Monza 1978 : titre mondial, drame et bannissement

Par |2016-09-10T10:00:46+02:00samedi 10 septembre 2016|Formule 1|

A la suite du Grand Prix de Belgique 2017, beaucoup se sont offusqués du comportement de Sergio Pérez. Son coéquipier chez Force India, Esteban Ocon a considéré qu'il manqua, de le "tuer par deux fois." En 1978, la perte d'un des leurs a poussé les pilotes à se rassembler contre un bouc-émissaire...

Evolution des mœurs

L'année 1978 en Formule 1 fut marquée par plusieurs événements. On se rappellera de la première victoire de Michelin à Jacarepagua et de Patrick Depailler à Monaco. On pense aussi au succès de la Brabham "aspirateur" peu avant son interdiction ou encore de la domination de Mario Andretti et de Lotus grâce à la splendide Lotus 79 à effet de sol. Hélas, c'était encore une époque où l'on pouvait déplorer le décès d'un pilote en dépit des efforts produits en faveur de la sécurité. C'était aussi une période où le comportement des pilotes faisait débat. Deux facteurs étroitement liés.

Les années 70 marquèrent une certaine prise de conscience quant à la sécurité toute relative du sport automobile. Alors que celle-ci commençait enfin à progresser, au même moment survinrent des pilotes développant une fougue qui ne fit pas que des heureux dans le peloton. Clay Regazzoni arriva en 1970 avec une réputation proche de celle de Pastor Maldonado. Plus tard, les premières apparitions de Jody Scheckter se conclurent généralement sur une sortie de piste ou un accrochage. On lui doit notamment le carambolage de Silverstone 1973 tandis que le si poli François Cevert réclama son bannissement après un contact douloureux à Mosport la même année. L'idée étant que ces pilotes avaient moins conscience du danger et qu'il ne fallait pas ou plus jouer avec le feu. La mort ne devait plus rôder en Formule 1.

Arriva Riccardo Patrese. Connu généralement pour avoir détenu pendant 15 ans le record de participations de sa discipline (256 Grands Prix), l'Italien était tout sauf discipliné à ses débuts. S'il ne se fit pas trop remarquer chez Shadow en 1977, c'est lorsqu'il déserta l'équipe pour suivre les fondateurs d'Arrows que son nom devint source de discussions. Ronnie Peterson ne put que déplorer une résistance comparable à celle de Max Verstappen lors du Grand Prix de Suède. Plus tard, c'est Didier Pironi qui fut victime des errements de Patrese dès le premier tour à Zandvoort. Autant dire qu'en arrivant à Monza, Riccardo avait déjà une épée de Damoclès sur la tête.

Du rêve au cauchemar

Image : F1-history.deviantart

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Pourtant, le temple de la vitesse devait être un lieu de fête. Mario Andretti avait toutes les chances de devenir champion du Monde ce week-end là. Cela avait une saveur particulière puisque l'Américain revenait sur ses terres d'origine, sur le circuit qui lui avait fait découvrir sa passion. Le tout dix ans après ses débuts, avec Lotus justement. Ronnie Peterson était son seul rival mais il était son équipier et surtout son lieutenant, car tel était son contrat. Le Suédois, impassible, respecta son statut à la lettre en assurant le doublé aux Pays-Bas en dépit des ennuis d'Andretti.

La messe était dite, Andretti signa d'ailleurs la pole là où Peterson se contenta du cinquième rang à cause de soucis de freins. Les mêmes qui le propulsèrent dans le rail au warm-up, détruisant sa voiture. Le mulet étant réservé à Andretti, Peterson demanda à Colin Chapman de l'emprunter. Sauf que son patron lui fit du chantage : il y aura droit s'il reconduit son contrat ! En effet, Ronnie ne comptait pas rester N°2 trop longtemps et avait déjà signé chez McLaren pour 1979. C'est pourquoi il dut se rabattre sur une vieille Lotus 78 de 1977.

Cela n'était pas tant un problème. Le vrai problème, c'est que le départ de la course fut donné à l'emporte-pièce, ce qui était hélas une habitude en ces lieux. A ce moment, il n'y avait pas encore de starter officiel. Ici, la personne désignée pour le signal de départ lança les 26 voitures sans attendre que tous les pilotes soient immobilisés ! C'est pourquoi il y eut un certain déséquilibre entre les pilotes de tête et ceux du milieu de grille. Pour ne rien arranger les monoplaces avaient encore accès à l'asphalte longeant la ligne droite de départ et appartenant à l'ancien anneau de vitesse. Un asphalte interrompu par le rail et qui resserre donc la piste aux abords de la première chicane.

Quelques uns s'hasardèrent à l'emprunter, dont Patrese, qui, dans son retour sur la "vraie" piste, surprit James Hunt. Celui-ci percuta Peterson et déclencha une réaction en chaîne. Le feu éclata et une épaisse nuage noire finit par recouvrir la ligne droite tandis que plusieurs voitures s'écharpèrent. Ce fut alors l'anarchie totale. La Lotus de Peterson était en flammes et on eut le plus grand mal à éteindre l'incendie et à dégager le Suédois de son épave, broyée à l'avant. A côté, Vittorio Brambilla, vainqueur maladroit en Autriche 1975, était inconscient après avoir reçu une roue sur la tête. On avait donc affaire à deux blessés graves. Hunt recommanda à Peterson de ne pas regarder ses jambes qui étaient dans un sale état.

Drame à l'italienne

© F1-history.deviantart

Pire encore, les officiels du circuit empêchèrent qui que ce soit d'entrer sur la piste. Les membres des équipes concernées ou les médecins ne faisaient pas exception. On comptait d'ailleurs un certain Sid Watkins, que Bernie Ecclestone avait embauché plus tôt dans l'année afin que les pilotes bénéficient de son expertise. Mais encore méconnu, on lui refusa l'accès au circuit. Le comble fut atteint lorsque le team manager de Surtees (l'équipe de Brambilla) fut assommé par un policier lui infligeant un coup de matraque !

La course fut relancée quoique raccourcie. Ironie du sort, Andretti et Gilles Villeneuve (également en première ligne) furent pénalisés d'une minute pour... départ anticipé ! Ils avaient en effet cherché à compenser le désavantage involontairement donné par le directeur de course qui avait répété son erreur... Avec Peterson blessé et probablement forfait pour la fin de saison, Andretti était donc virtuellement champion du Monde. Cela étant, quelle importance entre l'état de son équipier et ami et l'organisation déplorable de "son" Grand Prix. "Ce jour que j'espérais béni et que j'attendais depuis 24 ans a été gâché par la carence des organisateurs sur le circuit même où ma passion était née. Tout ce que je ressens est une profonde tristesse", furent ses mots après coup.

Brambilla récupéra de ses blessures et put même piloter à nouveau épisodiquement les deux années suivantes. Hélas Peterson ne fut pas aussi chanceux. Désirant retrouver ses moyens le plus vite possible, il fut victime de la précipitation des médecins, ce alors que l'on déplorait une vingtaine de fractures aux jambes. Une embolie se déclara dans la nuit et Peterson y succomba le lendemain. Huit ans après Jochen Rindt, Chapman perdait un nouveau pilote en Italie. Ne voulant pas être accusé d'homicide involontaire, le patron de Lotus quitta le pays au plus vite.

Chasse aux sorcières

Image : F1-history.deviantart

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Mais la personne qui se retrouva sous le feu des projecteurs, ce n'était pas Chapman mais bien Riccardo Patrese. Impliqué dans le carambolage, la majorité des pilotes estimèrent que c'en était trop et choisirent de boycotter le Grand Prix des Etats-Unis si l'Italien était au départ ! Devant cette opposition, Arrows préféra retirer son pilote. Jamais jusque là un pilote fut chassé par ses pairs suite à un accident. De plus, Patrese payait là davantage ses errements passés puisque sa responsabilité dans l'accident de Monza était loin d'être évidente. Outre le départ bazardé, il s'avéra par la suite que le contact fut davantage provoqué par James Hunt que Patrese. Ce n'était probablement pas innocent que l'Anglais fut le principal détracteur du pilote, depuis la cavale à Watkins Glen jusqu'à son décès en 1993. Ironie du sort, la dernière année de Patrese en Formule 1...

Patrese mit du temps à se remettre de cet épisode, d'autant qu'il fut poursuivi par la justice italienne après coup (il fut heureusement blanchi fin 1981). Il tarda aussi à soigner son pilotage puisque d'autres pilotes furent témoins de sa défense rugueuse. Alain Prost en témoigna lors du Grand Prix du Brésil 1980. Mais il finit par sortir de sa coquille et se faire respecter de tous. Ses victoires chez Williams, son 200è Grand Prix en 1990 et son départ fin 1993 furent unanimement salués par ses pairs, rendant hommage à celui qui était devenu un gentleman. Personne n'aurait pu parier que le casse-cou de ses débuts devint le vétéran du plateau.

Depuis, d'autres pilotes furent bannis d'une course après un carambolage mais par les autorités. On peut citer Mika Hakkinen après Hockenheim 1994 et Romain Grosjean après Spa 2012. L'un eut la carrière que l'on sait et l'autre apprit aussi de ses erreurs. Reste à espérer que Sergio Pérez n'ait pas besoin de passer par ce genre d'événements.

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