Lorsqu'on parle des 24 Heures du Mans, certains pensent évidemment à cette tragédie. 1955, le sport automobile est endeuillé par un terrible accident, le plus grave de tous les temps. 

Ç'aurait dû être une fête, comme souvent dans le sport automobile. Mercedes revenait sur l'épreuve mancelle pour la première fois depuis l'édition 1952, qu'elle avait remporté. Avec des noms comme Juan-Manuel Fangio ou Mike Hawthorn, tout présageait une édition disputée.

Le samedi 11 juin 1955, à 15 heures, le départ de la 23e édition des 24 Heures du Mans est donné. Le duel entre Mercedes et Jaguar est l'attraction de cette course très suivie par les spectateurs. Durant les premières heures, la bagarre entre Mike Hawthorn et Juan-Manuel Fangio suscite l'enthousiasme du public présent au Mans.

18h25, le drame

Mais, à 18h25, les choses prennent une autre tournure. Dans son témoignage publié dans Paris Match le 16 juillet 2009, Jacques Grelley, spectateur de l'épreuve, explique le drame :

"Au loin, la Jaguar de Hawthorn, poursuivie par la Mercedes de Fangio, arrive pied au plancher. Le spectacle est grandiose. Dans une manœuvre audacieuse, Hawthorn dépasse une Austin Healey, retardée, avant de lui couper la route pour aller ravitailler. Surpris, le pilote de la petite anglaise est contraint de faire un écart avant d’être heurté par une autre Mercedes, celle de Levegh, lancée à 250 km/h. Sous l’effet du choc, le Français décolle. A cet instant, la scène tourne au cauchemar. La voiture de Levegh s’écrase contre le talus séparant la piste des tribunes. A l’impact, le pilote est éjecté tandis que la voiture explose littéralement, projetant train avant, capot et moteur vers les gradins''.

Pour aller plus loin dans le témoignage de Jacques Grelley, Mike Hawthorn a dépassé Lance Macklin. Après l'avoir dépassé, le leader de la course a coupé la route du véhicule nettement moins rapide pour rejoindre son stand. Aussi, n'ayant pas de freins à disque, Macklin fait un mouvement pour éviter la Jaguar. Mais Pierre Levegh est non loin de lui et le drame ne peut être évité. La Mercedes du pilote français est catapultée dans le mur et explose. Le moteur, tout comme le capot et le train avant, sont propulsés dans le public. Le pilote est également propulsé. Macklin finit, quant à lui, sa course dans un poste écrasant trois personnes.

Le seul problème est que le feu de la Mercedes n'est pas maîtrisé. En effet, le carburant a pris feu provoquant l'allumage de l'alliage de magnésium. Les commissaires ont versé dessus de l'eau, sans savoir que cela intensifierait le feu. En conséquence, la voiture a continué à brûler pendant plusieurs heures.

Une course continuée pour éviter la surcharge des routes

Malgré l'accident, les officiels décident de continuer la course. Cette décision peut paraître étonnante et pourtant, elle a du sens. Cet incident, qui fait état de 82 morts officiellement, ne devait pas empêcher les secours de rejoindre la piste. Arrêter la course signifierait provoquer une surcharge inutile des routes et ainsi, empêcher les secours de rejoindre la piste au plus vite.

Une autre explication a été donnée par Charles Faroux, le directeur de la course au journaliste du Figaro. « Les Anglais à Farnborough, il y a trois ans, ont donné l'exemple : même quand il arrive une catastrophe de cette ampleur funeste, la rude loi du sport - et ici d'un sport qui s'apparente aux sports de combat - impose de continuer ».

Mercedes, un retrait qui a suscité une polémique

Comme à chaque fois qu'il y a la mort d'un pilote ou de spectateurs, Mercedes a choisi de quitter l'épreuve. Cela ne s'est pas fait immédiatement, le protocole de l'équipe étant strict. Ainsi, John Fitch, co-pilote de Pierre Levegh, a recommandé à l'ingénieur en chef de Mercedes, Rudolf Uhlenhaut, que l'équipe se retire. Ce dernier a appelé le siège de Mercedes en Allemagne, mais la décision exigeait un vote des administrateurs, qui ne pouvaient pas être immédiatement contactés. En effet, les lignes de téléphone étaient surchargées. Quelques heures plus tard, John Fitch a de nouveau exhorté Rudolf Uhlenhaut de réessayer pour avoir la décision, qui a finalement été de se retirer. Deux heures après l'accident, les deux 300SLR ont été appelés dans les stands. La voiture de Fangio-Moss avait alors deux tours en avance sur celle de Hawthorn, qui a gagné.

Cependant, au moment des faits, cet abandon après l'explosion de leur voiture ainsi que la mort d'un des pilotes laisse la place à la spéculation. Carburant illégal, utilisation du magnésium... autant d'accusations qui ont été faites à l'encontre de Mercedes. L'enquête relaxa Mercedes au sujet du carburant.

Mais Mike Hawthorn, auteur malheureux de l'accident, a reçu une peine plus importante de la part de l'Allemagne. Ainsi, le pilote britannique n'eut le droit de courir sur les terres allemandes pendant plus d'une année. Mais la justice ne l'inquiéta pas.

Une course aux multiples conséquences

Le Mans 1955 est la course qui eu un effet boule de neige des plus importants. Si Mercedes se retira officiellement de la compétition automobile jusqu'à la fin des années 1960 (où la marque allemande est revenue sous le nom AMG), certains pays ont été radicaux. La Suisse est l'exemple même puisque l'incident provoqua l'interdiction de toute course sur circuit sur le sol suisse. L’article 52 de la loi sur la circulation routière stipule qu'il "est interdit d'effectuer avec des véhicules automobiles des courses en circuit ayant un caractère public''.

Au Mexique, la Carrera Panamericana, célèbre course internationale de voitures de sport qui se disputait depuis 1950 sur route ouverte en plusieurs étapes, est supprimée. Elle ne reviendra qu'en 1988.

En France comme en Allemagne, les courses reprirent en 1956 avec des normes de sécurité sévères quant à la sécurité du public.

Pour aller plus loin, nous vous proposons ce documentaire réalisé par Arte ainsi qu'un autre diffusé sur Toute l'Histoire.