Le rôle de troisième pilote en Formule 1 n'a pas toujours eu droit à une excellente exposition médiatique. Il faut dire que certaines équipes ne prenaient même pas la peine de nommer un pilote d'essai ou de réserve dans les années 80 ou 90, en partie parce que certaines d'entre elles tiraient le diable par la queue pour aligner ne serait-ce que deux voitures chaque weekend de course.

En 1999, cette situation ne s'était toujours pas généralisée et chacun engageait un pilote pour différentes raisons. Ferrari mettait un point d'honneur à disposer d'un essayeur sur la piste d'essai de Fiorano, si bien que Luca Badoer eut son rôle à jouer dans la domination de la Scuderia peu de temps après.
Williams devait rôder le nouveau moteur BMW et le champion F3000 1996 Jorg Muller s’attela à la tâche. Enfin, les jeunes pousses qu'étaient Stephane Sarrazin et Nick Heidfeld jouaient des coudes dans cette même catégorie en attendant mieux, respectivement chez Prost et McLaren. C'est là que la Formule 1 usa de sa meilleure arme : l'ironie.

A la fin de cette même année, Olivier Panis prit une décision radicale pour relancer sa carrière. Lâché par Prost et de toute façon désabusé par l'ambiance régnant dans l'équipe, le Français refusa l'offre d'Arrows pour devenir troisième pilote McLaren. A côté, Nick Heidfeld rejoignait Prost Grand Prix aux côtés de Jean Alesi, au grand dam de Sarrazin qui n'eut jamais droit à sa chance en dehors du one-shot d'Interlagos 1999 pour Minardi.
En effet, un poste de pilote d'essais n'était pas synonyme de promotion. Luca Badoer s'en rendit compte la même année puisque Ferrari lui préféra Mika Salo pour remplacer Michael Schumacher, blessé à Silverstone. En gardant ces données en tête et sachant que Panis n'était plus un jeune premier (33 ans à ce moment), il était de bon ton de penser qu'on ne reverrait plus le Français en Formule 1, surtout s'il décevait par rapport à la contribution des pilotes titulaires. C'est peu dire que la suite dépassa les espérances.

La thérapie McLaren

Olivier Panis - McLaren 2000

Olivier Panis - McLaren 2000

Il faut dire que McLaren prit cet engagement au sérieux et insista pour parler non pas de pilote de réserve ou essayeur, mais de "troisième pilote". L'idée était que celui-ci soit au même niveau que les pilotes titulaires, qu'il fasse avancer l'équipe avec son expérience et son bagage technique, le tout en assurant toutes les opérations promotionnelles et publicitaires pendant Mika Hakkinen et David Coulthard luttaient pour le titre mondial.
Une lourde tâche au final mais que Panis accomplit avec brio. S'il peina dans un premier temps à cause d'un anglais quelque peu limité (logique : il n'avait couru que pour des équipes françaises), il finit par s'acclimater et beaucoup apprendre.

Premièrement, il pilotait pour la meilleure équipe du moment et pouvait donc profiter de leur expertise pour s'améliorer en tant que pilote. Ensuite, McLaren mit un point d'honneur à offrir à son pilote le même matériel qu'aux titulaires, lui permettant ainsi de mieux jauger ses capacités face à un double Champion du Monde et un pilote qu'Olivier avait battu en F3000 par le passé.
Or le Français tourna toute l'année dans des temps comparables au Finlandais et à l’Écossais. De quoi se refaire un moral tout neuf après avoir douté pendant deux ans chez les Bleus. « Une vraie thérapie » dira t-il après coup.

Il restera cependant le même homme, avec une honnêteté intellectuelle sans faille : s'il cherchera à faire profiter ses futures équipes de son expérience en gris, il gardera certaines choses pour lui par respect pour McLaren, Il s'ajouta d'ailleurs à la longue liste des pilotes affirmant que sous la carapace froide se trouvait une équipe qui n'avait pas son pareil pour mettre à l'aise ses meilleurs éléments « même quand mon anglais était pathétique ! » à l'entendre.
Panis prétendit aussi qu'il est plus facile de travailler avec les Anglais que les Français grâce à une absence de politique. Un avis que partagea également... Alain Prost, comparant ses expériences entre Renault et McLaren. Ironique, isn't it ?

Une fois la saison des transferts engagée durant l'été 2000, mission accomplie : Panis signa un contrat de deux ans avec BAR pour seconder Jacques Villeneuve ! Pas de quoi l'effrayer puisque comme le souligna Olivier, « Je n'ai pas été ridicule face à Hakkinen je crois ».
Mika garda justement un excellent souvenir de son collègue tricolore et ne manquera pas de le complimenter en 2004 au moment de donner son avis pour F1 Racing. Il évoqua un pilote « très très rapide, beaucoup plus fort qu'on ne le considère en général. Si je me battais roue contre roue avec lui au freinage d'un virage serré, je crois que je céderais le premier ». De la part de l'auteur de la manœuvre légendaire de Spa 2000, sacré compliment ! McLaren, de son côté, se félicita de l'expertise technique de son pilote. Dans l'histoire, tout le monde y gagna au change.

De l'ombre à la lumière

Olivier Panis - McLaren 2000

McLaren 2000

Or non seulement Panis avait évolué humainement et professionnellement mais son expérience fit des émules et contribua à changer la perception qu'avait le microcosme envers le troisième pilote. Ainsi, Alex Wurz, Marc Gene, et Ricardo Zonta l'imitèrent dès l'année suivante en assurant cette tâche respectivement pour McLaren, Williams et Jordan. Certes, tous ne retrouvèrent pas un volant régulier et connurent des fortunes diverses durant leurs intérims, mais certains rappelèrent à leur tour qu'ils avaient leur place dans ce groupe de 20 ou 22 voitures.

La FIA en prit bonne note à son tour. En 2003, la nouvelle réglementation sportive autorisa les équipes volontaires à participer à une séance d'essais semi-privée le vendredi matin avec un troisième homme. L'occasion pour les équipes bien loties de limer les kilomètres en condition réelles (Renault engagea Allan McNish pour la circonstance) et pour les autres plus modestes d'engager un cochon payant pour renflouer les caisses.
Et de 2004 à 2006, les équipes au delà du quatrième rang au classement constructeur pouvaient aligner leur troisième voiture pour les deux séances du vendredi. Pour le coup, des vétérans eurent droit à leur comeback comme Alex Wurz et Pedro De la Rosa et des jeunes pousses se révélèrent au plus grand nombre grâce à cette exposition bienvenue, tels que Robert Kubica ou Sebastian Vettel pour ne citer qu'eux. On connaît la suite.

Au final, Olivier Panis a donc laissé une marque plus importante qu'on veuille s'en souvenir.

Olivier Panis - McLaren 2000

Olivier Panis - McLaren 2000