Silverstone est l'un des quatre circuits qui fait acte de présence au calendrier depuis les débuts en 1950. Or pour pouvoir garder sa place, le tracé a subi plusieurs modifications plus ou moins importantes et plus ou moins inspirées.

L'inconscient collectif associe la ligne droite de départ-arrivée de Silverstone avec le tronçon séparant Woodcote et Copse et pour cause : il aura rempli ce rôle pendant près d'un demi-siècle, conférant ainsi à Copse un certain statut, au même titre que La Source à Spa-Francorchamps et Sainte-Dévote à Monaco. Et pourtant, c'est après la courbe d'Abbey (peu avant l'ancien passage sous le pont) que les pilotes ont démarré leurs moteurs lors des deux premières éditions, soit non loin de l'emplacement actuel de la ligne d'arrivée.

Si Silverstone comporte une bonne quantité de virages, pendant longtemps le circuit ne se composait que de huit courbes et dans une configuration différente de celle d'aujourd'hui ou des années 90. Ainsi, Copse était plus serré là où Stowe et Club – les virages suivant la ligne droite du Hangar Straight – étaient plus ouverts et plus rapides. Le premier a marqué la mémoire collective pour l'accident de Michael Schumacher en 1999 lui causant une jambe cassé tandis que les plus âgés auront probablement compté le nombre de voitures échouées dans les échappatoires des deux virages susnommés lors de la grosse averse de l'édition 1975.

Silverstone 1950

Silverstone 1950

Entre Copse et Stowe se situe l'enchaînement rapide Maggots-Becketts-Chapel, un des préférés des pilotes encore aujourd'hui bien qu'il se composait de moins d'enchaînements gauche-droite par le passé. Enfin le virage de Woodcote, longtemps le dernier du circuit, posait problème à l'époque dans le sens qu'il n'était pas assez lent pour ralentir les monoplaces avant le prochain tour. Ceci eut son importance en 1973 quand un jeune Jody Scheckter vira au large pour revenir sur le circuit en catastrophe et provoquer un des carambolages les plus célèbres de l'Histoire. Ce pourquoi une chicane fut accolé au virage lors de l'édition suivante.

Si elle n'empêcha pas de nouvelles pirouettes, comme celle de Gilles Villeneuve en 1981, la chicane perdura jusqu'en 1985, année où Keke Rosberg signa le tour le plus rapide de l'Histoire à 259 km/h de moyenne, ce malgré une crevaison lente ! Deux ans plus tard – le Grand Prix de Grande-Bretagne alternait avec Brands Hatch jusqu'à ce moment – les pilotes eurent la mauvaise surprise de trouver une nouvelle chicane après le pont suivant Abbey. Plus lente que la précédente, elle ne plut guère aux pilotes qui appréciaient le caractère rapide du circuit.

Pourtant, c'est toujours dans l'optique de faire baisser la vitesse que le circuit subit ses plus fortes modifications en 1991. L'enchaînement Maggots-Becketts-Chapel prit le visage qu'on lui connaît aujourd'hui et sut conserver avec Copse et Abbey les sensations de l'ancien tracé. Cependant Stowe et surtout Club ont été resserrés et ralentis – et le sont restés – tandis que le dernier secteur fut complètement remanié avec une section lente qui trouva plus difficilement son public mais qui eut le mérite d'apporter de la variété au tracé.

Cela ne s'est pas arrangé en 1994 où, comme Barcelone, Montréal et Spa-Francorchamps, le circuit subit des modifications suite aux drames d'Imola. Abbey vit lui aussi une chicane pousser à la place de son gauche rapide, Stowe fut davantage resserré et le dernier secteur devint encore plus lent. Cependant ces deux dernières modifications furent corrigées en 1996 et 1997 : Stowe s'arrondit de nouveau et le dernier secteur fit de même. A partir de là, le tracé se stabilisa concrètement jusqu'en 2010.

Cette fois c'est un gros changement qui prit place sur l'ancien aérodrome, comme en 1991 : le circuit bifurqua complètement après Club avec un enchaînement droite-gauche rapide avant deux épingles serrées, un léger virage à gauche et une ligne droite ramenant sur l'ancien tracé. Le tout rallongea le tracé de plus de 700 mètres. A noter que ces changements n'ont pas été l’œuvre de Hermann Tilke, dessinateur de l'essentiel des circuits modernes depuis le renouvellement de l'ex Osterreichring en 1997.

La construction du nouveau complexe à l'intérieur du circuit fit déménager la ligne droite des stands juste avant cette nouvelle portion au grand dam des puristes. Néanmoins, la légende de Silverstone continue de vivre depuis plus de soixante ans. Peu de tracés, modifiés drastiquement ou non, peuvent en dire autant.