Certains pilotes se distinguent mieux sur la pluie que d'autres. Parfois c'est par simple affinité naturelle avec ce type de conditions et parfois il s'agit d'un cas isolé mais qui n'est pas moins remarquable que d'autres. Certains pilotes non spécialistes ou non reconnus comme tels ont su se distinguer à l'occasion.

Une goutte d'eau dans l'océan

Ainsi, on peut remarquer que dans le cercle des pilotes à une seule victoire, quelques-uns l'ont décrochée dans des conditions pour le moins compliquées. Côté français, on n'oublie pas Olivier Panis à Monaco en 1996, mais vingt-quatre ans plus tôt, le pionnier de la « french touch » en F1, Jean-Pierre Beltoise, a fait cavalier seul en Principauté. Lui non plus ne disposait pas du meilleur matériel (BRM ne brillait qu'occasionnellement) mais il avait le mérite de conduire pratiquement avec un seul bras, l'autre ayant été gravement touché plus tôt dans un accident durant ses premières années.
La pluie contribua à diminuer son handicap, expliquant en partie son exploit. D'ailleurs quatre ans plus tôt, Beltoise avait teasé sa performance à Zandvoort en finissant dauphin de son équipier Jackie Stewart sur Matra, non sans avoir dû ravitailler. Ce qui n'était pas courant en 1968 !

Si on se déplace du côté scandinave, on retrouve Gunnar Nilsson. Un pilote souvent oublié pour deux raisons. Le suédois est parti trop tôt (cancer d'un testicule) et il ne pouvait que souffrir de la comparaison avec son compatriote Ronnie Peterson. Celui-ci a d'ailleurs écrasé de sa classe le Grand Prix d'Autriche 1978 avec le hat-trick sur Lotus en dépit de fréquents changements d'adhérence.
Mais un an plus tôt à Zolder, c'était Nilsson qui l'avait emporté à la régulière dans des conditions analogues, en dépit d'un arrêt pneumatique prolongé plus que de raison. Cela resta son seul succès mais il témoignait de l'existence d'un certain talent.

Plouf plouf...

© Pinterest - Grand Prix de Monaco 1984 / Stefan Bellof

Pour rester dans le registre des dernières victoires, il serait injuste de mettre de côté Jacques Laffite. Plus connu du grand public par ses commentaires involontairement comiques sur TF1, le pilote Ligier était pourtant passé proche du titre mondial à deux reprises. C'est d'ailleurs son succès à Montréal en 1981 qui le maintint en lice jusqu'au dernier round.
Parti onzième, Jacquot profita de Michelin souverains sous l'averse pour remonter tout le monde et vaincre. Ce fut d'autant plus surprenant que le français n'était pas réputé pour détenir une telle adresse. Il ne répéta d'ailleurs plus jamais une telle performance, cette victoire resta sa dernière.

Il n'a donc pas marqué de points durant la légendaire course de Monaco 1984. Tout le monde connaît l'épreuve pour avoir servi à révéler Ayrton Senna. Ils sont moins nombreux à se souvenir du troisième homme, en l'occurrence Stefan Bellof, l'homme le plus rapide en piste avant l'interruption de la course. Là encore, son mérite peut être atténué par les circonstances (comprenez : la non-conformité de sa Tyrrell).
C'est oublier qu'il partait dernier en étant le seul pilote à moteur atmosphérique qualifié et qu'en étant tout aussi débutant que Senna, il n'avait pas commis la moindre erreur contrairement à d'autres pilotes avec bien plus de bouteille. Et puis dépasser à Monaco restait compliqué.

Ironie du sort : lorsque Senna s'imposa à Estoril en 1985 dans des conditions tout aussi épouvantables, Bellof marqua son premier vrai point.

Driver in the water

© Reddit - Grand Prix du Brésil 1996 / Mika Salo

Si des performances de premier ordre pour une victoire ou un podium peuvent passer au second plan, que dire des exploits isolés juste pour l'un ou l'autre point ? Marc Surer peut en témoigner, lui qui n'a eu droit qu'à une Brabham irrégulière en 1985 comme bonne monoplace.
Le Top 3 se refusa à lui en dépit d'efforts louables. Pourtant, si le Grand Prix du Brésil 1981 reste connu pour la désobéissance de Carlos Reutemann face à Alan Jones, tout le monde a oublié que Surer avait signé le meilleur tour en course et fini quatrième... sur Ensign ! Jamais l'équipe n'a été aussi haut placée et jamais plus elle ne le sera à nouveau.

Une décennie et demi plus tard, le pilote sous-exploité du fond de grille était Mika Salo. Les Tyrrell tiraient leurs dernières cartouches et il fallait tout le talent du finlandais pour ramener les derniers points, sous l'averse parfois. Trois fois Salo finit classé cinquième en conditions humides : à Interlagos en 1996 et à Monaco deux années de suite.
Certes, un accrochage avec son compatriote Mika Hakkinen et Eddie Irvine l'avait éliminé prématurément la première fois mais douze mois plus tard, il avait accompli l'exploit de couvrir l'épreuve d'une seule traite, sans ravitaillement. Une denrée rare durant l'époque où les F1 roulaient avec un demi-plein en course.

Yellow submarine

© Sergio Goldva / Pedro Diniz

Son équipier en 1998 et 2000, Pedro Diniz, n'était pas aussi bien estimé. L'étiquette de pilote payant lui collait à la peau il est vrai et il n'était pas injuste de dire que son potentiel n'était pas aussi grand. Reste que Diniz a fait mieux que se défendre durant sa carrière et n'a jamais eu à rougir de la comparaison avec ses équipiers. Parmi lesquels figuraient Jean Alesi, Olivier Panis et Damon Hill.
Son premier point fut d'ailleurs obtenu sous la tempête barcelonaise en 1996. Les uns retiendront qu'il a fini dernier, les autres souligneront qu'avec six pilotes à l'arrivée, il avait d'autant plus de mérites d'être resté en piste ! Même réflexion à Spa trois ans après, sauf qu'il terminait cinquième et dans le même tour que le leader. Vu les conditions ce jour-là, c'était à mettre à son crédit.

Enfin, en parlant de pilote payant et du circuit belge, Tiago Monteiro s'est mis en valeur sept ans plus tard. On pouvait rire de son podium de pacotille à Indianapolis plus tôt dans l'année, mais sa huitième place en terre wallonne était déjà bien plus représentative.
Le portugais fut constamment en bataille pour le dernier point et son obtention n'était donc pas (que) circonstancielle. Particulièrement solide, Tiago allait même établir un record de kilométrage pour une année d'introduction ! Il restera à jamais le dernier pilote ayant offert un point à Jordan. Sur le même tracé qui avait consacré l'équipe jaune par le passé.