Adélaïde vient de manifester son intérêt pour revenir au calendrier de la Formule 1. Une nouvelle qui a fait réagir et pour cause : la ville australienne a servi de manche de clôture durant une décennie. Elle a donc laissé de très bons souvenirs aux passionnés.

L'attachement du pays océanique envers la discipline ne date pas d'hier. Après tout, dès 1959, on retrouvait un de ses représentants au sommet de la hiérarchie, avec Jack Brabham. Il existait aussi ce que l'on appelait la série Tasmane, une compétition se déroulant en Océanie entre deux saisons "européennes". Certains pilotes n'hésitaient pas à y faire des heures supplémentaires afin de remplir le tiroir-caisse avant le printemps. Le territoire avait donc déjà plus ou moins goûté à la Formule 1 avant d'obtenir une course officielle dans les années 1980.

L'appel de la rue

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La place se joua entre Sydney, Adélaïde et... Melbourne. Mais à en croire le futur promoteur Ron Walker, Adélaïde l'emporta car seul John Bannon, le Premier ministre de la province du sud, avait senti la bonne affaire. Le remplacement d'Adélaïde au calendrier dix ans après coïncida justement avec le départ de cet homme politique...

Ainsi, à partir de 1985, Adélaïde s'adjugea la dernière place au calendrier. Pourtant, si le Grand Prix d'Australie se fit connaître en partie par ce positionnement, il ne fut que rarement décisif dans la course pour le titre. En effet, sur onze éditions, seules deux comptèrent pour les couronnes mondiales ! C'est dire que l'épreuve australienne marqua les esprits en dépit de l'absence de suspens.

Spécialiste des tracés urbains impitoyables pour la mécanique, Keke Rosberg remporta sa dernière course pour la première en ces lieux après une intense bataille avec Ayrton Senna et le futur retraité Niki Lauda. L'Autrichien se retira avec les honneurs puisque seule la rupture d'un disque de freins  l'empêcha de finir en beauté. Le Finlandais devança les Ligier de Jacques Laffite et du rookie Philippe Streiff, lequel fut proche d'éliminer son aîné sur la fin ! Seules huit monoplaces sur vingt-six purent distinguer Glen Dix, personnalité du sport automobile australien, qui secouait le drapeau à damier à sa manière.

Suspens hitchcockien

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L'édition 1986 rentra elle dans la légende pour son final à suspens. Une course où, pour reprendre les termes de Nelson Piquet, "un petit Français au nez cassé et tordu a réussi à nous avoir". En effet, tout le monde s'attendait à voir Nigel Mansell triompher et peu croyaient en Alain Prost. C'était déjà un exploit d'être resté en lice jusqu'au bout au vu de la supériorité des Williams-Honda face à la McLaren TAG-Porsche.

Au final, Prost prit tout le monde de court, les ingénieurs de Goodyear compris. En effet le Professeur connut une crevaison mais avec des pneus nullement usés, incitant Williams à aller au bout sans changer de gommes. La rupture de gomme de Keke Rosberg – qui acheva sa carrière avec panache – remit en cause cette stratégie, et l'explosion du pneu de Nigel Mansell confirma qu'il s'agissait d'un mauvais calcul. Un arrêt aux stands de Piquet plus tard, et Prost, était "champion d'un thriller", pour reprendre la une d'un journal local.

L'année suivante fut le théâtre d'une nouvelle hécatombe, tant le circuit malmenait les freins. Certes, Gerhard Berger n'eut besoin de personne pour triompher puisqu'il mena de bout en bout. Sauf que trois des six premiers disposaient de moteurs atmosphériques pourtant écrasés par les turbos. Jonathan Palmer (père de Jolyon) finit quatrième sur Tyrrell devant Yannick Dalmas sur Lola et Roberto Moreno sur AGS. C'était le premier point de la petite équipe de Gonfaron là où Dalmas, futur spécialiste du Mans, ne conserva pas ses deux points. Lola n'avait déclaré qu'une seule voiture en début de saison, rendant ainsi sa deuxième voiture inéligible au championnat du Monde.

Il pleut, il pleut... Berger ?

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Mais Adélaïde battit aussi sa renommée grâce à la pluie. Si les autorités sportives prirent la bonne décision d'interrompre le tout après une quinzaine de tours en 1991 pour le Grand Prix le plus court de l'Histoire à ce jour, c'est parce qu'elles ne comptaient pas répéter l'erreur commise deux ans plus tôt ! En dépit des multiples accidents et accrochages généralement provoqués par une adhérence et une visibilité proches de zéro, la course se prolongea jusqu'aux deux heures réglementaires. Il est peu dire qu'elle manqua de virer au drame à plusieurs reprises. Le plus "bel" exemple reste Senna harponnant la Brabham de Martin Brundle en pleine ligne droite, aveuglé par les projections d'eau.

Trop conscient des risques encourus et déjà assuré de son titre, Alain Prost préféra mettre pied à terre dès la fin du premier tour. Ses collègues se rendirent compte après coup que le Professeur avait, comme souvent, vu juste. Au moins, Thierry Boutsen s'imposa une deuxième fois en carrière. A noter aussi le meilleur tour en course et la quatrième place de Satoru Nakajima, pourtant souvent peu inspiré.

Boutsen ne fut pas le seul vainqueur inattendu en Australie. En 1990, on attendait une Ferrari ou une McLaren mais c'est une Benetton qui sortit vainqueur. Nelson Piquet profita des ennuis d'Ayrton Senna pour s'imposer devant son cher ami Nigel Mansell. Le Lion manqua d'ailleurs d'éliminer son ancien équipier dans le dernier tour sur un freinage appuyé ! Deux ans après, c'est Senna qui percuta Mansell, mettant prématurément fin à sa carrière. Du moins, c'est ce qui était prévu par Nigel dans un premier temps. En attendant, Berger l'emportait devant la Benetton de Schumacher. Pour mémoire, il s'agit de la dernière victoire d'une McLaren-Honda. A bon entendeur...

Passages de témoin

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1993 fut plus remarqué pour ses chants du cygne : dernière course d'Alain Prost et de Riccardo Patrese, et dernière victoire d'Ayrton Senna, enfin réconcilié avec le Professeur. Celui-ci ne revint jamais en course, à l'inverse de Mansell après la mort de Magic. Mansell conquit d'ailleurs sa 31è et dernière victoire à Adélaïde en 1994. Il est vrai que l'on a tendance à l'oublier puisque toute l'attention était concentrée sur le duel Schumacher-Hill. Un combat serré qui s'acheva par un accrochage controversé, le premier ayant clairement cherché à mettre le deuxième hors course. C'est ce qu'il advint. Tout bénéfice pour Mansell qui vint à bout de Berger. Ce fut aussi la dernière course de Michele Alboreto, en toute discrétion puisque l'Italien finissait sa carrière chez Minardi.

En 1995, le circuit lui-même tirait sa révérence, non sans une ultime course à éliminations. Jamais meilleur que quand la pression est retombée, Damon Hill s'imposa sans problème, aidé il est vrai par un David Coulthard s'accidentant dans l'entrée des stands ! Michael Schumacher et Jean Alesi célébrèrent leur échange de volant pour 1996 par un accrochage, Heinz-Harald Frentzen signifia par le majeur tout le bien qu'il pensait de Mark Blundell, Olivier Panis finit deuxième avec un moteur agonisant et Gianni Morbidelli troisième sur un Hart au souffle court, tandis que Pedro Lamy marqua le dernier point de Minardi avant 1999. Que d'événements !

Reste que depuis, Melbourne s'est aussi construit un beau patrimoine automobile. Et vous, lequel préférez-vous ?