l'équipe actuelle) fut beaucoup plus mémorable...

Il se retira à Adélaïde en même temps qu'un autre ancien de Williams rondouillard et couillu, Keke Rosberg. Lui prouva davantage sa valeur après son titre mondial mais il montra également ses limites en 1986 une fois confronté à Alain Prost. Cela étant, on pouvait compter sur le Finlandais pour tout donner jusqu'au bout. C'est ce qu'il fit en Australie puisqu'il domina l'essentiel de l'épreuve, quitte à crever un pneu et renoncer. Un abandon qui offrit indirectement le titre à son équipier, puisque sa crevaison indiquait que les pilotes Williams ne pouvaient terminer la course avec les mêmes gommes...

Savoir s'arrêter à temps...

Image : F1-history.deviantart

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Mais le pire exemple du champion du Monde se retirant trop tard reste Graham Hill. Pilote éclectique par excellence et seul détenteur de la Triple Couronne (24 Heures du Mans, 500 Miles d'Indianapolis et Grand Prix de Monaco), il était communément admis que le père de Damon avait perdu son excellence lors de son grave accident en fin d'année 1969. Or en 1975, il était toujours là, à piloter pour sa propre écurie. La situation devint tragi-comique lorsqu'il échoua à se qualifier à Monaco. Un circuit où il avait triomphé à cinq reprises. A ce moment, même lui devait se rendre à l'évidence : il n'avait plus sa place.