Les fans de Formule 1 aiment les courses sous la pluie et pour cause. Elles ont généralement deux intérêts positifs : donner du piment (supplémentaire) à la course et permettre à certains pilotes de se démarquer. Quelques grands noms ont d'ailleurs construit leur légende en brillant sur piste détrempée et leurs exploits font désormais partie de l'Histoire.

Pourtant, il existe de nombreuses performances peut-être moins spectaculaires mais parfaitement dignes d'intérêt. Des performances qui impliquent aussi bien les grands spécialistes de la pluie, d'autres pilotes particulièrement doués sous l'averse et même certains qui, le temps d'une course, ont eu droit à leur quart d'heure de gloire.

Chuva, chuva !

Quand on pense à un « rainmaster », deux noms ressortent généralement, selon la génération et la sensibilité de chacun. Les uns parleront d'Ayrton Senna, les autres ne jureront que par Michael Schumacher. Et chacun mérite parfaitement cette distinction. Le brésilien a marqué de son empreinte les Grands Prix de Monaco 1984, du Portugal 1985 et d'Europe 1993. L'allemand a dominé sans contestation à Barcelone 1996, Monaco et Spa 1997. Liste non exhaustive bien entendu. Pourtant, quelques autres belles prestations se sont glissées ici et là.

Dans le cas de Senna, on oublie souvent qu'en dehors de Monaco, Spa-Francorchamps était son terrain de jeu privilégié, avec cinq victoires dont quatre consécutives. Rien d'étonnant en tant que juge de paix fréquemment exposé aux caprices de la météo. Ainsi, deux de ses cinq triomphes se sont produits sur piste humide. Le premier fut en 1985, pour son deuxième succès. Son premier trophée à Estoril reste probablement son plus bel exploit mais Spa ne doit pas être oublié. Il disposait toujours d'une Lotus qui ne dominait pas. Qu'il devance donc des Williams en pleine ascension et le futur Champion du Monde Alain Prost n'était pas anodin.

Ayrton Senna - Lotus

La pluie se fit plus rare lors de ses deux saisons suivantes avec Lotus mais elle sut mettre en valeur sa consécration chez McLaren. Spa 1989 était une nouvelle domination sous la pluie mais la course n'étant pas aussi punitive avec le reste du classement, elle ne marqua pas autant les esprits. Silverstone 1988 épargna aussi beaucoup de concurrents mais Ayrton avait, là encore, laissé à personne le soin de remporter cette course. Ce n'était pourtant pas faute d'essayer de la part d'un anglais moustachu...

La pluie et le beau temps

En ce qui concerne Schumacher, l'attachement envers Spa n'est plus à prouver. Sa remontée dans des conditions changeantes en 1995 et sa démonstration de 1997 font partie de sa légende. Reste qu'il est facile d'oublier les circonstances de sa première victoire en 1992. S'il n'était pas en tête sous l'averse, c'est un passage aux pneus slicks qui le propulsa en tête, prouvant là son sens du timing et sa science de la course avec encore peu d'expérience.
Et quand on sait à quel point la Williams FW14B était au-dessus du lot, une victoire à la régulière valait son pesant d'or. D'ailleurs, dans quelles circonstances Schumacher a t-il fini deuxième pour la première fois ? Vous l'avez deviné (Barcelone 1992). Dans une course où même le maître Senna a fini dans le rail.

Passé chez Ferrari, Schumacher fut d'autant plus efficace qu'il pouvait compter sur une équipe organisée jusqu'au bout des ongles. Meilleur exemple : le choix des pneus intermédiaires en Malaisie en 2001 lui permit de sauter une dizaine de places en deux ou trois mouvements. Certes, la supériorité des Bridgestone face aux Michelin apporta sa pierre à l'édifice en quelques occasions. Les Grands Prix de Grande-Bretagne 2002 ou des États-Unis 2003 sont des exemples évocateurs.
Sauf que le rapport de force pneumatique s'inversa en 2006. Qu'importe : l'allemand fut le seul client Bridg' en verve en Chine et profita des erreurs des pilotes Renault pour remporter son dernier succès. Sur un circuit qui avait jusque là consacré ses pires prestations en course. La F1 n'est plus à un paradoxe près.

Enfin, aussi décevant que fut son retour chez Mercedes, sa prestation de Montréal 2011 doit être reconnue à sa juste valeur. Ce jour-là, il rappela à tous quel pilote il était dans ses plus beaux jours et un podium aurait dû le récompenser en terre québécoise, au vu de ses efforts durant une épreuve apocalyptique. D'autant que la Mercedes n'avait pas encore atteint le niveau qu'on lui connaît aujourd'hui.

Eau bénite

Parmi les pilotes en activité, Max Verstappen semble être le successeur désigné de ces spécialistes. A condition bien sûr qu'Interlagos 2016 ne soit pas un cas isolé. Il ne faut pas non plus sous-estimer les capacités des deux rivaux pour le championnat actuel. Lewis Hamilton comme Sebastian Vettel ont eu leur lot de courses remarquables sous la pluie. Faut-il rappeler que l'allemand a remporté sa première victoire à Monza en 2008 dans ces conditions avec une Toro Rosso, ex-Minardi ? Plus tôt dans l'année, il était remonté de dernier à cinquième à Monaco, ce qui a toujours son effet. Par la suite, Shanghai 2009 (première victoire de Red Bull) confirma ses capacités dans ces circonstances mais celles-ci se firent plus discrètes petit à petit.

Grand Prix du Japon 2007 / Fuji - McLaren-Mercedes

En parlant de Monaco 2008, cette course fut justement remportée par Hamilton en dépit d'un contact précoce contre le rail. Lewis avait aussi effectué de belles manœuvres à Monza mais Silverstone reste peut-être son joyau, encore aujourd'hui. Une minute d'avance sur son plus proche poursuivant, ce n'est pas rien. N'oublions pas non plus Fuji 2007 et une nouvelle victoire, avec des conditions encore plus dangereuses. De nombreux pilotes partirent à la faute - y compris son équipier Alonso - et pas lui. A noter l'abandon de Vettel sous Safety-Car après avoir été surpris par un ralentissement de... Hamilton. Le sens de l'humour de la F1 est impayable...