Bien que rejetées dans l'ombre, les performances évoquées précédemment dans notre saga ont pour la majorité leur place dans les statistiques. D'autres n'ont même pas eu cette chance. Pourtant, elles méritent aussi d'être mentionnées.

Parfois, cela vient du fait que le pilote lui-même n'a pas fait date. Nous parlions de Zolder 1977 pour Gunnar Nilsson mais un autre pilote fit des miracles en ce jour. Si nous évoquons le nom de David Purley, les gens penseront à Zandvoort en 1973 lorsqu'il fut le seul à essayer de sauver le défunt Roger Williamson des flammes. Or Purley n'a pas fait que se distinguer par son esprit chevaleresque puisqu'il aligna sa propre voiture, la LEC, et remonta jusqu'à la troisième place durant ce Grand Prix de Belgique !
Hélas, un souci de démarreur lui fit perdre deux tours. Un grave accident en essais préliminaires à Silverstone l'éloigna définitivement des circuits et pour cause : près de 180 G encaissés ! Ce qui ne l'empêchera pas de reprendre le volant après des mois de rééducation. C'est un accident d'avion qui le coupera définitivement dans son élan, en 1985.

© John Millar | Flickr / David Purley - Grand Prix de Belgique 1977

Autre pilote que les statistiques n'ont pas retenu, sauf pour un triste record : Luca Badoer. L'italien reste le pilote au plus grand nombre de courses sans point marqué. Les fans d'aujourd'hui ne peuvent que s'esclaffer à la mention de son nom, séquelle d'un intérim désastreux courant 2009 chez Ferrari. C'est oublier que Badoer a apporté sa pierre à l'édifice qu'était la Scuderia des années 2000, avec ses millions de kilomètres en essais privés.
C'est aussi mettre de côté sa formidable prestation au Nürburgring en 1999. La course reste une des plus chaotiques de l'histoire et la pluie a joué son rôle. Au milieu des stratégies manquées et des écarts de trajectoire, Badoer n'a pas cillé, gardé les slicks entre deux averses inopinées, et devait finir quatrième. Le meilleur résultat de l'histoire d'une Minardi, avant la rupture d'un carter de boite. Ses larmes restent douloureuses encore aujourd'hui.

Une pluie de larmes...

© Flickr / Grand Prix du Canada 1989

Son prédécesseur en tant que travailleur de l'ombre chez Ferrari était Nicola Larini. Celui-ci l'a aussi imité dans sa tendance à choisir des équipes italiennes désargentées. Au moins est-il parvenu à finir deuxième à Imola en 1994 lors de son propre intérim en rouge, même si tout le monde l'oublie pour des raisons évidentes.
Ce qu'on omet davantage, c'est qu'il avait fait son trou dans le Top 6 à Montréal en 1989... avec une Osella ! Une équipe dont on attendait encore moins de miracles que Minardi et dont les derniers points remontaient à cinq ans. Or sa décision de garder les pneus pluie malgré une éclaircie passagère le propulsa brièvement troisième ! Bien entendu, son moteur a mis fin au beau rêve.

Cette course particulièrement arrosée n'a pas manqué de révéler quelques seconds couteaux. Outre Thierry Boutsen qui s'imposait enfin - après 95 Grands Prix, record de l'époque - et Andrea De Cesaris qui montait sur son dernier podium, deux anglais ont dénoté.
En premier Jonathan Palmer, père de Jolyon, qui eut le temps de signer un (seul) meilleur tour en course sur une piste mixte. En second, Derek Warwick, un des nombreux pilotes des eighties qui a toujours injustement buté sur la dernière marche. Lui a même mené la course durant quelques instants, avant d'être rattrapé par Senna. Le même qui cassa son moteur en vue de l'arrivée, bien après celui de Warwick. Celui qui a été privé d'un volant Lotus par ce même Senna en 1986 n'allait plus jamais lutter pour la victoire.

D'Inde de la farce

Force India - Adrian Sutil - Monaco 2008

Sinon, les observateurs plus récents garderont peut-être en mémoire la performance inachevée d'Adrian Sutil à Monaco en 2008. L'allemand partait dernier sur Force India à l'époque où l'équipe venait à peine de racheter Spyker (ex-Jordan), donc pas un foudre de guerre.
Pourtant, au fil des abandons et des places gagnées grâce à un quasi-plein d'essence, Sutil remonta jusqu'à la quatrième place ! Le Safety-Car resserra hélas les positions et un Kimi Räikkönen en perdition l'acheva à la chicane. Sutil remit le couvert en Chine en 2009 avec une sixième place provisoire devant Lewis Hamilton. Cette fois, il tapa le mur et de son fait.

Force India n'en avait pas fini avec les "déboires". Trois ans après au Brésil, c'est Nico Hülkenberg qui torpilla une performance aquatique de l'équipe anglo-indienne après avoir longtemps lutté pour la tête face aux McLaren. Un léger accrochage sanctionné d'une pénalité l'éjectèrent du podium qu'il convoitera toute sa carrière. Heureusement, Sergio Pérez consola les siens à Monaco en 2016 et aurait pu faire de même au Brésil la même année. C'était sans compter sur l'état de grâce d'un pilote néerlandais...

Pays-Bas, espoirs hauts

© F1-history.deviantart

D'ailleurs, si beaucoup sont enclins à couronner Max Verstappen comme nouveau roi de la pluie, son père, bien qu'inférieur, s'est bien défendu durant sa carrière. On peut citer Interlagos 1996 où il réalisait les meilleurs tours sur une Arrows-Hart au plus fort de l'averse, avant de longtemps tenir les ponts en Espagne dans des conditions analogues. Deux performances sanctionnées par un moteur cassé et une sortie de piste.
Une fois l'équipe passée à l'orange et au moteur Supertec, il fit parler sa hargne à Montréal en 2000 et tailla sa route dans le peloton jusqu'à la cinquième place cette fois-ci. On le vit même brièvement deuxième après l'orage tropical de Sepang en 2001, en dépit du poussif moulin Asiatech (ex-Peugeot). Un ravitaillement en trop le fit terminer septième à une époque où cette place était l'équivalent de la onzième aujourd'hui. 

Mais la plus belle occasion ratée restera Interlagos 2003 avec... Minardi. Cela sonne surréaliste mais excepté Nürburgring 1999, il s'agissait bien de la seule course pouvant offrir ce scénario ! Avant un tête-à-queue éliminatoire au virage 3, Verstappen devançait le futur vainqueur Fisichella, à quantité d'essence plus ou moins similaire. Qui plus est chaussé de Bridgestone souverains sur piste mixte, qui sait ce qui aurait pu se produire. La Formule 1 n'a pas fini de nourrir les regrets...