Malgré toutes les blagues à l'attention de Pastor Maldonado, il lui faut rendre ce mérite : le vénézuélien est et restera un vainqueur de Grand Prix. De plus, en dépit de la rétrogradation de Lewis Hamilton en qualifications, le pilote Williams s'était placé en première ligne et avait disposé de Fernando Alonso en course, ce qui n'est pas rien. Après, s'en souviendra t-on d'ici deux à trois décennies ?

Rien n'est moins sûr mais il ne sera pas le seul dans ce cas. En effet, si les observateurs gardent en mémoire l'ascension brisée de Robert Kubica ou François Cevert, les dernières heures de gloire françaises avec Jean Alesi et Olivier Panis ou l'absence du chat noir de Jarno Trulli à Monaco en 2004, d'autres figures de la Formule 1 ont laissé leur trace dans les statistiques ne serait-ce qu'une fois mais en se faisant plus discret dans la mémoire collective. Parfois, ils méritaient bien d'autres trophées mais d'autres pouvaient s'estimer heureux d'avoir franchi la ligne d'arrivée en premier.

Après la pluie, le beau temps

Vittorio Brambilla en sait quelque chose, lui qui s'est crashé dans son tour d'honneur après avoir lâché le volant pour fêter sa victoire ! Un geste à éviter lorsque l'on conduit une Formule 1 sous des trombes d'eau mais il faut savoir que l'Italien, surnommé le "Gorille de Monza", était l'équivalent de l'ami Maldonado dans les années 70. Capable du meilleur comme du pire, disposant d'une pointe de vitesse réelle mais gâchant trop souvent ses chances tout seul et monnayant sa place grâce à un commanditaire (les outils Beta), tout y est.

Peut-être ne s'agit-il que d'une demi-victoire puisque le Grand Prix d'Autriche 1975 fut interrompu suffisamment tôt pour n'accorder aux survivants que la moitié des points mais il eut le mérite d'avoir mené la danse au bon moment. Idem pour Jochen Mass plus tôt dans la saison en Espagne.

Bon second de Emerson Fittipaldi puis James Hunt chez McLaren mais plus brillant en Endurance, l'allemand ne célébra guère son succès et pour cause : la course avait viré au drame avec un circuit sujet à controverses... Les deux ont d'ailleurs baissé pavillon après un accident : le premier eut le crâne fracturé lors du carambolage de Monza 1978, l'autre manqua de rejoindre Gilles Villeneuve en atterrissant dans une tribune au Circuit Paul Ricard quatre ans après...

Jean-Pierre Beltoise - Monaco 1972

Gunnar Nilsson et Jean-Pierre Beltoise, eux, sont allés au bout de la distance complète malgré l'averse ayant noyé respectivement Zolder en 1977 et Monaco en 1972. Le français était le fer de lance de Matra et incarnait le renouveau tricolore à la fin des années 60 après des années de désert mais fut rejeté dans l'ombre de son beau-frère François Cevert.
L'insuccès du Matra V12 et de BRM en perte de vitesse n'a pas aidé, pas plus que son grave accident aux 12 Heures de Reims 1964 lui ayant presque paralysé le bras gauche. Un handicap non négligeable lorsque les ailerons fleurirent sur les monoplaces mais qui était atténué sous la pluie. Beltoise ne se fit pas prier en Principauté.

Nilsson avait également un compatriote qui attirait la lumière (Ronnie Peterson) mais il le relaya au moment où Lotus retrouvait la route du succès avec l'effet de sol. Dans son cas, c'est un cancer qui le stoppa dans son élan, interrompant sa carrière fin 1977 et sa vie douze mois plus tard. Sa fondation luttant contre la maladie permet de perpétuer son nom et sa mémoire.

Si Beltoise signa la dernière victoire de BRM, Jo Bonnier ouvra le compteur de succès de la marque anglaise ainsi que de la Suède à Zandvoort en 1959. Richie Ginther, longtemps second de Graham Hill pour cette même équipe, se chargea de faire de même pour Honda et Goodyear en 1965 à Mexico. Innes Ireland lui, offrit cet honneur à Lotus de manière officielle, Stirling Moss ayant déjà imposé les monoplaces de Colin Chapman sous la bannière du mécène Rob Walker.

Le suédois accompagna Jackie Stewart dans sa croisade pour la sécurité en prenant la tête du GPDA, le gallois réprouva ce combat et se fit connaître pour être un grand fêtard (Lotus le renvoya d'ailleurs pour son manque de sérieux) et l'américain céda sa place à John Surtees, très vite encombrant à force de vouloir s'approprier toutes les tâches. Ironiquement, c'est Bonnier qui mourut en course, lors des 24 Heures du Mans 1972 là où ses comparses allongèrent leur périple parmi nous jusque dans les années 90.

Little Italy

Pour Luigi Fagioli et Luigi Musso, le terme de demi-victoire était aussi approprié que pour Mass et Brambilla mais pour une autre raison. Avec la possibilité de relayer un équipier ou de lui céder son baquet dans les années 50, la Formule 1 se retrouva avec deux vainqueurs pour une même course à trois reprises, incluant Reims 1951 et Buenos Aires 1956. Dans les deux cas, les Luigi furent consignés par respectivement Alfa Romeo et Ferrari pour laisser Juan-Manuel Fangio finir la course.

Fagioli devint le plus vieux vainqueur de Grand Prix à 53 ans et se retira après coup, frustré par cette consigne. Musso, bien plus jeune, ignora son stand lorsque celui-ci répéta cet ordre à Monza. Le début d'une longue série de vainqueurs uniques transalpins puisque l'ancien anneau de vitesse fit honneur à un autre protégé de Ferrari passé sous silence : Ludovico Scarfiotti.
Remplaçant de luxe pour la Scuderia dans les années 60, il profita du départ de John Surtees et des ennuis de Lorenzo Bandini pour triompher devant les siens dix ans après la rébellion de Musso, avant d'allonger la liste des disparitions de 1968 lors d'une course de côte.

En 1967, c'était ce même Bandini qui fut victime de sa passion à Monaco, non sans avoir, lui aussi, remporté qu'une seule course, le premier Grand Prix d'Autriche de l'histoire en 1964, grâce à une hécatombe causée par le revêtement désastreux de l'aérodrome de Zeltweg.
Une autre avalanche d'abandons en France en 1961 servit parfaitement Giancarlo Baghetti, l'exception qui confirme la règle : le seul pilote à s'être imposé dès sa première tentative ! Il fut le seul rescapé de Ferrari, dominateur cette saison-là avec la 156 à nez de requin. Pour rester dans les voitures rouges intouchables, Piero Taruffi profita de l'absence du leader désigné pour s'adjuger le Grand Prix de Suisse 1952, Alberto Ascari tentait sa chance à Indianapolis

Autre italien discret : Alessandro Nannini, une des nombreuses pousses révélées par Minardi (qu'il contribua à sauver en 1997) et vainqueur sur tapis vert du Grand Prix du Japon 1989, entré dans l'Histoire pour d'autres raisons comme chacun sait ! Un accident d'hélicoptère lui sectionna le bras l'année suivante alors qu'il rivalisait avec Nelson Piquet chez Benetton, l'empêchant donc de postuler pour Ferrari.

C'est également un appareil volant qui priva Carlos Pace de davantage de succès puisqu'il s'écrasa en avion en 1977. Concurrençant rapidement Carlos Reutemann chez Brabham après avoir fait briller de modestes monoplaces Surtees, le brésilien s'imposa à domicile à Interlagos en 1975, non sans l'abandon d'un pilote qui ne connut jamais la chance de monter sur la plus haute marche, Jean-Pierre Jarier.

Monza, écrin d'Histoire

Néanmoins, le vainqueur le plus aléatoire doit être Peter Gethin. Son nom revient généralement grâce à une statistique passée à la postérité : le plus petit écart séparant un vainqueur de Grand Prix avec son poursuivant. Ou ses poursuivants en l'occurrence puisqu'à Monza en 1971, il franchit la ligne avec un centième d'avance sur Cevert, neuf sur Peterson, près de deux dixièmes sur Mike Hailwood et six sur Howden Ganley, soit cinq pilotes dans la même seconde !

Si l'on peut parler de hasard étant donné que le leader changeait à chaque tour sur un circuit se jouant à l'aspiration, il fallait également se montrer stratégique ou audacieux puisque celui qui sortait en tête du dernier virage risquait de se faire aspirer et de se faire dépasser sur le fil.
C'est ce qui avait coûté la course à Dan Gurney au profit de Baghetti à Reims dix ans plus tôt et Cevert comptait sur cela en ouvrant la porte à Peterson à l'amorce de la Parabolique. Mais Gethin prit les deux champions sans couronne par surprise à l'intérieur et parvint à garder son avantage ! Un succès à la fois chanceux et mérité mais qui sortit malgré tout de nulle part.

Ce qui est dommage, c'est que beaucoup de pilotes à deux victoires ne sont guère plus médiatisés. La Formule 1 est parfois si injuste...