Pedro Diniz : de payer son baquet à gagner le respect

2018-03-19T01:00:52+00:00lundi 19 mars 2018|Formule 1|

Inutile de le nier : les pilotes payants ont mauvaise réputation en Formule 1. La récente titularisation de Sergey Sirotkin le démontre. Ce n’est pas tant la pratique qui pose problème que ses conséquences : voir un jeune talent mis sur la touche à cause d’un pilote moins méritant mais plus fortuné (ici Pascal Wehrlein). Ce cas de conscience s’est surtout posé lorsque les (bonnes) places se sont faites plus rares, à partir du milieu des années 90. C’est à ce moment que débarqua Pedro Paulo Diniz.

Fils du propriétaire d’une des plus grandes chaînes de supermarché au Brésil, Diniz n’était pas mieux vu qu’un Pastor Maldonado ou un Marcus Ericsson lorsqu’il débuta pour la petite équipe Forti en 1995. En effet, on s’attend généralement à ce que le pilote payant ne fasse aucune vague et ne brille pas plus qu’un pilote payé. Surtout après une saison anonyme dans l’anti-chambre de la Formule 1.

Dans un premier temps, ce fut le cas tant la Forti ne permettait aucun exploit. Le budget de l’équipe reposait principalement sur celui de Diniz, au point d’avoir simplement retapé une F3000 afin qu’elle soit conforme au règlement technique. Son équipier, l’expérimenté Roberto Moreno, ne fit pas mieux en comparaison. Il n’était donc pas surprenant de voir les deux brésiliens à sept ou huit secondes en qualifications (les 107% ne furent instaurés que l’année suivante) et à quatre ou cinq tours en course. Le paroxysme reste Buenos Aires où les Forti ne parvinrent même pas à couvrir la distance suffisante pour être classées ! L’équipe ne parvint à couvrir qu’une demi-saison supplémentaire avant de couler.

A ce moment, Diniz avait mieux dépensé son argent. Ligier, alors en pleine transition entre l’intrusion de Flavio Briatore et le futur rachat d’Alain Prost, avait besoin de liquidités et l’engagea aux côtés d’Olivier Panis. Si on se souvient de cette dernière saison en bleu pour la victoire de ce dernier, Diniz fut tout sauf ridicule en comparaison d’un pilote parfaitement estimable. Il glana d’ailleurs ses deux premiers points avec la manière puisqu’il fut l’un des très rares à finir un Grand Prix d’Espagne noyé sous l’averse – bien qu’il finit dernier. Mieux encore, il lutta face à des McLaren et Jordan bien plus rapides que lui à Monza. Le tout avec le spectaculaire incendie de Buenos Aires qui attira bien entendu l’attention sur le pilote. Avec ses bonnes performances, les observateurs commencèrent alors à accorder un certain crédit à Pedro.

Montée en flèche ?

Montée en flèche ?

@ F1-history.deviantart

Arrows en pleine reconstruction en prit bonne note. Du moins, Tom Walkinshaw l’avait fait : l’Ecossais avait tenté de reprendre Ligier avant Arrows et conserva un œil sur Diniz. Il le choisit donc en second du Champion du Monde en titre, Damon Hill ! On prend les mêmes et on recommence : l’exploit de l’année est à mettre au crédit de l’Anglais, héroïque mais mal récompensé à Budapest. Mais le Brésilien se défendit avec brio, arrachant deux bons points au Nurburgring face à son ancien équipier Panis, de retour après le malheureux crash de Montréal. Hélas, la fiabilité resta aux abonnés absents, l’empêchant de rééditer cette performance.

1998 ne fut guère plus probant à ce sujet, quand bien même Arrows racheta Hart pour faire ses propres moteurs. Pas la meilleure idée du siècle pour une équipe qui eut elle-même besoin d’un rachat pour survivre douze mois après ! Heureusement, Diniz capitalisa à deux reprises aux moments les plus opportuns. Il finit sixième à Monaco, parfait pour les monoplaces sous-motorisées, avant de conclure avec la cinquième place à Spa, devant la Prost de Trulli et dans le même tour que le vainqueur, Damon Hill. Le tout en faisant jeu égal avec Mika Salo, qui jouissait lui d’une bonne réputation. Hélas il se fit aussi remarquer en percutant son propre équipier au premier tour en Autriche alors que Salo partait sixième. Sans oublier sa sortie gag de Montréal, où il sema du gazon sur la deuxième moitié du circuit après avoir littéralement labouré les bas-côtés !

Credit Suisse

Credit Suisse

@ F1-history.deviantart

Sauber fut la prochaine équipe de milieu de tableau à lui faire confiance, consciente que Diniz n’apportait pas qu’un budget sympathique. Pour preuve, Diniz mentionna l’existence d’un « bon salaire » bien que son apport financier servit aussi à régler la facture du moteur Ferrari. Après Panis, Hill et Salo, il hérita encore une fois d’un équipier réputé : Jean Alesi. Pour une fois, il fit même mieux que lui au championnat puisqu’il récolta un point de plus. Le point d’orgue fut le Grand Prix d’Autriche avec sa très belle remontée de la seizième à la sixième place. Une progression qui fit de lui un des candidats au baquet Ferrari ! L’avocat de la Scuderia le représenta même au tribunal dans le conflit l’opposant à Arrows pour son « départ anticipé ».

Sauf que s’il gagna en vélocité, il perdit en fiabilité. Il enchaîna quelques sorties de piste évitables dont une en Hongrie où il cherchait juste à laisser passer Alesi ! Mais le grand public gardera surtout en mémoire son tonneau lors d’un Grand Prix d’Europe d’anthologie où l’arceau de sécurité céda sous la violence du choc. Heureusement, il s’en sortit indemne.

Sauber le prolongea pour 2000 aux côtés de Mika Salo, pour leur plus grand malheur puisque ni l’un ni l’autre ne s’appréciaient. Le Finlandais ironisa même sur l’accrochage impliquant son équipier et Jean Alesi (décidément) à Hockenheim, déclarant qu’après avoir compris « qu’il ne pouvait pas [le] sortir, il est allé voir qui d’autre il pouvait dégager » ! Il faut dire que Diniz fit chou blanc là où Salo marqua à quatre reprises, en plus de quelques erreurs dont un nouvel accrochage initial sur l’A1 Ring. Le Brésilien eut beau finir régulièrement les courses et signer l’une ou l’autre performance, ce n’était plus suffisant.  Son dernier hourra resta Indianapolis où il figura un temps troisième et tenait le Top 6 avant un arrêt au stand impromptu. Son dernier GP en Malaisie s’acheva lui sur… un accrochage dès le premier tour impliquant trois monoplaces. Triste fin.

Certaines choses ne s’achètent pas…

Certaines choses ne s'achètent pas

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Désireux de prendre un nouveau départ, Sauber s’en sépara à la fin de l’année. Diniz prit la direction de Prost GP mais en tant qu’actionnaire afin de donner un nouvel élan à une équipe en difficulté financière. L’association tourna court à partir de l’été faute d’accord et le Brésilien quitta le paysage de la F1 pour promouvoir les formules de promotion dans son pays. S’il n’était pas destiné à une grande carrière, Diniz fit mieux que ce que beaucoup d’observateurs prévoyaient, prouvant qu’un pilote payant mérite aussi un salaire. Car le respect ne s’achète pas.