Après des mois d'inquiétude, Sauber a assuré sa survie à court terme, sinon à moyen terme. L'équipe a vendu ses actions à Longbow Finance S.A, ce qui maintient Monisha Kalterborn en place mais implique aussi le retrait de Peter Sauber. Le fondateur de l'équipe suisse prend définitivement sa retraite après s'être déjà retiré en 2006 lors du rachat par BMW. Car en effet, Sauber a eu deux vies.

Lorsque le nom Sauber s'ajouta à la liste des engagés pour la saison 1993 de Formule 1, certains connaisseurs n'ignoraient pas que cette équipe ne manquait pas d'expérience. Vainqueur aux 24 Heures du Mans en 1989, elle collabora avec Mercedes et mit le pied à l'étrier à certains espoirs allemands, parmi lesquels Heinz-Harald Frentzen et Michael Schumacher. On peut donc suspecter que le futur septuple champion du Monde aurait débuté en même temps que Sauber si Bertrand Gachot n'avait pas usé du gaz lacrymogène avec un chauffeur de taxi britannique...

En attendant, c'est un autre talent germanophone s'étant exercé en Endurance avec Sauber qui rejoignit l'équipe pour ses débuts, à savoir Karl Wendlinger, accompagné du Finlandais JJ Lehto. Le sérieux de l'entreprise se confirma par d'excellents chronos en qualifications et la cinquième place de Lehto, qui marqua donc les premiers points de l'équipe d'entrée de jeu. Si la fiabilité fit souvent défaut, sans compter quelques points perdus par les pilotes, Sauber réussit son examen de passage avec 12 points marqués. Suffisant pour que Mercedes revienne enfin sous son nom l'année suivante après avoir motorisé l'équipe en toute discrétion.

Hélas, les ennuis débutèrent. Certes Heinz-Harald Frentzen impressionna comme attendu mais Wendlinger se blessa grièvement en essais à Monaco, le sponsor Broker fit faux bon à l'équipe et Mercedes préféra se lier à McLaren à partir de 1995. A partir de là, Sauber ne progressa plus vraiment et devint essentiellement une équipe de milieu de plateau, glanant de bons points et l'un ou l'autre podium dans des circonstances favorables. Ford ne disposait pas d'une cavalerie impressionnante et Frentzen ne pouvait porter l'équipe à lui seul, en dépit des efforts de Johnny Herbert en 1996 et de l'apport financier de marques telles que Petronas et Red Bull, qui rentra dans le capital de l'équipe. Au moins, HHF finit par persuader Williams de l'engager (après avoir refusé une première fois en 1994), non sans avoir offert le premier podium de l'équipe à Monza en 1995. Herbert l'imita avec la troisième place à Monaco au cours d'une course entrée dans la légende.

La situation ne s'arrangea pas plus que cela lorsque Petronas finança l'utilisation d'un moteur Ferrari client. Herbert marqua régulièrement en 1997 (troisième en Hongrie) mais perdit pied en 1998 face à Jean Alesi. La fiabilité recommença à poser problème et ce fut surtout criant en 1999 où la boîte de vitesses empêcha trop souvent le Français de concrétiser ses efforts. Au moins ramena t-il la troisième place (encore) à Spa en 1998 mais avec seulement cinq points en tout pour 1999, on commença à se dire que Sauber n'allait jamais grandir. Même son de cloche en 2000 avec Mika Salo remplaçant Alesi.

Tenir la distance...

Image : F1-history.deviantart

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Sauber prit alors une décision radicale en 2001 : parier sur deux jeunes pilotes sans complexe avec le champion 1999 de F3000 Nick Heidfeld et Kimi Räikkönen, champion de Formule Renault britannique n'ayant couru que 23 courses en monoplace ! Sa super-licence fut donc accordée à titre provisoire mais le Finlandais, imperturbable, s'adapta à vitesse lumière et mena même la vie dure à Heidfeld, pourtant très convaincant. Avec 21 points, Sauber accomplit sa meilleure saison. Raïkkönen parti chez McLaren, Felipe Massa représenta le nouveau pari des Suisses mais le Brésilien, plus fougueux, rectifia trop souvent sa monoplace pour convaincre en dépit d'une pointe de vitesse bien réelle. Les finances serrées de Sauber se firent sentir avec une voiture qui régressa dans la hiérarchie en cours de saison, une constante à la fin des années 90 et au début des années 2000.

Avec un barème élargi aux huit premiers pour 2003, la constance était la clé et Sauber réengagea Heinz-Harald Frentzen pour la circonstance. Hélas la monoplace était encore moins réussie et les points se firent presque aussi rares qu'en 1999 et 2000. Seul un Grand Prix des Etats-Unis arrosé leur fut favorable grâce à leurs Bridgestone souverains sous la pluie et au flair stratégique de Frentzen. Nouvelle troisième place pour le dernier podium de l'équipe (et de son pilote) sur sa première forme. Si Giancarlo Fisichella et Felipe Massa, de retour, accumulèrent les places d'honneur durant toute la saison 2004, le Top 3 se refusa à eux. Idem en 2005 avec le revenant Jacques Villeneuve remplaçant Fisichella parti chez Renault, sauf que la monoplace fut bien moins convaincante. La soufflerie ultra-moderne obtenue entre temps ne pouvait tourner à plein régime sans une vraie puissance financière derrière. De guerre lasse et voulant assurer l'avenir de ses employés, Peter Sauber vendit son équipe à BMW, désireux de voler de ses propres ailes après un partenariat à moitié concluant avec Williams.

Si BMW progressa enfin au point de devenir la troisième meilleure équipe en 2007 et une candidate à la victoire en 2008, sa politique laissa perplexe, notamment lorsque la marque gela le développement de sa monoplace de 2008, alors que Robert Kubica était un prétendant légitime au titre mondial ! Le Polonais a offert à l'équipe sa seule pole à Bahreïn et sa seule victoire au Canada, Heidfeld (revenu en 2006) complétant le triomphe par un doublé. Tout ceci fut vite oublié lorsque l'équipe subit de plein fouet les changements de réglementation de 2009 avant de mettre les voiles, découragé par la situation économique mondiale. Sans repreneur sérieux, Sauber s'est vu contraint de revenir à la barre pour sauver son équipe.

Ainsi, on retrouva le nom de l'équipe suisse sur les tablettes en 2010, avec une voiture vierge de sponsor et motorisée par Ferrari, le tout avec le vétéran Pedro de la Rosa et le néophyte Kamui Kobayashi. Le second brilla davantage que le premier (si bien que Heidfeld revint à la charge en fin d'année) et impressionna par son pilotage, incisif mais maîtrisé. Il fut tout naturellement conservé trois années de suite mais connut une plus grosse opposition avec Sergio Perez, vice-champion GP2 en 2010. Le Mexicain se fit une spécialité de conserver ses gommes le plus longtemps possible et le mit parfaitement en application en 2012 avec trois podiums. Perez frôla même la victoire en Malaisie en menaçant la Ferrari de Fernando Alonso. Kobayashi ne fut pas en reste avec un podium qui mit le feu au public japonais à Suzuka.

C'était hélas le chant du signe. Sauber n'avait pas pour vocation de durer et ne pouvait que souffrir à un moment donné. Si Nico Hulkenberg maintint l'illusion en 2013, ni Adrian Sutil, ni Esteban Gutierrez ne marquèrent de points en 2014, une première dans l'histoire de l'équipe, alors que le barème récompensait les dix premiers depuis 2010. Pire encore, elle finit dernière, Marussia ayant marqué des points à Monaco et Caterham ayant signé un meilleur résultat général. Pour remplir les caisses, deux pilotes payants furent engagés en 2015 avec Felipe Nasr et Marcus Ericsson mais ils surent se défendre à l'occasion avec quelques bonnes unités, dont la cinquième place lors de l'ouverture en Australie. Faute de développement, les points se font encore attendre à ce jour pour 2016.

L'avenir nous dira si cette reprise représente un nouveau départ ou un dernier souffle.