L’aventure Prost Grand Prix fait encore remonter beaucoup d’émotions et de souvenirs chez les fans français, en dépit de sa brièveté. Il y a quinze ans, l’équipe du quadruple champion du Monde fermait boutique définitivement. Du moins, c’est ce que l’on croyait dans un premier temps…

Derniers espoirs

L’histoire de Prost Grand Prix fut marquée par de nombreux coups durs, parfois atténués par quelques exploits. Mais dans l’ensemble, Alain Prost a connu plus de claques que de baisers en tant que patron d’écurie. La saison 2001 aurait dû marquer un nouveau départ après que l’association Prost-Peugeot se soit achevée dans le sang. L’ancien pilote Pedro Diniz prit une participation de 40% grâce à sa fortune familiale et le moteur Ferrari rebadgé Acer représentait une belle alternative, quoique coûteuse. L’équipe comptait encore sur quelques figures telles que Henri Durand à la direction technique, Joan Villadelprat à la gestion sportive et l’éternel Jean Alesi en pilote N°1.

Cependant, les signes avant-coureurs étaient déjà là entre un deuxième pilote payant (Gaston Mazzacane puis Luciano Burti) et des sponsors peu nombreux. Le logo de l’écurie ne sera jamais remplacé sur les pontons alors qu’il ne représentait qu’une solution provisoire. L’équipe dut même faire l’impasse sur les essais privés en deuxième moitié de saison et Pedro Diniz se retira durant l’été. La dispute opposant Prost à son ami et pilote N°1 Jean Alesi n’arrangea rien. Le Français claqua la porte après avoir offert un dernier point en Allemagne. La deuxième ligne de son remplaçant Heinz-Harald Frentzen à Spa fut la dernière éclaircie mais l’Allemand cala au départ tandis que Luciano Burti connut un énorme crash quelques tours après. Ironie du sort, c’est ce même jour que Michael Schumacher récupéra le record de victoires de Prost…

Résurrection intéressée

Au Japon, Prost n’était même pas présent. Une riche famille saoudienne devait reprendre l’équipe mais les attentats du 11 septembre bouleversa ces plans, la famille ayant désormais d’autres priorités. Il fallait de l’argent frais et rapide. Il ne parvint jamais. Renault fit d’ailleurs en sorte de rompre certaines négociations entre Prost et des entreprises afin qu’il n’y ait qu’une seule équipe française au départ en 2002. Le « Piranha Club » porte bien son nom… Le 22 novembre 2001, Prost Grand Prix fut placé en redressement judiciaire. Deux mois plus tard, la liquidation judiciaire était définitivement prononcée. La fin d’une aventure que Prost avoua avoir regretté d’entamer.

Reste que l’équipe était officiellement inscrite au championnat 2002. Avec son retrait, cela laissait donc l’opportunité à un repreneur de récupérer ces droits d’inscription… et l’argent qui va avec. En effet, de par sa neuvième place au classement 2001, Prost devait récupérer un petit pactole issu des droits télévisés. Ainsi, le monde de la Formule 1 fut pris de court lorsque le 28 février, le patron d’Arrows Tom Walkinshaw, associé d’un magnat de l’immobilier nommé Charles Nickerson, annonça le rachat des actifs de Prost Grand Prix et l’engagement d’une nouvelle équipe nommée Phoenix ! Ceci se passa… la veille des premiers essais libres en Australie. Ben voyons !

Un Phoenix en carton

Image : Wikipédia

Bien évidemment, cette équipe n’allait pas débuter à Melbourne. Mais tant de questions survenaient alors. Déjà une d’ordre juridique et politique : Phoenix avait-elle réellement le droit de courir ? Paul Stoddart, patron de Minardi, rapporta qu’en janvier, le « juge a refusé des offres allant de 30 à 50 millions de dollars faute de garantie. Et ils auraient accepté une proposition évaluée à 2,5 millions de dollars ?! » Si Stoddart en était scandalisé, ce n’était pas innocent : le retrait de Prost faisait monter Minardi d’un cran et permettait ainsi à la petite Scuderia de bénéficier de l’argent télévisé. Selon lui, cette équipe n’existait que pour récupérer cet argent et rien d’autre.

Autre point parfaitement nébuleux, cette fois d’ordre sportif : comment cette équipe pouvait-elle espérer bien figurer ? Il fallait compter sur des Prost AP04 vieilles d’un an et modifiées à la hâte pour accueillir un moteur V10 Hart de 1999. Les mêmes qui avaient péniblement équipé les Arrows deux années durant. Ces engins seraient développés dans les installations de TWR, propriété de Walkinshaw. Enfin, Gaston Mazzacane et Tomas Enge, deux ex-Prost, semblaient disposés à piloter mais leur recrutement était lui aussi motivé par le nombre de billets verts. Comme le fit judicieusement remarquer Mika Salo, ancien pilote Arrows en 1998 «Pourquoi en faire toute une histoire ? Aucune chance qu’ils se qualifient avec ces moteurs ! ».

Euthanasie nécessaire ?

Walkinshaw et Stoddart s’affrontèrent par micros interposés tout le weekend tandis que la FIA rejeta Phoenix dans les cordes. Le consortium avait simplement acquis les anciens châssis de 2001 et les rares éléments sortis d’usine pour le modèle 2002. Cependant, la justice ne lui a pas cédé les droits de Prost Grand Prix, que ce soit son nom ou son droit d’inscription pour 2002. Par conséquent, l’équipe-fantôme n’était pas autorisée à courir. Ce que Phoenix se chargea de contredire par communiqué.

Pire encore, Nickerson décida de s’envoler pour Kuala Lumpur avec le matériel racheté, les moteurs Hart, une trentaine de mécaniciens et les pilotes (Tarso Marques relayant Enge) afin de participer au Grand Prix de Malaisie. Pour rappel, la voiture n’avait pas passé de crash-test et ne disposait d’aucun contrat pneumatique. Cette armée mexicaine resta donc bloquée à l’aéroport. Quelques jours plus tard, Phoenix fut inexplicablement rebaptisé DART, (Dunlop Auto Racing Tyres) une société détenue par Walkinshaw dans les années 80 ! Ce dernier aurait même évoqué une première Prost AP05 motorisée par Ford pour Imola ! Une aspirine ?

Le serpent se mord la queue

Image : Wikipédia

Finalement, Phoenix/DART fut définitivement privé de son engagement pour 2002. Après coup, on n’entendit plus jamais parler de Charles Nickerson. Plus tard dans l’année, Arrows tombait en désuétude à son tour, ne pouvant plus payer ses moteurs Cosworth. L’équipe alla jusqu’à manquer volontairement ses qualifications à Magny-Cours pour ne pas endommager le matériel et éviter une amende pour non-participation. Le Grand Prix d’Allemagne fut le 291è et dernier de l’équipe, sans la moindre victoire. La dizaine de millions d’euros de droits télévisés fut accordée à Minardi, ceci malgré les réticences des autres équipes, désireuses de se partager la part du gâteau.

Les restes de Prost Grand Prix furent vendus aux enchères au cours du mois de mai. Tout ce qui a été vendu a trouvé preneur, d’anciens châssis à des triangles de suspension en passant par l’ancien casque de Jean Alesi. Le commissaire-priseur Hervé Poulain rapporta que l’une ou l’autre Prost fut vendue plus cher qu’une ancienne Ferrari des années 90. Signe s’il en est que l’aventure Prost Grand Prix avait touché beaucoup de monde.