Les fans d’aujourd’hui ont pris l’habitude de patienter tout l’hiver avant de retrouver leurs pilotes favoris. Le mois de mars est devenu synonyme de coup d’envoi de la saison après les traditionnels essais hivernaux. Cependant, à l’époque où chaque détail n’était pas encore passé au peigne fin, il était courant de commencer la saison dès janvier. Et même, à deux reprises, dès le premier jour de l’an !

Cette habitude a commencé dès les années 50, avec le Grand Prix d’Argentine ouvrant la saison 1953. Le pays était situé dans l’hémisphère sud, si bien que les pilotes pouvaient profiter d’une température tout sauf hivernale. Ce fut même tout le contraire en 1955 avec une chaleur étouffante qui mit à mal les organismes. Comme le règlement permettait aux pilotes de se relayer au volant de la même monoplace, ceux-ci l’exploitèrent au point que l’on retrouva neuf pilotes aux deuxième, troisième et quatrième places ! Juan-Manuel Fangio quant à lui remporta l’épreuve après 3 heures d’effort sans le moindre remplacement…

Au cours des années 60, l’Argentine baissa pavillon suite à la crise économique. La Formule 1 reprit ainsi un rythme plus traditionnel durant la première moitié de la décennie… du moins pour l’ouverture. En effet, l’Afrique du Sud se permit par deux fois de clôturer la saison en fin d’année : le 29 décembre en 1962 et le 28 décembre en 1963 ! La première occasion vit le couronnement de Graham Hill face à Jim Clark. Le père de Damon fêta d’ailleurs son titre… en prison ! En effet, le champion du Monde et son ami Innes Ireland ne disposaient pas de certificats de vaccination contre la fièvre jaune. Les autorités de Karachi (où ils faisaient escale) s’en rendirent compte et les envoyèrent dans les geôles, où ils furent aspergés d’insecticide. Seule consolation, comme le signala l’épouse de Hill : il avait au moins trois bouteilles avec lui…

Bonne année et bonne course !

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Reste qu’il était un peu triste de « manger le repas de Noël sur la pelouse » comme dit Hill en 1962. L’Afrique du Sud fut donc transféré en tant que manche d’ouverture, telle l’Australie trente ans plus tard. Le pays slalomait entre Kyalami et East London et c’est en ce dernier lieu qu’eut lieu deux courses durant le jour de l’an ! En 1965 et en 1968, les pilotes n’eurent guère le temps de fêter la nouvelle année puisqu’ils durent piloter séance tenante. Heureusement pour eux, la saison précédente se finissait en octobre, ce qui leur laissait quelques vacances. Dans les deux cas de figure, Jim Clark s’imposa sans discussion.

L’édition 1965 vit les débuts d’un autre Écossais surdoué, Jackie Stewart. Il marqua d’ailleurs un point pour son entrée en matière. Trois ans après, il avait signé chez Matra et figurait en première ligne aux côtés de Clark. Hélas il ne fit illusion qu’au premier tour et renonça moteur cassé à mi-parcours. Clark remporta sa vingt-cinquième victoire et s’adjugeait ainsi le record en la matière. Cela resta sa dernière course : le Grand Prix suivant se déroulait en mai et Clark perdit la vie au cours d’une épreuve de Formule 2 le 7 avril. Son record tint cinq ans avant d’être repris par… Stewart. Entre temps, l’édition 1967 s’était déroulée un 2 janvier et fut le théâtre d’une belle hécatombe. Tout bénéfice pour le Mexicain Pedro Rodriguez sur une étrange Cooper-Maserati.

Néanmoins, c’est à Kyalami que le Grand Prix d’Afrique du Sud posa ses valises le plus souvent. Une époque où tous les pilotes pouvaient se prélasser au Kyalami Ranch pendant que leurs rivaux s’époumonaient en piste ! C’est d’ailleurs en Afrique du Sud que se déroula la dernière course de Formule 1 en janvier. Une épreuve bien plus connue pour son contexte extra-sportif puisqu’il s’agissait de l’édition 1982, célèbre pour la fameuse grève des pilotes.

Samba et tango en janvier

Image : gptotal.com.br

Entre temps, Buenos Aires reprit sa place et fut même associé à Interlagos (puis Rio), si bien que l’on eut deux courses en janvier durant les années 70. Les deux pouvaient compter sur leurs principaux représentants avec Carlos Reutemann d’un côté et Emerson Fittipaldi de l’autre. Le futur gouverneur ne parvint cela dit jamais à s’imposer devant les siens en dépit d’une pole position pour ses débuts en 1972. L’édition 1974 restera la plus cruelle puisqu’une panne d’essence le priva de la victoire à deux tours du but. Le vétéran Denny Hulme remporta sa dernière victoire cette année-là.

La tournée sud-américaine restera douce-amère pour les Français. On gardera en mémoire la domination sans partage de Ligier en 1979 avec deux victoires de Jacques Laffite et un doublé au Brésil. René Arnoux ouvrit également son compteur de victoires sur ce territoire l’année suivante. Jean-Pierre Jarier ne peut en dire autant. « Godasse de Plomb » réalisa deux poles coup sur coup en 1975 mais sa Shadow ne parvint jamais au but. La monoplace le lâcha même dès le tour de chauffe en Argentine. Au Brésil, il mena l’essentiel de l’épreuve jusqu’à l’inévitable panne. Ainsi, Carlos Pace remporta sa seule course sur le circuit qui allait porter son nom après sa mort en 1977. C’est cette année que l’équipe Wolf remporta sa première course pour sa première apparition en Argentine grâce à Jody Scheckter. En 1980, c’est Alain Prost qui débuta avec un premier point avant de remporter la dernière course disputée en janvier en 1982, à Kyalami.

Maintenant, débuter l’année en mars est devenu la norme et ce point n’est guère remis en question. Pour une fois qu’un paramètre ne mécontente personne en Formule 1 !